Le dimanche 30 décembre 2018, le conseil municipal de Sfax avait adopté une décision portant interdiction du transfert des matières phosphatées à l’intérieur de la ville. Or le délai de six mois, période fixée par le même conseil municipal pour examiner le dossier y afférent, vient d’expirer sans pour autant que le dossier n’enregistre d’avancées notables ni qu’il fasse l’objet de nouvelles décisions.
La question environnementale à Sfax est indivisible et indissociable des préoccupations d’ordre social, sanitaire et économique. C’est la raison pour laquelle il n’est pas possible de cloisonner les différents aspects de la question ni de les considérer ou traiter séparément et que chaque nouvel événement suscite la déception collective, le tollé général et la colère des citoyens.
A ce propos, un rassemblement de protestation s’est tenu avant-hier devant le siège de l’Hôtel de Ville pour dénoncer l’immobilisme des autorités face à la situation intenable générée par la pollution multiforme qui « empoisonne la vie aux citoyens.»
Il faut dire que les causes de la colère sont multiples : les activistes de la société civile ainsi d’ailleurs que le président du conseil municipal, Mounir Elloumi, expriment le regret que la municipalité de Sfax ait été exclue de la dernière réunion du chef du gouvernement avec les différentes parties prenantes dans le dossier du transport des phosphates à l’intérieur de la zone communale, sachant que les autorités n’avaient pas répondu favorablement à des requêtes formulées précédemment par la commission environnementale composée de conseillers municipaux, de représentants du peuple et d’activistes de la société civile, concernant la tenue d’une réunion consacrée à la question. Ce qui est qualifié d’énième signe de désintéressement du pouvoir central vis-à-vis du calvaire des citoyens et que les promesses faites et les décisions annoncées au mois d’avril 2017 au sujet de l’arrêt immédiat des activités phosphatées dans la ville ainsi qu’au sujet du démantèlement des unités de production de la Siape demeurent encore lettre morte, avec de lourdes conséquences sur la détérioration de la qualité de la vie, la désaffection des investisseurs et la fuite des capitaux vers la capitale. Quant aux effets néfastes de la pollution sur la santé des citoyens, les activistes de la société civile pointent du doigt le taux élevé des cas d’atteinte du cancer auprès de la population du fait des rejets industriels, des effluents chimiques nocifs et de la radioactivité dont l’intensité équivaut au double du seuil maximal mondialement toléré.
Dans un communiqué rendu public à l’issue du rassemblement d’avant hier, le collectif d’associations de la société civile stigmatise notamment les signes manifestes du désengagement des autorités vis-à-vis de ses responsabilités concernant la dépollution et la mise en valeur des côtes sud de Sfax. Il met à l’index le désintéressement délibéré des plages de la région lesquelles n’ont pas bénéficié des subventions accordées à la mise à niveau aux autres plages du pays, comme il leur reproche d’avoir délibérément omis de procéder aux études d’impact, avant la mise en œuvre du projet d’aménagement du port de Sidi Mansour, ce qui a provoqué le phénomène de la marée rouge dans la zone sur une superficie de 387 ha, soit 20 fois celle de la médina.
Le communiqué a surtout mis l’accent sur l’inconsidération manifestée à l’égard de la décision prise par le conseil municipal au sujet de l’interdiction de transport des matières phosphatées à l’intérieur de la ville.
Il y a lieu de rappeler, à ce propos, que le président du conseil municipal à Sfax, tout en faisant part de ses regrets concernant l’exclusion de la municipalité de Sfax de la récente réunion avec les différentes parties prenantes dans le dossier environnemental lors de la réunion avec le chef du gouvernement, avait indiqué, il y a six jours, que le conseil municipal allait entreprendre des concertations avec les différents acteurs et autres experts dans le domaine environnemental au sujet de la position à adopter et des nouvelles démarches à engager, et ce, dans la perspective d’une réunion exceptionnelle du conseil municipal qui sera consacrée à la question, sans perdre de vue l’intérêt économique supérieur du pays.
Tenant à mettre les choses au clair, Mounir Elloumi, précise: « Il est vrai que la décision du conseil municipal englobe tous les modes de transport de phosphates qu’il s’agisse des activités portuaires d’acconage et de manutention, ferroviaire, et terrestre à bord des véhicules. Il n’est pas du tout question cependant de mise en œuvre de la décision d’interdiction mais de la proposition d’une période de six mois allant du 1er janvier au 30 juin 2019, un délai à mettre à profit pour engager des concertations avec les autorités en vue de trouver en commun des solutions qui prennent en compte une donnée essentielle, à savoir l’intérêt économique du pays. En tant qu’autorité consciente de ses responsabilités, le conseil municipal de Sfax ne saurait prendre une quelconque décision qui aille à l’encontre de cet intérêt.»
Pour sa part, Chokri Yaïch, constituant représentant la région de Sfax, activiste de la société civile et en même temps initiateur du rassemblement d’avant hier devant le siège de l’Hôtel de Ville, a mis l’accent sur la détermination des citoyens à militer par tous les moyens légaux en vue de mettre fin à ce fléau de la pollution et aux différentes atteintes à l’environnement qui leur mènent la vie dure : « Une fois dépassé le délai réglementaire d’un mois, si aucune réaction positive et salutaire n’émane, d’autres formes de militantisme seront envisagées, à commencer par les actions en justice qui seront intentées par les personnes atteintes de maladies causées par la pollution, qu’elles soient cancérigènes ou autres, ou bien par les descendants des personnes décédées des effets de pareilles maladies… »

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