Le financement participatif en valeurs mobilières : Le nouveau visage du secteur financier tunisien

 

La Tunisie s’ouvre à une nouvelle ère de financement participatif en valeurs mobilières, avec le crowdfunding en plein essor. Comment cette tendance émergente promet de redéfinir l’investissement et d’ouvrir des opportunités inédites pour les investisseurs et les entreprises en Tunisie?

Le financement participatif en valeurs mobilières, plus communément appelé crowdfunding, est en train de révolutionner le paysage financier tunisien. Lors de sa participation au premier forum sur le crowdfunding, tenu récemment à Tunis, Mehdi Ben Mustapha, chef du département de la communication et de l’éducation financière au Conseil du marché financier (CMF), a exposé les règlements qui encadrent cette nouvelle méthode de financement. L’objectif est de mettre en lumière les opportunités et les défis que représente le crowdfunding pour la Tunisie, ouvrant ainsi la voie à une ère de financement collectif sans précédent dans le pays.

Une nouvelle voie d’investissement

Ben Mustapha a commencé en citant un ancien directeur de la Bourse de New York, qui avait prédit en 2010 que le crowdfunding deviendrait la principale source de financement collectif. “Cette citation s’est avérée profondément prophétique, puisque le marché du crowdfunding aux États-Unis a depuis atteint des sommets impressionnants, dépassant largement les 200 millions de dollars initialement mentionnés pour atteindre près de 1 milliard de dollars. Cela souligne l’importance croissante du crowdfunding comme source de financement dans le monde entier”, a-t-il indiqué.

Mais pourquoi le crowdfunding suscite-t-il un tel intérêt ? La réponse de Ben Mustapha réside dans sa capacité à combler un fossé dans le financement des entreprises. Alors que l’investissement public et privé traditionnel s’est avéré insuffisant pour répondre aux besoins croissants des entreprises, le crowdfunding se positionne comme une solution alternative qui dépend de la participation de tous. Le financement participatif s’inscrit comme une réponse au défi du financement des entreprises, offrant un nouveau paradigme pour collecter des fonds.

Mehdi Ben Mustapha a aussi mis en évidence la transformation numérique du secteur financier. D’après lui, le crowdfunding en valeurs mobilières représente un changement significatif, car il dématérialise l’intermédiation financière traditionnelle. Les plateformes en ligne deviennent les canaux principaux par lesquels l’argent des contributeurs est acheminé vers les entreprises en quête de financement. Cela se fait principalement à travers l’achat d’actions ou d’obligations, ce qui en fait une activité financière à part entière.

Un cadre réglementaire solide ?

L’un des autres aspects clés concerne le rôle du Conseil du marché financier (CMF) dans la réglementation du crowdfunding. Ben Mustapha a affirmé que les autorités ont introduit un règlement détaillé pour encadrer cette activité financière émergente et que les entreprises qui souhaitent opérer dans ce secteur doivent se conformer à des exigences strictes, notamment un capital minimum, une structure multilingue, et divers critères garantissant leur compétence et leurs ressources techniques et humaines.

Il a ajouté que le crowdfunding est une activité financière qui se démarque des modes de financement traditionnels. Mais en Tunisie, il a été perçu comme une activité accessible à tous, y compris les jeunes entrepreneurs. Cependant, il s’agit bel et bien d’une activité financière, ce qui signifie qu’elle se situe à la frontière des activités bancaires, des intermédiaires en Bourse et des services financiers.

“Les règlements du crowdfunding en investissement dans les valeurs mobilières comblent une lacune importante en fournissant un cadre pour les entreprises souhaitant lever des fonds via cette méthode. Ces règlements imposent des obligations aux entreprises, notamment un capital minimum et des exigences en matière de compétence technique et de ressources humaines. Mais ce cadre réglementaire garantit également la protection des investisseurs. Il limite le montant maximal qu’un investisseur peut engager dans une entreprise à 10.000 dinars, tout en fixant un plafond de collecte de fonds de 1 million de dinars pour les projets. Ces mesures visent à minimiser les risques pour les investisseurs tout en créant un environnement favorable à la croissance des entreprises”, a-t-il souligné.

Avantages et risques

Sur un autre plan, Ben Mustapha a indiqué que le crowdfunding présente une série d’avantages significatifs. Il permet d’attirer un public plus large dans le financement des entreprises, d’accélérer les processus de collecte de fonds et de faciliter le lancement de projets à plus petite échelle. Cependant, il n’est pas sans risques. Les taux d’échec des projets financés sont considérables, allant jusqu’à 15%. Les investisseurs peuvent également être confrontés à des problèmes liés au manque d’informations cruciales, car tout se passe sur des plateformes dématérialisées.

“Certes, l’objectif du crowdfunding est d’élargir la base d’investisseurs potentiels, de rendre les opérations plus rapides et de soutenir les projets de petite envergure. Cependant, il y a aussi des risques associés, notamment le risque de perte d’investissement, le manque d’informations fiables et le risque de liquidité”, a-t-il souligné.

Ben Mustapha a, également, plaidé pour promouvoir la participation publique à l’économie. Cette approche favorise la participation d’un plus grand nombre de citoyens dans l’économie, ouvrant de nouvelles perspectives pour l’investissement et la croissance. Elle reflète également une tendance mondiale en faveur d’une économie plus inclusive.

Sur un autre plan, Mehdi Ben Mustapha est revenu sur les récentes révisions du règlement du CMF concernant le crowdfunding. Il a affirmé que le nouveau règlement unique couvre toutes les conditions nécessaires, de la couverture à l’agrément, des conditions de contrôle aux modalités d’exercice.

“Le CMF a exprimé son souhait d’obtenir des réactions et des critiques de la part du marché, visant ainsi à améliorer et à adapter en permanence ces règles pour répondre aux besoins changeants”, a-t-il souligné.

En guise de conclusion, Ben Mustapha a assuré que le crowdfunding en valeurs mobilières s’apprête à transformer le secteur financier tunisien et que cette nouvelle approche promet de stimuler la croissance économique et d’ouvrir de nouvelles opportunités pour les entreprises et les investisseurs. Cependant, pour que cette transition soit couronnée de succès, il est essentiel de mettre en place un cadre réglementaire solide et d’inciter le marché à participer activement à son développement continu. “Le crowdfunding représente une nouvelle ère de financement collectif, qui promet de révolutionner la manière dont les entreprises lèvent des fonds et dont les investisseurs participent à l’économie… Avec des règlements du CMF qui ont été révisés pour créer un cadre unique, englobant toutes les conditions et réglementations nécessaires, notre pays embrasse cette évolution financière et cherche à l’intégrer de manière sécurisée et réglementée pour stimuler son développement économique ”, a-t-il affirmé.

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