La qualification inespérée aux quarts de finale aux dépens des redoutables et coriaces Black Stars du Ghana a magnifiquement remis sur orbite l’équipe de Tunisie et l’a relancée dans la compétition. On est en droit de rêver à de nouvelles conquêtes, de revenir à l’objectif affiché au départ et d’aller le plus loin possible dans cette CAN.
Les «Aigles de Carthage» étaient à 90 minutes du bonheur. Celui d’arracher le billet pour les quarts de finale aux Ghanéens qui étaient les grands favoris sur le papier pour ce match des huitièmes. Ils ont dû attendre 120 minutes de jeu, les prolongations et les tirs au but pour sortir vainqueurs de ce débat sans merci et ne pas gâcher ainsi leur ultime et unique chance de sauver leur CAN, et pour prendre rendez-vous avec ces surprenants Malgaches pour une autre paire de manches, une autre aventure avec pour objectif les demi-finales, dans une compétition qu’on croyait finie pour eux. Le retour d’Alain Giresse et de son staff à un collectif fort et soudé, au bloc équipe, au travail de groupe avec un onze complémentaire, uni et solidaire en attaque comme en défense, en phase de projection vers l’avant comme en phase de repli défensif, a donné à nos joueurs les ressources mentales, techniques et physiques nécessaires pour s’opposer courageusement et valeureusement à un adversaire très costaud, athlétique, excellent dans les duels d’homme à homme, bourré de stars dans ses trois compartiments avec, de surcroît, le statut avantageux de favori pour cette rencontre en raison non pas de la valeur de l’équipe de Tunisie, mais de ses trois piètres prestations de la phase de poules du tournoi. Le premier et immense mérite de cette qualification, c’est d’avoir évité à cette équipe de Tunisie, maladroite et n’arrivant pas à annoncer la couleur au départ, de passer à la trappe et d’être la cible de grandes attaques de ceux qui l’ont enterrée un peu trop vite et ont commencé à la lyncher, la tailler en morceaux et même livrer aux chiens l’honneur de ses joueurs. Son autre mérite qui ne manque pas d’importance, c’est d’avoir redonné de la couleur, de la joie, de l’espoir à tout un peuple qui était sur le point de s’en laver les mains, de l’abandonner à son triste destin. Les joueurs et le staff technique qui étaient dos au mur, dans le même sac, ont laissé de côté leur unité de façade, leur manque de communication et de débat sur les questions de fond de la sélection pour s’unir, cette fois pour de bon, oubliant querelles et dissensions sur leurs tâches et leurs prérogatives pour le bien de l’équipe et pour leur bien à eux. Ça leur a permis de faire la bonne analyse, de mieux voir les imperfections et de corriger les erreurs des trois premiers matches, et de procéder ainsi à un salutaire mea-culpa pour ne pas avoir obéi à ce devoir sacré de solidarité et de travail collégial. Ça leur a permis d’avoir une meilleure approche et une bonne préparation de ce match couperet avec l’équipe des frères Ayew et de bien le gérer jusqu’à sa dernière minute et par obtenir gain de cause. Pour avoir tendu la main et ouvert ses oreilles à ses adjoints en tant que fidèles lieutenants, le sélectionneur, Alain Giresse, a été le premier libéré par cette qualification, car il n’est plus ce vieil ours solitaire et cet homme seul face à ses joueurs. Il a réussi tous les examens auxquels il a été confronté, ne se trompant pas dans la composition de l’équipe qui a débuté avec la mise en place des meilleurs profils dans les postes-clés. Il ne s’est pas trompé également de système de jeu avec l’option pour un 4-3-2-1 aisément reconvertible en 4-3-3 et même en 4-1-4-1 en phase d’assaut et de siège du camp adverse avec un milieu à trois qui met de la vitesse et de la pression en position d’attaque, reposant sur Skhiri, comme sentinelle, et deux milieux relayeurs (Sassi et Chaâlali) au four et au moulin, avec deux joueurs de couloir très rapides et très percutants dont l’un (la plupart du temps Msakni) se rabat dans l’axe en playmaker, et pourvoyeurs de passes décisives pour notre meilleure pointe du moment (Khénissi), auteur d’une partie sublime et du but de l’ouverture du score. Il ne s’est pas trompé enfin dans les changements qui ont été cette fois bien étudiés surtout le dernier avec la confiance faite à Farouk Ben Mustapha lors des tirs au but et qui se sont avérés une carte gagnante. Gare donc face à ce Madagascar, jugé inférieur aux Ghanéens, de toucher à cet équilibre dans la formation retrouvée avec peine et souffrance, et de chambarder de nouveau formation et système de jeu et de dilapider ce capital et vote de confiance accordés à la sélection, maître désormais d’un destin qu’elle a commencé à changer.
Hédi JENNY

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