Le débat politique et idéologique aux relents identitaires et religieux a toujours stigmatisé et combattu ce genre de décision qui, selon ses détracteurs, porte atteinte aux libertés individuelles et aux droits de l’Homme. Sauf qu’il y a le vécu, les faits, la réalité du terrain, qui imposent une autre lecture de la décision gouvernementale. Examinée sous l’angle sécuritaire, la décision gouvernementale devient une mesure préventive, une affaire de sécurité nationale que le gouvernement ne peut ni occulter ni reporter


Depuis hier, en vertu d’une circulaire gouvernementale signée par le chef du gouvernement, l’accès aux administrations et aux institutions et établissements publics est désormais interdit à toute personne portant le niqab. Cette tenue vestimentaire, non tunisienne et importée des pays du Golfe, est, également, interdite aux employées de l’administration et du service publics. Le gouvernement a, de ce fait, pris une décision, source de polémique et d’une forte opposition depuis 2011 dans les rangs des fondamentalistes et des islamistes. Mais cette décision demeure partielle et limitée dans l’espace. Deux questions s’imposent : pourquoi maintenant ? Et qu’en est-il de l’espace public ?
Visiblement, la situation sécuritaire qui prévaut depuis jeudi dernier a pesé sur l’impératif de la décision ainsi que sur les critères du temps et de l’espace. Même en l’absence d’explications officielles, nul ne peut ignorer que la situation générale du pays est particulièrement délicate ces jours-ci. Trois attentats coup sur coup, jeudi dernier. Le premier, au Djebel Orbata (Gafsa), visant la station de télédiffusion; le deuxième, en plein centre de Tunis se soldant par deux martyrs et le troisième ciblant l’unité nationale de lutte contre le terrorisme. La neutralisation, cinq jours plus tard, d’un autre terroriste à la Cité Intilaka, un élément du groupe impliqué dans l’attentat du centre-ville, à la rue Charles-de-Gaulle. La maladie imprévue du président de la République hospitalisé le même jour, qui a ouvert des brèches dangereuses dans la dynamique politique et mis en exergue des failles insoupçonnées. La fermeture encore inexpliquée de l’ambassade américaine et le report de la célébration du 4 juillet au mois de septembre prochain. Outre le communiqué d’alerte publié par l’ambassade britannique à ses ressortissants leur conseillant d’éviter les espaces publics, les régions du sud, les festivals…
Plusieurs faits graves simultanés, liés à la sécurité nationale, aussi inquiétants les uns que les autres, et pour lesquels peu d’informations officielles ont filtré. Outre les consignes sécuritaires qui appellent les médias à ne pas tomber dans le piège des fake news.

Le débat public est relancé
La circulaire signée, hier, par le chef du gouvernement ne peut être le fruit du hasard ou de la précipitation. Elle porte une décision souveraine qui concerne la sécurité des Tunisiens. Elle ne peut être que le fruit d’une concertation et d’une concordance de vues entre diverses institutions de l’Etat, notamment l’armée et les appareils de sécurité. Sauf que le gouvernement a limité sa décision à l’administration et aux institutions publiques. Qu’en sera-t-il de l’espace public ? Le débat politique et idéologique aux relents identitaires et religieux a toujours stigmatisé et combattu ce genre de décision qui, selon ses détracteurs, porte atteinte aux libertés individuelles et aux droits de l’Homme. De l’autre côté, une frange non négligeable de la population s’oppose, également, à toute interdiction du port du niqab. A preuve, l’invasion de la rue tunisienne par le niqab en 2011, dès la chute de l’ancien régime, qui l’interdisait et interdisait même le voile. Avec le départ de la Troïka et l’élection de Béji Caïd Essebsi à la présidence de la République en 2014, le niqab a de nouveau quasiment disparu, bien que l’interdiction n’ait jamais été prononcée, jusqu’à hier.
Il faut s’attendre maintenant à ce que le débat public et la polémique reprennent de plus belle. Sauf qu’il y a le vécu, les faits, la réalité du terrain, qui imposent une autre lecture de la décision gouvernementale. Selon des sources non sécuritaires, le terroriste de la cité Intilaka se serait dissimulé sous un niqab. Examinée sous l’angle sécuritaire, la décision gouvernementale devient une mesure préventive, une affaire de sécurité nationale que le gouvernement ne peut ni occulter ni reporter. D’autant que le président de la République a signé, hier, également, le décret portant convocation des électeurs aux élections législatives et la présidentielle dans trois mois. Une période cruciale pour la transition démocratique tunisienne, qui est par ailleurs menacée, comme l’ont affirmé les présidents du parlement et du gouvernement.

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Un commentaire

  1. MONDER CHADI

    06/07/2019 à 13:12

    يوسف الشاهد Youssef Chahed
    Présidence du Gouvernement Tunisien – رئاسة الحكومة التونسية
    Cette circulaire est un bon premier pas mais incomplète les kamikazes peuvent se dévoiler le visage, ils s’en foutent, mais peuvent transporter des bombes cachées , ce qu’il faudrait c’est interdire la tenue complète sur tout le territoire

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