Industrie agroalimentaire : Le marché africain, une manne cachée

 

L’industrie agroalimentaire est un secteur vital, essentiel et stratégique. D’abord parce qu’elle contribue à la sécurité alimentaire du pays, mais aussi parce qu’elle permet de valoriser la production agricole. La consolidation de son poids économique passe inévitablement par l’internationalisation des entreprises qui y opèrent et par une politique promouvant l’exportation. Avec de nombreux accords de libre-échange à son actif, la Tunisie a toutes les chances de faire décoller ce secteur et le hisser à un palier supérieur. 

Rencontrée en marge du forum international qui s’est, récemment, tenu sur le thème “Le partenariat international, levier de développement du secteur agroalimentaire en Tunisie et dans le monde”, et ce, à l’occasion de la première édition du salon Agrobusiness Medafrica Expo, Hamida Belgaied, directrice générale des industries alimentaires au ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, a mis l’accent sur l’importance de l’internationalisation des entreprises alimentaires installées en Tunisie.

Un poids économique incontestable

La responsable a souligné que cette industrie figure parmi les secteurs stratégiques, étant donné sa contribution à la sécurité sanitaire des produits alimentaires ainsi qu’à la sécurité alimentaire du pays.  En effet, l’industrie alimentaire valorise les produits agricoles et réduit le taux de leur perte, notamment à la ferme. C’est un secteur qui participe d’une manière significative au développement régional par la valorisation des productions agricoles locales et qui facilite l’accès des produits du terroir aux marchés local et international, soutient-elle.

L’industrie agroalimentaire est aussi un secteur stratégique, car elle représente un poids économique incontestable: elle contribue à hauteur de 3,3% au PIB, à 8% des exportations des biens et à 15% des emplois industriels. Elle accapare, par ailleurs, 25% des investissements dans les industries manufacturières. La filière agroalimentaire couvre, en effet, une large palette d’activités et sous-secteurs, tels que la fabrication des huiles et corps, transformation des viandes, production des céréales et dérivés… Il s’agit d’une industrie capitalistique qui compte mille entreprises employant plus de dix personnes chacune et qui attirent les investissements étrangers (26% des projets sont à capital étranger).

Des barrières subsistent

Belgaied a ajouté que le partenariat international peut avoir un effet de levier sur le secteur. Elle a précisé que les entreprises installées en Tunisie, qui aspirent à se développer et à croître, ont besoin de s’internationaliser. Elles doivent, donc, miser sur d’autres marchés, notamment africains et adopter, pour ce faire, des stratégies d’exportation.

“La Tunisie est une petite économie. Pour que l’entreprise puisse se développer et croître, elle devrait s’orienter vers des marchés extérieurs. Ainsi, toute entreprise voulant croître et grandir doit miser sur  l’exportation, notamment vers les pays africains”, a-t-elle indiqué.

Mais pour réussir leur percée sur les marchés africains, les entreprises tunisiennes sont tenues, d’abord, de se conformer aux exigences réglementaires et aux normes sanitaires imposées par les pays destinataires.

“Pour pouvoir exporter vers des pays africains ou des pays limitrophes, les entreprises tunisiennes doivent répondre aux exigences réglementaires officielles des pays, mais également aux exigences des clients, et ce, en adaptant l’offre au marché destinataire et en répondant aux standards internationaux, en termes de qualité nutritionnelle, de salubrité, d’empreinte carbone …”, a-t-elle poursuivi.

Elle a précisé que la Tunisie, en tant que signataire de plusieurs accords de libre-échange, jouit de plusieurs avantages lui permettant d’accéder à ces marchés. “Nous devons d’abord consolider notre présence sur notre  marché traditionnel qui est l’Union européenne. Mais nous avons signé d’autres accords qui concernent les marchés africains, tels que Comesa ou Zlecaf. Ces accords préférentiels constituent des opportunités pour les entreprises installées en Tunisie. Encore faut-il surmonter les difficultés et trouver des solutions aux problèmes logistiques, au coût exorbitant du transport et au financement”, a-t-elle indiqué, tout en ajoutant que la maîtrise du coût de la logistique demeure une priorité, afin de maintenir la compétitivité des produits tunisiens qui sont en concurrence avec des produits similaires provenant d’autres pays.

Les partenariats gagnant-gagnant, clé de voûte de la réussite

De son côté, Lilia Hachem Naass, cheffe du bureau Moyen-Orient Afrique du Nord au Centre du commerce international, a souligné, dans une déclaration à La Presse, que les partenariats internationaux peuvent être bénéfiques pour le secteur dans la mesure où ils permettent de renforcer la collaboration, le partage d’expériences et le savoir-faire entre les pays, mais aussi de promouvoir l’investissement et de diversifier les marchés d’exportation aussi bien  pour la Tunise que pour les pays africains. Selon l’experte, la Tunisie peut tirer profit de potentiels partenariats gagnant-gagnant qui peuvent avoir comme objectif l’échange de savoir-faire entre pays africains.

“La Tunisie peut trouver d’autres sources d’approvisionnement en matières premières et en produits de base. Elle peut aussi attirer des investissements pour la transformation des produits sur place. Certainement, il y a énormément de possibilités de partenariat susceptibles de renforcer cette collaboration et ce travail conjoint entre les différents pays africains, d’autant plus que tous les pays sont engagés à opérationnaliser la zone de libre-échange continentale qui offre à toutes les entreprises un marché continental ouvert, sans restrictions et sans droits de douane pour la majorité des produits”, a-t-elle expliqué.

Elle a ajouté que plusieurs difficultés subsistent encore et s’érigent en obstacles face à la concrétisation de ces partenariats, tels que la logistique, le transport et les contraintes normatives exigées par la Tunisie. ”Il y a du potentiel, mais ce n’est pas facile. Et on doit commencer, comme avec ce forum, à se connaître, à avoir plus d’informations sur ce qui est produit, qui peut être importé, et déceler tous les obstacles et toutes les barrières qui existent.

Il faut voir comment on peut travailler ensemble entre gouvernements, institutions, et secteurs privés afin de lever ces obstacles et tirer pleinement profit de ce potentiel d’intégration au niveau africain”, a-t-elle conclu.

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