Fiscalité en Afrique | « Bloomberg New Economy Gateway Africa » : Une option pour réduire la dette

Lors de la conférence internationale «Bloomberg New Economy Gateway Africa» qui s’est déroulée à Marrakech, les participants ont présenté la solution pour la réduction de la dette colossale africaine. Il s’agit, selon eux, d’«une meilleure mobilisation des recettes fiscales».
Tout le monde le sait, la dette publique africaine est un vrai fardeau. Le rapport « Trade and Development Report Update », de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), vient, encore une fois, confirmer cette triste réalité. D’après cette source, huit pays africains sont « en situation de surendettement». Il s’agit de la RDC, du Malawi, du Mozambique, de Sao Tomé-et-Principe, de la Somalie, du Soudan, de la Zambie et du Zimbabwe. Treize présentent un « risque élevé ».

Afin d’alléger l’insolvabilité de ces économies, plusieurs alternatives existent, particulièrement la mobilisation des recettes fiscales. C’est l’une des solutions présentées lors d’un panel sur la gestion de la dette africaine organisée lors du « Bloomberg New Economy Gateway Africa » qui s’est déroulé récemment à Marrakech.

Le directeur du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Abebe Aemro Selassie, a déclaré que « les Etats africains devraient élargir leur assiette fiscale et réduire les incitations fiscales non essentielles. Ces mesures permettront d’augmenter progressivement le ratio impôts-PIB au fil du temps. L’expérience montre que les pays peuvent augmenter leur collecte fiscale d’environ 0,5% à 1% de pourcentage du PIB par an ».

Des expériences à suivre

D’après Aminu Umar-Sadiq, directeur général du fonds souverain du Nigeria, «la fiscalité est une source de financement plus efficace que l’endettement. Il est nécessaire d’établir une relation de confiance entre le gouvernement et les contribuables pour améliorer la collecte fiscale ».

Il est clair que mobiliser d’importantes recettes fiscales n’est pas chose aisée en Afrique. Les contribuables sont souvent peu enclins à payer leurs impôts, bon nombre d’entre eux craignant que l’argent collecté ne soit pas utilisé à bon escient. Umar-Sadiq assure qu’une stratégie a été mise en place dans ce sens. Cette dernière  « a permis d’augmenter l’assiette fiscale et a encouragé les gens à payer leurs impôts ».

Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine de l’Economie et des Finances, a, pour sa part, révélé que l’expérience du Maroc pourrait inspirer d’autres pays du continent. « Le gouvernement a mis en place une réforme macro-économique pour renforcer la confiance des entreprises dans la collecte des recettes fiscales. Résultats: le pays a réussi à augmenter ses revenus fiscaux de 21% en 2021 et de 17,4% en 2022. Nous avons également mis en place un système de protection sociale incitatif. Lorsque les personnes voient les avantages de la sécurité sociale, comme l’accès aux soins médicaux, elles sont plus disposées à payer leurs impôts », affirme-t-elle.

Pour les experts en économie présents lors de cet événement, les chocs externes, notamment la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ont provoqué la hausse du dollar et une baisse des monnaies africaines. Une situation qui, selon eux, « entraîne une évaluation disproportionnée des risques en Afrique, engendrant une prime de risque environ trois fois plus élevée que dans les marchés émergents ».

Alaoui explique aussi que « les pays qui manquaient de résilience et dont les marchés financiers étaient peu développés sont poussés à bout, et certains sont même confrontés à des problèmes de solvabilité ».

Le ratio dette-PIB en Afrique s’élève à 56% en 2022

Anne-Laure Kiechel, fondatrice et directrice générale de « Global Sovereign Advisory », regrette que les taux élevés d’emprunt sont un autre goulot d’étranglement pour les pays africains. Elle assure qu’« il est insoutenable d’emprunter sur les marchés financiers à des taux de 9% ou 10%, surtout quand les dépenses se focalisent sur les secteurs sociaux comme l’éducation et la santé ». Pour elle, le ratio dette-PIB en Afrique, qui s’élève à 56% en 2022, est le niveau le plus élevé depuis 2000.
« Quand la dette n’est pas soutenable, il faut la restructurer. La plupart des pays ont besoin de soutiens internes et externes. C’est un défi de solvabilité et de maintien d’accès aux marchés de financement ». La ministre marocaine de l’Economie et des Finances a rebondi sur la question et insisté sur le rôle de la communauté internationale dans ce sens.

« La communauté internationale doit participer à l’allégement de la dette africaine.

Cette dernière a un rôle à jouer et elle a le devoir d’aider l’Afrique à résoudre cette crise, face à ces chocs sans précédent auxquels nous sommes confrontés ». Pour elle, les prochaines Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, prévues en octobre 2023 à Marrakech, « seront une belle occasion pour exposer cette doléance ».

  • Des faits et des chiffres

      5% D’après l’Observatoire national de l’énergie et des mines, le déficit de la bala…
  • Le «decashing» : Entre rêve et réalité

      Le «decashing» est un besoin fondamental pour la Tunisie qui souhaite, depuis longt…
  • Express

    Ridha Chkoundali : «L’inflation n’est pas seulement monétaire» Lors d’un passage radiophon…

Laisser un commentaire