Avec Pierre Haski, de l’Obs, Sana Sbouai, journaliste indépendante vivant entre la Tunisie et la France, ancienne rédactrice en chef du webzine Inkyfadha, a conçu et animé le programme tunisien du Festival international de journalisme (FIJ). Rencontre.


Comment l’idée vous est-elle venue de consacrer à la Tunisie une dizaine de tables rondes lors de la quatrième édition du FIJ ?

L’idée vient de Pierre Haski, d’origine tunisienne, qui porte un grand amour à la Tunisie et continue à suivre son actualité. Faisant partie de l’équipe éditoriale du Festival de Couthures-sur-Garonne, Pierre a proposé ce focus sur la Tunisie. Nous nous sommes rencontrés Pierre et moi en novembre dernier à Tunis, lors des assises internationales du journalisme et il m’a suggéré alors de coconstruire avec lui la thématique Tunisie.

Sur quelle base avez-vous choisi les sujets et les intervenants tunisiens des tables rondes ?

On a passé beaucoup de temps à discuter Pierre et moi et à chercher la manière avec laquelle à la fois faire l’état des lieux du pays huit années et demie après le 14 Janvier et à raconter la Tunisie à un public de festival ouvert et curieux et surtout pas uniquement composé de professionnels. On s’est un peu inspirés de l’actualité française et notamment des gilets jaunes pour essayer, entre autres, de parler des populations à l’intérieur du pays qui ne sont toujours pas très écoutées. La thématique du chantier suggère qu’il y a des choses en construction et en réinvention en Tunisie, mais que d’autres événements plus risqués peuvent aussi survenir. On a donc décidé de découper les trois journées, les 12, 13 et 14 juillet, en trois temps forts : réinventer la politique, réinventer la société et réinventer la justice. En fonction des thématiques, nous avons invité des intervenants en lien avec le terrain et les mains dans le cambouis. Nos panels ont respecté la parité hommes-femmes. A l’image de la société tunisienne, où tout le monde participe à cette construction nouvelle.

On qualifie souvent la Tunisie de « laboratoire ». Cette idée a-t-elle été abordée et traitée au cours des débats à Couthures-Sur-Garonne ?

Oui, d’une manière transversale. Lorsque Selim Kharrat, directeur de l’ONG Bawsala, explique le travail de ses équipes et qu’une Française parmi le public se demande pourquoi ce genre d’ONG n’existe pas en France, c’est cette idée du laboratoire et de l’invention de nouvelles structures adaptées au contexte tunisien qui est convoquée. De la même façon, l’expérience de Khouloud Mahdaoui, activiste genre, qui milite pour les libertés individuelles semble très intéressante dans un pays de la région arabo-islamique. Messaoud Romdhani a évoqué l’idée d’un islam différent, ainsi que de l’importance du consensus et du compromis pour éviter la crise. En intervenant sur la justice transitionnelle, Farah Hachad, juriste et enseignante, dit : « Dans 20 ans, nous serons heureux de ce que nous avons fait ». Sa formule s’applique sur plein de secteurs en mouvement aujourd’hui en Tunisie.

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