Banque Mondiale : La migration, un moteur de croissance économique en Tunisie

 

Dans une époque où la mobilité des personnes est à la fois un défi et une ressource, il est temps d’explorer comment la migration façonne l’avenir de la Tunisie et influence son économie en constante évolution. Dans son dernier rapport, la Banque mondiale explore en profondeur le rôle crucial que joue la migration dans l’économie nationale.

La deuxième partie du dernier bulletin de conjoncture économique de la Tunisie, élaboré par la Banque mondiale, met en évidence le rôle significatif que joue la migration dans le contexte économique complexe du pays. Ce rapport présente une analyse approfondie des données, des tendances et des implications des flux migratoires entrants et sortants, offrant un éclairage précieux sur cette question cruciale.

La migration comme réponse aux défis économiques et sociaux

Face aux nombreux défis économiques et sociaux auxquels fait face la Tunisie, l’émigration est devenue une stratégie de plus en plus importante pour la population. Au fil des années, les flux migratoires se sont accrus, avec une tendance irrégulière depuis 2019. Cette situation s’explique par le fait que les Tunisiens qui émigrent bénéficient d’importants avantages économiques, car les salaires à l’étranger sont souvent bien supérieurs à ceux perçus en Tunisie.

«Selon l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, les franchissements irréguliers des frontières de l’Europe par des ressortissants tunisiens ont augmenté de manière remarquable depuis 2019, atteignant plus de 25.000 pour la seule année 2022. Avec plus de 54.000 arrivées (19%), les Tunisiens représentent la principale nationalité de migrants irréguliers ayant atteint l’Italie via la route de la Méditerranée centrale entre janvier 2019 et juin 2023», indique le document.

Ces migrants jouent également un rôle crucial en contribuant au développement du pays, en ramenant des compétences et des capitaux à investir. Toutefois, il est essentiel de noter que ces gains sont moindres lorsque les migrants se trouvent en situation irrégulière, en raison des restrictions auxquelles ils sont soumis.

«Au cours des dernières décennies, les envois de fonds ont constitué le principal flux financier vers la Tunisie, atteignant 6,6% du PIB en 2021–22, soit plusieurs fois plus que les Investissements directs étrangers (IDE) et l’aide publique au développement. Ces flux sont également plus stables que les autres, y compris en période de crise. Pour de nombreux migrants et leurs familles, les gains de revenus signifient de meilleures conditions de vie et une plus grande capacité à épargner et à investir dans les entreprises, le logement, l’éducation ou les soins de santé», explique le rapport.

Le document souligne aussi que la Tunisie est devenue un lieu d’attraction pour les immigrants, bien que leur nombre demeure relativement faible, ne représentant qu’environ 0,5% de la population. Cependant, ces chiffres ont augmenté plus lentement que l’émigration ces dernières années, enregistrant une croissance de 6% par rapport à une augmentation de 17 % de l’émigration. L’obtention d’un statut régulier pour un migrant en Tunisie est un défi, car l’acquisition d’un permis de séjour et de travail peut s’avérer fastidieuse, réduisant ainsi leur capacité à contribuer pleinement à l’économie tunisienne.

«À moyen et long termes, il sera de plus en plus important d’attirer des migrants en Tunisie, compte tenu de la transition démographique en cours. À linstar de nombreux pays à revenu moyen et élevé, le taux de fécondité de la Tunisie a chuté de manière significative : de près de 7 enfants en 1960 à seulement 2,06 en 2022 (en dessous du seuil de remplacement). Compte tenu de ces tendances, les perspectives démographiques des Nations unies estiment que la pyramide des âges de la Tunisie ressemblera de plus en plus à celle de l’Italie actuellement, et qu’elle aura besoin d’un afflux de travailleurs. L’immigration sera de plus en plus importante pour faire face à cette transition démographique», souligne le rapport.

La Tunisie,  point de transit pour la migration irrégulière vers l’Europe

L’une des observations les plus marquantes du rapport concerne le fait que depuis la fin de l’année 2022, la Tunisie est devenue un point de transit essentiel pour la migration irrégulière vers l’Europe. Au cours des huit premiers mois de 2023, plus de 70.000 personnes ont quitté la Tunisie pour l’Italie par la route de la Méditerranée centrale. Ce chiffre représente environ 44 % de tous les migrants irréguliers qui se dirigent vers l’Europe, et environ deux tiers des migrants qui atteignent l’Italie par cette voie. Cela signifie que la Tunisie a dépassé la Libye en tant que principal point de départ pour la migration irrégulière vers l’Europe. Une donnée intéressante est que plus de 60.000 de ces migrants n’étaient pas Tunisiens, mais majoritairement originaires d’Afrique subsaharienne.

Cependant, ajoute le document, cette augmentation des départs irréguliers a eu un impact négatif, entraînant une augmentation du nombre d’incidents et de victimes au large des côtes tunisiennes. Plus de 765 migrants ont trouvé la mort, et 1.008 autres ont été portés disparus au cours du premier semestre 2023 en tentant de traverser la Méditerranée centrale. Cela représente plus du triple du nombre de victimes enregistrées au cours de la même période en 2022 et 2021. La route de la Méditerranée centrale demeure la voie migratoire la plus meurtrière au monde, avec un total de plus de 17.000 décès et disparitions enregistrés depuis 2014.

«À l’avenir, la migration deviendra probablement de plus en plus importante pour la Tunisie (à la fois les entrées et les sorties), compte tenu de la transition démographique à la fois en Tunisie (dont la pyramide des âges en 2050 ressemblera à celle de l’Italie actuellement) et en Europe. La Tunisie pourrait contribuer à renforcer l’adéquation des émigrants à la demande étrangère grâce à une coopération renforcée avec les pays de destination, augmentant ainsi les avantages à long terme de la migration pour la Tunisie, notamment par une augmentation des envois de fonds et des flux entrants, une circulation des connaissances, une augmentation des échanges commerciaux et des flux de capitaux. Les avantages économiques de l’immigration en Tunisie peuvent être accrus en facilitant le statut régulier des migrants et en renforçant la reconnaissance des qualifications», explique le document.

Quelles politiques pour maximiser les avantages de la migration ?

Le rapport de la Banque mondiale met également en avant un ensemble de recommandations politiques visant à maximiser les avantages de la migration pour la Tunisie. Ces recommandations comprennent l’expansion de programmes de mobilité bilatéraux et régionaux pour faciliter l’émigration régulière, ainsi que l’augmentation des avantages pour les migrants et leur pays d’origine. Il est suggéré que la Tunisie collabore davantage avec les pays de destination pour renforcer l’adéquation des migrants aux besoins étrangers, augmentant ainsi les avantages à long terme de la migration pour la Tunisie, y compris les transferts de fonds, la circulation des connaissances, l’augmentation des échanges commerciaux et des flux de capitaux.

En outre, les avantages économiques de l’immigration en Tunisie pourraient être améliorés en facilitant le statut régulier des migrants et en renforçant la reconnaissance de leurs qualifications. Le rapport souligne également l’importance d’impliquer le secteur privé et les pays de destination dans la création de voies légales pour les travailleurs étrangers qui sont en demande d’immigration en Tunisie, en garantissant des droits équivalents à ceux des citoyens nationaux, notamment pour les travailleurs peu qualifiés.

En conclusion, ce rapport de la Banque mondiale met en évidence le rôle de plus en plus crucial de la migration en Tunisie et souligne la nécessité de politiques favorables pour maximiser les avantages économiques de ce phénomène tout en gérant les défis liés à la migration irrégulière. La migration pourrait être un moteur de croissance économique pour la Tunisie si elle est bien gérée et intégrée de manière appropriée dans les politiques publiques.

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