La vision stratégique d’Ennahdha de privilégier le parlementarisme et se détourner de l’enjeu présidentiel semble se reconfirmer en cette fin de mandat, avec un «candidat naturel» désigné par les statuts du mouvement, Rached Ghannouchi, qui ne décolle pas dans les sondages, et une volonté de voir s’installer à la magistrature suprême une personnalité disposée à composer, comme l’a été Béji Caïd Essebsi durant l’essentiel de son quinquennat.
Mais comme BCE a déclaré ne pas vouloir se présenter, Ennahdha a mis en avant son concept de l’«oiseau rare», un indépendant non agressif à son égard qui jouerait son rôle de président discret disposé à laisser l’ARP gouverner.
Les dernières déclarations du parti islamiste évoquent le nom de Mustapha Ben Jaâfar, qui fut le président de l’Assemblée constituante, ex-président du parti Ettakatol, composante de la Troïka, coalition au pouvoir de 2011 à 2013. Mais personne ne sait ce qu’en pense l’intéressé.
Les nahdhaouis ont ainsi disqualifié aussi bien Moncef Marzouki que Kaïs Saïd, mais gardent dans leur manche plusieurs candidats disparates qui pourraient bien se prêter au rôle de «compagnon de route» des islamistes. Mais en avançant le nom de Ben Jaâfar, ils font un pari sur la sympathie de l’Internationale socialiste et son influence au sein de l’Union européenne. Cela dit, l’expérience de 2014 nous enseigne que le parti Ennahdha peut aisément recourir à la méthode de la double consigne. Déclarer voter pour un candidat et agir à en faire élire un autre.
En 2014, il avait choisi officiellement Béji Caïd Essebsi et laissé ses électeurs voter massivement pour Marzouki. Cette fois-ci, ils pourraient bien choisir l’apaisement en votant pour Youssef Chahed ou même BCE, mais le pluralisme inspire d’opter pour un moderniste qui est contre «l’exclusion», et un profil du type Ben Jaâfar peut faire l’affaire.
Maintenant Mustapha Ben Jaâfar va-t-il accepter de s’impliquer de nouveau avec Ennahdha, après sa sortie par la petite porte de la première expérience, va-t-il de nouveau courir le risque d’être accusé de «traîtrise» par les modernistes ? A moins qu’il n’ait été déjà mis au parfum et peut-être accepté la proposition.
C’est vrai qu’il est obsédé par l’idée d’une revanche et que les alternatives qui se présentent à lui sont minimes. Mais le double ou triple discours d’Ennahdha, qu’il connaît bien, n’est pas de nature à le rassurer. On lui avait promis la présidence en 2011. Cette fois-ci, il n’est pas encore en cage et peut voler de ses propres ailes.
M’hamed JAÏBI

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