Trois questions à Tarek Hammami, Président de la Chambre Nationale de l’Industrie Pharmaceutique (CNIP) : “Nos médicaments jouissent d’une bonne réputation”

 

Le paysage pharmaceutique tunisien recèle des inégalités frappantes, en matière d’accès au marché et d’investissements. Alors que la Tunisie compte 42 fabricants de médicaments, 26% d’entre eux s’accaparent 80% du chiffre d’affaires réalisé au niveau du marché local officinal. Deux unités seulement ont été créées par des investisseurs qui ne sont pas issus du milieu pharmaceutique ou médical. La Pharma est aussi un marché saturé : la fabrication locale couvre en unités 75% de la consommation nationale des médicaments. Ces chiffres soulignent la nature des investissements dans le secteur et remettent en question son attractivité. Est-ce que ce secteur demeure attractif pour les investisseurs ? Rencontré en marge d’une conférence qu’il a, récemment, donnée à l’Université Paris Dauphine PSL à Tunis, Tarek Hammami, président de la Chambre nationale de l’industrie pharmaceutique (Cnip), nous donne de plus amples informations sur le sujet.

Le marché local des médicaments est presque saturé. Où se nichent, aujourd’hui, les opportunités d’investissement dans le secteur pharmaceutique ?

Les opportunités d’investissement résident dans les projets orientés vers l’exportation, quelle que soit la forme galénique du médicament. La fabrication des produits innovants, surtout les produits bio similaires, les vaccins…, est aussi un nouveau créneau d’investissement. Pour ce type de projets, l’investissement est conséquent et nécessite un apport technologique important, car les technologies utilisées sont pointues et plus avancées par rapport à celles utilisées pour les formes classiques, c’est-à-dire les médicaments chimiques.

Pour développer ce créneau, il faut qu’il y ait un accompagnement au niveau de la loi des marchés publics pour passer du marché des appels d’offres à des marchés de gré à gré et à des accords avec les fabricants locaux. Ce passage devrait être appliqué au moins pour une période donnée, le temps que les fabricants locaux qui investissent dans ce type d’activité puissent rentabiliser un peu leurs investissements.

Justement, est-ce que nous disposons du savoir-faire et des technologies nécessaires pour développer ce type de projets ?

Les compétences existent en Tunisie. C’est certain. Il y a des sociétés qui ont entamé des activités  dans ce créneau. Quatre entreprises sont agréées, en Tunisie, pour fabriquer des produits biologiques. Elles ont acquis des compétences qui vont certainement se développer avec l’expérience. Par exemple, il y a des études cliniques plus poussées qu’on devrait apprendre à réaliser. Mais on va avoir l’expérience nécessaire. On a tout ce qu’il faut en Tunisie en matière de  compétence. Et on réussira, si on aura le soutien de l’Etat au niveau des marchés.

La deuxième contrainte, c’est la taille du marché. Il faut absolument viser des marchés à l’export. Déjà, nous avons l’habitude d’exporter les médicaments chimiques. Si on fabrique de bons produits— et on ne fait que fabriquer de bons produits en Tunisie—on peut attaquer l’export avec ce type de médicaments. Mais il faut déjà vendre sur place. On peut viser le marché africain notamment, l’Afrique du Nord, mais aussi les pays du Golfe et pourquoi pas les marchés européens.

Mais vous avez souligné, lors de votre conférence, qu’il est difficile d’accéder aux marchés africains…

Oui, parce que ce sont des marchés ouverts à l’offre internationale. Les produits commercialisés en Afrique sont en concurrence avec des produits similaires provenant de plusieurs pays à travers le monde. Mais nous sommes compétitifs. Nos produits jouissent d’une très bonne réputation. On est très accepté par les médecins sur place et par la population. On a une excellente réputation. Il faut profiter de ce capital confiance. Il faut y aller.

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