Au moment où la classe politique, la société civile et l’élite intellectuelle se murent qui dans leur opposition aux amendements électoraux, même après leur adoption par l’ARP à 128 voix, qui dans leur quête d’alliances électoralistes pour le double scrutin de l’automne prochain, les élections municipales partielles du Bardo, de dimanche dernier, sont passées inaperçues. D’abord, pour les habitants de cette commune à caractéristique politique — siège du Parlement  — qui ont boudé le scrutin. Seuls 11,6% des électeurs ont cru utile de se déplacer vers les bureaux de vote pour élire le futur conseil municipal, près de trois mois après la dissolution du précédent conseil, issu des élections de 2017, suite à 18 démissions en son sein. Puis, médiatiquement, la demi-finale de la CAN programmée à 17 h a occupé tous les esprits et toutes les antennes en ce dimanche estival. Pareil les jours d’avant et ceux d’après. Pourtant, les résultats méritent qu’on s’y attarde.

En l’absence de « Cœur de lion » et d’Abir Moussi qui caracolent en tête des sondages d’opinion des derniers mois, et de Nida Tounès, qui n’a pas participé pour non-recevabilité de ses listes, c’est le mouvement Ennahdha qui est arrivé en tête avec huit sièges sur trente. Un maigre butin tout de même pour l’unique parti politique qui peut encore se targuer de discipline et de cohésion dans ses rangs, malgré les bruits dissonants qui fuitent de temps à autre. Tahya Tounès et le Courant démocratique suivent loin derrière avec respectivement 3 et 2 sièges. Surprise, Al badil s’impose, 4 sièges, ex aequo avec Afek Tounès.

Ces résultats confirment la dynamique qui est en train de métamorphoser le paysage politique, marquée essentiellement par le recul des grands partis au pouvoir qui continuent de perdre de leur réservoir électoral et l’escalade lente mais sûre des outsiders hors normes.

Les politiques ont grand intérêt à bien décoder ces résultats, même s’il s’agit de municipales et de partielles. Le Bardo est une ville du Grand Tunis avoisinant les cent mille habitants, elle peut être un prototype et donner un avant-goût des législatives d’octobre prochain. Soit, un faible taux de participation et par conséquent une position inconfortable même des vainqueurs qui seront privés ainsi de la majorité confortable des voix. Dans le cas d’espèce, Ennahdha ou n’importe quel autre parti politique devra recourir aux alliances pour espérer passer ses plans et ses projets. Un tel scénario dans la prochaine nouvelle ARP est à craindre parce qu’il fera retarder davantage le parachèvement du processus démocratique. Le cas de la Cour constitutionnelle en est l’exemple le plus proche.

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