Changements climatiques | Mohamed Salah Glaied, Ingénieur dans le secteur de l’eau et activiste au sein de plusieurs associations nationales et internationales : «Une stratégie d’adaptation et de résilience pour lutter contre les impacts négatifs»

 

Les problématiques liées aux changements climatiques se posent aujourd’hui avec acuité. La Tunisie connaît, depuis des années, des épisodes de sécheresse qui perdurent, liées aux impacts des changements climatiques, avec une raréfaction inquiétante des ressources hydriques. D’où l’importance d’adopter de nouvelles politiques soucieuses d’une utilisation rationnelle de l’eau. Dans le contexte de la grave crise de pénurie d’eau dans le pays, Mohamed Salah Glaied, ingénieur dans le secteur de l’eau et  activiste au sein de plusieurs associations nationales et internationales, attire l’attention sur les effets du changement climatique qui se font déjà sentir à plusieurs niveaux et fait le point sur les enjeux stratégiques de cette problématique.

Comment se présente aujourd’hui  la situation hydrique en Tunisie ? 

Depuis plus d’une décennie, la situation hydrique a commencé à se dégrader et les problèmes liés à l’eau ont émergé, en l’occurrence une politique inappropriée et hésitante.

Le stress hydrique a évolué depuis les années 2000 sous l’effet d’un ensemble de facteurs liés notamment au changement climatique, aux caractéristiques hydrométéorologiques, à l’augmentation de la demande en eau et aux modes de gestion non adéquats des ressources hydriques.

En Tunisie, plus de 7 millions de personnes vivent dans les zones côtières où l’Etat trouve des difficultés énormes pour leur sécurisation en eau potable, surtout pendant les pointes de consommation. De même, plus de 440 mille hectares de zones irriguées sont très mal desservis en eau, d’où la baisse des productions agricoles sous ses différentes formes.

Quelles sont les conséquences du changement climatique sur le secteur de l’eau ? Et comment lutter contre les impacts de ces changements climatiques?

Selon le dernier rapport du Giec (Groupe intergouvernemental pour l’étude du climat) relevant de l’ONU, l’ampleur des changements climatiques actuels n’a pas été identifiée depuis des siècles, voire des milliers d’années. Le réchauffement des températures se poursuivra au moins jusqu’à 2050, mais nous pouvons encore éviter un réchauffement de 2°C, voire de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle si nous réduisons fortement les émissions des gaz à effet de serre très rapidement.

La Tunisie va subir des impacts négatifs à cause des changements climatiques, surtout sur le secteur de l’eau. En effet, la mauvaise gestion ou de gouvernance de l’eau va aggraver la situation et nous allons nous retrouver dans des situations difficiles ou même critiques à partir de 2025.

Notre pays est précisément dans le dernier cas de stress hydrique minimal. Il est parmi les 33 pays du monde les plus sévèrement touchés par le stress hydrique. Dans ce classement déjà inquiétant, il compte parmi les dix derniers pays du monde en termes de dotation hydrique. A cet effet, la Tunisie a programmé (horizon 2050) plusieurs études techniques et socioéconomiques visant à fournir les moyens d’actions et d’interventions adéquats susceptibles d’assurer la satisfaction des besoins évolutifs en eau et de développer une croissance économique et sociale durable.

Quelles stratégies d’adaptation vous préconisez pour faire face à la conjoncture compliquée à l’échelle mondiale et nationale ?

La stratégie internationale et nationale pour lutter contre les impacts négatifs des changements climatiques n’est autre que l’adaptation et la résilience face à ce fléau qui affecte le monde entier. En effet, il est recommandé de renforcer les infrastructures pour protéger les villes contre les inondations, créer et rénover les ouvrages hydrauliques pour augmenter les volumes de stockage, ces actions sont une priorité absolue dans notre pays.

«Le Fonds vert climat » créé dans le monde entier devrait assister les pays du Sud et leur allouer les financements nécessaires pour les projets d’infrastructurs liées à l’eau et surtout pour faire face aux aléas climatiques extrêmes comme la sécheresse et les inondations. Aussi, il faut développer une agriculture rentable, durable et  moins consommatrice d’eau.

La gestion de l’eau, ce bien collectif, devrait être concertée, afin d’éviter et de résoudre les conflits réels ou potentiels qui peuvent surgir entre les usagers et surtout pendant les moments difficiles de sécheresse et de manque de précipitations ou encore de faiblesse des aquifères.

Quelles mesures à encourager pour le court, moyen et long termes ?

Comme nous l’avons indiqué, la Tunisie a engagé une étude baptisée « Eau 2050 » visant à diagnostiquer et analyser la situation actuelle. Il s’agit également de concevoir une vision stratégique pour les 25 ans à venir et de présenter les plans d’actions quinquennaux (2025-2050).

Parmi les orientations à court terme du secteur de l’eau, nous citons en premier lieu la bonne gouvernance et la lutte contre l’accès anarchique au DPH (Domaine public hydraulique).  En effet, et selon le dernier rapport du ministère de tutelle, on a enregistré plus de 21.000 sondages illicites qui ont pompé du DPH plus de 500 millions de m3 d’eau au détriment de l’eau potable et de l’irrigation réglementaire.

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