Les Aigles de Carthage ont raté de peu leur entrée dans la cour des grands. Il nous faut un état d’esprit vraiment exceptionnel face au Nigeria.

L’équipe de Tunisie était, face au Sénégal d’Aliou Cissé et de Sadio Mané, à deux doigts de faire sensation une nouvelle fois, de forcer son destin, d’aller en finale et d’écrire une belle page de son histoire et de l’histoire du football tunisien. Malheureusement, elle n’a pas su saisir cette chance inouïe d’être devenue favorite, après avoir mis du temps à se révéler durant les trois premiers matches de la phase des poules et à faire basculer une troisième fois son parcours après l’avoir fait brillamment en huitièmes et en quarts de finale face au Ghana et au Madagascar. Quand on fait le plus difficile dans un match à élimination directe qui est de mettre en difficulté un adversaire de gros calibre, d’exercer sur lui une pression pesante et terrible, de le pousser pratiquement dans ses derniers retranchements au moment où il était quasiment à plat physiquement et qu’il finissait le match sur les rotules après sa grande débauche d’énergie de la première mi-temps et qu’on rate le plus facile et qu’on manque l’immanquable qui est de concrétiser notre domination et notre temps fort, on ne peut, bien entendu, que s’en mordre les doigts et aller même jusqu’à se taper la tête contre le mur. Les premiers à ne pas en revenir, à ne pas le digérer au point d’être ou de se sentir incriminés, coupables même, ce sont les joueurs. Ceux qui ont eu la balle du match au bout du pied et ne l’ont pas utilisée à bon escient et exploitée, tels que Taha Yassine Khénissi qui a bénéficié de deux passes profondes, idéales, soudaines, adressées au millimètre et qui ne les a pas converties en buts qu’on marque généralement les yeux fermés et Ferjani Sassi qui s’est apparemment obstiné à transofrmer ce penalty décisif du dernier quart d’heure et l’a lamentablement loupé, lui qui n’est pas le premier tireur d’élite désigné de la liste. Et celui qui, à coup sûr, portera cette élimination douloureuse comme un lourd fardeau sur les épaules et qui n’est autre que l’infortuné portier de la sélection, Moez Hassen, avec une deuxième bourde copier-coller de la première qui a mis pratiquement le groupe à genoux.
A un stade aussi avancé de la compétition et dans une demi-finale, le talent et la jeunesse ne suffisent pas, et ce sont l’expérience et la maturité qui tranchent et finissent par avoir le dernier mot. Mais le staff technique et principalement le sélectionneur ont aussi leur part de responsabilité dans cette défaite comme ils ont eu leur part du gâteau dans la victoire sur les Ghanéens et les Malgaches. Après un moment et deux matches de répit, Alain Giresse doit se poser des questions sur son management, sa gestion du groupe, sa manière de communication interne et externe, sa capacité à anticiper, à réagir aux impondérables, à corriger, à maîtriser des situations de jeu et de scénarios imprévus. Et a-t-il la personnalité, la qualité de vécu comme entraîneur, le bon fonctionnement, la méthode efficace et appliquée? Se poser la question, c’est déjà trouver un début de réponse qui clarifie l’après-CAN, l’avenir de la sélection. Car il n’est pas souhaitable —ce serait même trop dangereux— de se cacher derrière la bonne prestation et le bon visage des huitièmes, quarts et demi-finales, de contrat à objectif rempli avec le président de la FTF, Wadi El Jery, pour faire de notre participation à cette Coupe d’Afrique, une référence, un vrai socle de travail, un coup d’éclat vers un avenir plus radieux qui ne laisse pas ce goût amer d’inachevé, qui nous mène jusqu’à la montée sur le podium. Car ce qui est resté finalement après ce Tunisie-Sénégal, c’est ce sentiment d’un énorme gâchis qu’un tel groupe riche en talents offensifs inventifs, qui a une bonne assise défensive, de la variété dans le jeu au milieu et en attaque, est sorti de la compétition sur une erreur d’anticipation de la trajectoire d’un ballon aérien anodin, commise par notre dernier rempart sur la ligne du but, censé être notre poste de sécurité et une décision contestable de la VAR qui est intervenue pour faire une pression indirecte sur l’arbitre Bamlak Tessema afin d’annuler un penalty justifié qu’il a sifflé en son âme et conscience, et qui a sonné injustement notre glas et nous a condamnés à nous arrêter aux portes des demi-finales. Il ne nous reste que ce match de la troisième place aujourd’hui pour panser nos plaies et que nous devons réussir malgré nos frustrations et un état d’esprit moins enthousiasmant et moins conquérant. Nous ne devons pas vivre notre élimination et notre échec face au Sénégal comme un deuil, mais en faire un tremplin pour prouver face au Nigeria de Gernot Rohr que nous étions le vainqueur moral de la demi-finale qui s’est jouée sur des détails dont nous assumons la responsabilité et sur des facteurs à notre insu et indépendants de notre volonté. A côté de l’enjeu sportif et du prestige qui est la médaille de bronze, il y a le gain financier qui renflouera la caisse de la fédération. Battre le Nigeria, ça nous permettra de relever un peu plus la tête même si le contrat moral avec l’opinion n’est pas totalement rempli et ça atténuera beaucoup cette sensation de bonheur rompu, laissée par une équipe qui a soulevé les passions et les cœurs et a grandi très vite dans la deuxième phase de la compétition et qui a échoué d’un cheveu d’aller en finale et de jouer ses chances à fond sur un match où tout est possible pour s’octroyer le précieux trophée africain.
Hédi JENNY

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