Après le massacre des gazelles par des chasseurs sans scrupule relaté il y a quelques mois, voilà que des pêcheurs se sont passés le mot pour agir avec la même férocité

Dans sa célèbre chanson : « La corrida », Francis Cabrel se demandait si le monde était sérieux pour sensibiliser sur la violence et la barbarie dont pâtit le taureau une fois achevé par le matador.
On pourrait la calquer sur les requins qui sont massacrés d’une autre manière. La pêche de masse de requins avec une forme d’acharnement pour en tirer un usufruit en monnaie conséquent choque les esprits à travers le monde. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a signalé son inquiétude quant à la préservation de la faune marine dans le Bassin méditerranéen à cause de la pêche illégale et excessive de requins à travers ce message : « Le déclin rapide des prédateurs tels que les requins est un signe inquiétant de la dégradation de la santé de la mer méditerranée qui a vu sa faune marine décimée par la surpêche ces dernières années.  Nous avons un besoin urgent de mesures pour gérer nos pêcheries de manière durable et permettre à notre espace maritime et à nos populations de prospérer».

Une crise qui reflète l’état de la Méditerranée
La Tunisie vient d’être classée deuxième plus gros pêcheur de requins de la Méditerranée après la Libye, selon un récent rapport de la WWF. Une prise de conscience marquée à l’occasion de la Journée mondiale des requins célébrée le 14 juillet de chaque année sous le hastag sharkAwarenessDay.  La Tunisie (4.161 tonnes) et la Libye (4.260 tonnes) assurent des prises trois fois supérieures à celles de l’Italie (1.347 tonnes) et de l’Égypte (1.141 tonnes), ajoute l’organisation dans son rapport intitulé : « Les requins en crise : un appel à l’action pour la Méditerranée ».
L’experte sur les requins en Méditerranée de l’organisation WWF dresse un sombre tableau quant à l’avenir compromis de la faune marine dans le Bassin méditerranéen. Elle décrit de la plus belle des manières l’ampleur du désastre sur une espèce animale en voie d’extinction : «Nous voulons que la Méditerranée ressemble au paradis — mais il n’y a pas de paradis sans anges ».
Dans son enfance, Danijel Kanski avait entendu parler du requin-ange dans le livre de pêche sportive qui lui avait été remis. Selon le livre, les requins-anges ont presque atteint la taille d’un thon et étaient communs dans les eaux autour de Zadar (Croatie), où il a grandi.
Mais après plus de 1.000 plongées et plusieurs expéditions du WWF, Danijel n’a pas vu un seul requin-ange dans les eaux croates, pas même mort au marché. Qu’est-il arrivé? La réponse est sans appel: en quelques décennies, le requin-ange autrefois commun a été pratiquement anéanti par la surpêche.

Les poissons s’étranglent avec des morceaux de plastique
Les requins et les raies dans la région n’ont jamais connu une aussi grave dégradation ; un fait clairement révélé dans le nouveau rapport du WWF intitulé Sharks in crisis : un appel à l’action pour la Méditerranée.
Le rapport rassemble les dernières recherches pour montrer comment des populations de requins et de raies sont décimées par des pêcheries ciblées et non ciblées. Cette situation est aggravée par le manque de gestion, une réglementation laxiste, des marchés mal gérés et un manque général d’informations et de connaissances. Plus de la moitié des espèces de requins et de raies de la mer sont menacées dans la région méditerranéenne, indique la même source, soulignant que près d’un tiers est pêché à un niveau critique d’extinction. Et de souligner que pas moins de 60 espèces ont été répertoriées dans les chaluts. Dans certaines zones, les requins et les raies représentent plus du tiers des captures totales à la palangre. L’organisation a, par ailleurs, évoqué d’autres menaces pesant sur les requins de la Méditerranée. En effet, outre la pêche, les requins sont en permanence confrontés à un grave danger : ils ingèrent ou s’étranglent avec des morceaux de plastique.
Ils sont également la cible d’un commerce illégal, relève la même source, expliquant que des analyses ADN ont montré que de nombreux consommateurs pensant manger de l’espadon de Méditerranée, retrouvent de la viande de requin dans leur assiette. Ce qui représente, selon WWF, des risques pour la santé humaine, en raison des concentrations de mercure qui dépassent largement les limites légales de sécurité fixées pour certaines espèces de requins. Dans ce rapport, l’organisation a appelé les pêcheurs et gestionnaires de la pêche à éviter de pêcher dans les habitats critiques comme les nurseries et à utiliser des engins adaptés pour éliminer les prises superflues.

Les requins pourraient disparaître un jour
Elle a également mis l’accent sur la nécessité d’améliorer les connaissances sur les populations de requins et les espèces commercialisées afin de renforcer les efforts de conservation et d’assurer la transparence et la légalité du secteur de la pêche. «Les requins pourraient disparaître de la Méditerranée. Leur déclin rapide est l’indicateur le plus sérieux du mauvais état de santé de la mer et des pratiques de pêche irresponsables. Tous les pays méditerranéens sont responsables. Les requins font partie de notre mer et de notre culture depuis des milliers d’années. Nous devons agir rapidement pour assurer leur survie dans le futur», souligne Giuseppe Di Carlo, directeur du WWF cité par un communiqué de l’organisation.
Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn), plus de la moitié des 73 espèces de requins et de raies trouvés dans les eaux de la Méditerranée sont menacées.  Ces derniers chiffres sont bien pires que ceux qui ont figuré dans la précédente évaluation de l’Uicn il y a 10 ans.  Au total, 20 espèces sont classées dans la catégorie en danger critique d’extinction, ce qui signifie qu’elles courent un risque d’extinction extrêmement élevé dans la nature.  Le requin ange est l’un d’entre eux.

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