Tribune | L’aménagement du territoire en Tunisie, une opportunité

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Par Ilyes BELLAGHA *

Contrairement à d’autres pays, essentiellement monarchiques, la Tunisie semble avoir choisi la voie de la démocratie comme système de gestion des affaires de la nation. La démocratie ne s’arrête pas uniquement à un mode électoral ni même à une constitution, « elle est l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des traditions, des coutumes, propres à un groupe humain, à une civilisation. Elle se transmet socialement, de génération en génération et non par l’héritage génétique, et conditionne en grande partie les comportements individuels ».

De ce fait, on ne peut traiter désormais l’aménagement du territoire sans inclure dans la démarche, qui engage culturellement, un nouvel état d’esprit auprès d’un peuple.

La démocratie est, avant toute chose, une affaire de confiance entre gouvernants et gouvernés, une dimension dont on peut constater l’absence. Les raisons sont complexes mais le fait est là.

Les causes et autres responsabilités se partagent entre un peuple et ses dirigeants. En effet, des décennies durant, les Tunisiens ont été conditionnés par un semblant d’Etat providence qui, depuis l’indépendance, a usé de la politique de la carotte et du bâton pour garantir un semblant de paix sociale. Aujourd’hui, la carotte a disparu et il n’est plus permis d’user du bâton.

Le point qui explique, aujourd’hui, la forte adhésion du peuple à  la politique de son président résulte du manque de confiance dans les partis politiques. A tort ou à raison, Kaïs Saïed offre comme solution la démocratie directe. Des voix s’élèvent pour et d’autre contre, mais ce n’est pas à nous de trancher, on doit juste en tenir compte et inclure ce point, me semble-t-il, dans notre démarche, en vue de trouver  la meilleure option.

L’aménagement du territoire est une culture plus qu’une politique 

Le lien entre le territoire est la culture est très étroit, on ne pourra jamais aborder l’un sans l’autre, et l’aménagement du territoire recouvre sa dimension culturelle. Ils sont intrinsèquement corrélés. L’on ne peut plus parler de politique ou plutôt d’action d’aménagement d’un territoire qu’il soit local, régional, national et supranational sans parler de la dimension culturelle de ces espaces cités.

La «culture» n’est pas à l’abri du «flux tendu» qui caractérise de plus en plus toutes les manifestations des sociétés(…). Un livre en chasse un autre et le fait oublier. La preuve est que les livres brûlent mal, que l’encre se recouvre mieux qu’elle ne s’efface et que, si la pensée résiste aux flammes, elle est soluble dans le «tout culturel».

Le devoir et même l’obligation de notre génération est d’être optimiste. Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est qu’il y a crise. Aucune crise n’est une fatalité, d’autres sociétés ont en connu des pires dont l’exemple type est celle du Rwanda. Nous autres, nous avons juste à parcourir les derniers mètres d’une course de relais, avant de transmettre le témoin à la génération suivante. Et placer nos enfants dans la course.

Aujourd’hui, nous devons nous approprier les scènes culturelles et les médias. Il nous faut conquérir la confiance de nos concitoyens dans une première phase. Si on veut être considéré comme une élite, ceci n’est possible et concevable qu’à travers le militantisme.

Le militantisme est une philosophie et un art

«La philosophie (ou le militantisme) doit se tourner vers les arts de son temps, singulièrement l’état historial du poème, vers les séquences politiques qui prennent en charge l’émancipation collective, ou vers ce qui transforme, dans la scène amoureuse et ce à quoi elle donne lieu dans la pensée, le registre de la différence, dont l’emblème générique est la différence des sexes».

En tant qu’architecte, je suis habitué à travailler «sur commande», mais mes années d’expérience m’ont appris, par habileté, à faire passer mes souhaits conceptuels comme des desiderata du maître de l’ouvrage. En démocratie qui se respecte, l’aménagement du territoire doit être l’ouvrage des citoyens.

La première contrainte

Apprendre ou presser nos politiques et leurs administrations à agir dans un bon environnement territorial revient à essayer d’apprendre à une poule à voler, elle a tout d’un oiseau, mais elle ne volera jamais. C’est pour cela que je défends l’idée selon laquelle il faut se focaliser sur la population. Pour ce faire, il faut créer le médium entre nous et nos concitoyens. Cette phase me semble nécessaire, primordiale et prioritaire. Je dirais qu’en tant que telle suffisante comme objectif à atteindre.

I.B.

(*) Président de l’association «Architectes… citoyens»

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