36e édition du Festival international du film amateur de Kélibia : Que de défis !

 

«Nous sommes considérés comme une association à projets ponctuels ou circonstanciels alors que le festival est un projet sur le long terme dont le budget doit être fixé et prêt à l’avance, sans cette contrainte de renouvellement et dépôt de dossier à chaque fois».

La 36e édition du Festival international du film amateur de Kélibia (Fifak) aura lieu du 19 au 26 août 2023. Le Fifak, que l’on ne devrait plus présenter, est la plus ancienne manifestation de cinéma en Tunisie, berceau de la majorité des cinéastes et techniciens de la scène tunisienne.

Créé en 1964, le festival est organisé, chaque année, par la Fédération tunisienne des cinéastes amateurs (Ftca) et est soutenu par le ministère des Affaires culturelles, en collaboration avec le Centre national du cinéma et de l’image (Cnci) et la municipalité de la ville de Kélibia.

Plus qu’un festival, le Fifak est un esprit, une école, de la transmission, celle des valeurs de liberté et de démocratie, de l’engagement citoyen, de la créativité, de l’ouverture sur soi et sur l’autre et une réelle alternative à la médiocrité et au terrorisme culturel. Pour dire l’importance de ce rendez-vous nécessaire à notre scène culturelle et qui, malheureusement subit, chaque année, les affres des problèmes de financement.

La question financière a été abordée, entre autres programme et les grandes lignes de cette nouvelle édition, lors d’une conférence de presse tenue par son comité directeur, le 10 août, à la Cité de la culture.

Une loi pas adaptée

Adel Abid, président de la Ftca et directeur du festival accompagné de Alâa Hammami, directeur de la programmation et Ahmed Znaidi, coordinateur général, a mis en contexte la tenue de cette nouvelle édition qui, comme il l’a souligné, est marquée par de nouveaux soucis budgétaires.

«Cette année, et au vu de ces problèmes financiers, nous avons multiplié les correspondances et les déplacements au ministère des affaires culturelles où nous avons trouvé du soutien surtout auprès de la Cnci, de la direction générale des arts scéniques et de l’audiovisuel, de la direction générale de l’action culturelle et de la Cinémathèque tunisienne. Un soutien que l’on a aussi retrouvé et comme toujours chez des associations amies à l’instar de la Fédération tunisienne des ciné-clubs (Ftcc), l’Association tunisienne pour la promotion de la critique cinématographique (Atpcc) et Amnesty internationale», a-t-il indiqué.

Et d’ajouter que contrairement aux éditions précédentes, le festival a dû faire appel, pour cette édition, à d’autres sources de financements devenues nécessaires face aux soucis que connaît la Ftca. 

Ces difficultés, selon Abid, sont liées à la fameuse loi relative aux associations décrétée en 2013, fixant les critères, les procédures et les conditions d’octroi du financement public pour les associations. Selon lui, une exception devrait être faite pour la Ftca, comme c’est le cas pour les fédérations sportives et les scouts tunisiens, car la Ftca est une fédération présente et représentée à travers ses différents clubs partout dans le pays. Au regard de cette loi, la fédération, comme il l’ajoute, est considérée comme une entreprise à but lucratif et cela ne peut que nuire à ses activités.

«Nous sommes considérés comme une association à projets ponctuels ou circonstanciels alors que le festival est un projet sur le long terme dont le budget doit être fixé et prêt à l’avance, sans cette contrainte de renouvellement et dépôt de dossier à chaque fois», a indiqué le directeur du Fifak, et d’ajouter : «Nous avons abordé cette question juridique avec des membres du ministère des Affaires culturelles et nous leur avons soumis des propositions. Nous espérons que la commission des affaires juridiques étudiera la question avec le sérieux qui lui est dû».

Abid a, ensuite, rappelé l’aspect restrictif du financement privé, soulignant que les bailleurs de fonds peuvent intervenir dans le contenu et dans l’organisation. «Nous avons connu ça dans le temps avec un sponsor qui voulait imposer des invités et même des thématiques», a-t-il indiqué.

Cette nouvelle édition qui précède celle des 60 ans du festival constituera une occasion pour soulever beaucoup de questions, entre autres, liées à cette loi des associations, aux artistes freelancers et au statut de l’artiste. 

Côté programmation, la compétition nationale dévoile 28 films dont 13 de fiction, 12 documentaires, 1 film d’animation et 2 films du genre expérimental. Dans la même compétition, 12 scénarios concourront pour le prix du meilleur scénario et 30 photographies pour le prix de la meilleure photo.

La compétition nationale est ouverte aux films tunisiens amateurs, indépendants et aux films des écoles de cinéma de tout genre. Le lauréat recevra un montant de 2.000 DT.

Le gagnant du prix spécial du jury recevra un montant de 1.500 DT alors que ceux du meilleur film amateur/indépendant et du meilleur film école auront 1.200 DT chacun.

Dans la compétition dédiée aux scénarios, trois projets seront primés et recevront un montant de 500 DT, chacun en plus des mentions spéciales. Le gagnant du prix de la meilleure photo recevra 300 DT alors que la meilleure exposition, organisée par un club de la Ftca, aura 500 DT.   La compétition internationale qui compte, cette année, 49 films est composée de 9 films d’animation, 26 fictions, 10 documentaires et 4 films du genre expérimental. Toujours les mêmes prix décernés dans le cadre de cette compétition: Grand Prix (Faucon d’Or), le Prix spécial du jury, les prix du Meilleur film fiction, du Meilleur film documentaire et du Meilleur film animation/expérimental et les mentions spéciales.

La cérémonie d’ouverture verra la projection d’un film espagnol, hors compétition, intitulé «La visite d’un jardin secret».

Adel Abid et le directeur de la programmation ont souligné la mauvaise qualité d’un bon nombre de films reçus, surtout au niveau de la réalisation. Cela reflète un problème de maîtrise technique et un manque de culture cinématographique de la part de leurs auteurs qui, selon eux, «ont cédé à la facilité». Une facilité permise par le numérique et promue et véhiculée par les réseaux sociaux. 

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