Crise de la filière sucrière : Monopole de l’Etat, mauvaise gestion ou corruption à grande échelle ?

 

La raffinerie de sucre de Béja, qui représente la principale source d’approvisionnement en sucre, connaît ces dernières années des arrêts à répétition, générant des pénuries récurrentes jamais observées dans le passé et des files d’attente de plus en plus longues de consommateurs à la recherche du précieux ingrédient, devenu chez nous un produit rare et de luxe, comme dans les temps anciens.

Les raisons développées par les responsables sont le plus souvent liées aux opérations de maintenance ou au manque de sucre brut, mais pour l’Ong Marsad Raqabah qui a publié en septembre dernier un communiqué sur la question et s’apprête à publier un rapport détaillé sur la filière sucrière dans les semaines à venir, les doutes persistent autour des causes réelles derrière les pénuries durables. Selon cette ONG, il y a donc anguille sous roche.
Que des interrogations autour de cette crise dont on peine toujours à définir les contours et à trouver des réponses. Est-ce un problème de mauvaise gestion pour assurer l’approvisionnement en ce produit alimentaire de première nécessité pour le Tunisien qui en consomme 14 kg par an.

Une production en net déclin

Pour la deuxième année consécutive et à la même période, on passe de quelques perturbations de distribution à une pénurie qui s’installe dans la durée. En septembre 2022, le secrétaire général du syndicat de base de la société, Zidane Madani, a imputé l’arrêt de la raffinerie de sucre de Béja à une pénurie de fuel.
Cela se passe de tout commentaire et dénote la détérioration de la situation dans cette société. Notre pays a été acculé à commander 47 mille tonnes de sucre pour couvrir les besoins nationaux jusqu’au début du mois d’octobre de la même année.
Les trois derniers mois de l’année en cours n’ont pas dérogé à la règle et les Tunisiens se sont retrouvés pour la énième fois face à une nouvelle pénurie de sucre, en dépit des assurances répétées du gouvernement. En effet, et selon Zidane Madani, la société n’a raffiné que 55.000 tonnes, contre 144.000 tonnes en 2021.
Il faut en finir avec le monopole de l’importation du sucre
C’est un déclin orchestré de la filière sucrière, nous souligne le secrétaire général de Marsad Raqabah, Mohamed Abdelmoumen qui a pointé du doigt le système de production et de distribution et notamment l’Ugtt au niveau de la raffinerie de sucre de Béja et une société privée à Jendouba relevant de l’Utica. A cet effet, il nous rapporte les statistiques de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri), selon lesquelles les importations de sucre ont augmenté en quantité de 212,3 mille tonnes les cinq premiers mois de l’année 2023, contre 116,6 mille tonnes pendant la même période de 2022, enregistrant une hausse de 82,1 % en 2023.
Selon l’Onagri, l’accélération du rythme des importations de sucre est de +109,0% fin septembre 2023.
Notre interlocuteur n’a pas manqué de pointer une corruption à certains niveaux, notamment pour ce qui est de l’entreprise privée basée à Jendouba, selon lui. Pour dépasser la crise, il faut en finir avec le monopole de l’importation de sucre par l’Office du Commerce de la Tunisie (OCT) . «L’Etat doit toutefois avoir un pouvoir de contrôle sur ce secteur», a-t-il suggéré. Un rapport bien détaillé sur la filière sucrière sera publié dans les semaines à venir par Marsad Raqabah, a fait savoir Mohamed Abdelmoumen.

Un autre son de cloche

Pour les employés de la Société tunisienne de sucre (STS) de Béjà, c’est un autre son de cloche qui s’est fait entendre, à l’occasion de la visite inopinée du Chef de l’Etat à la raffinerie, mardi 5 décembre, en arrêt depuis plus d’une semaine. Il n’y a pas mieux que le contact direct pour s’enquérir des vrais problèmes de cette entreprise publique qui produit 47% de la consommation nationale et dont l’activité est devenue à partir de 2009, une sous-traitance de l’opération de raffinage pour le compte de l’Office du Commerce de la Tunisie qui l’approvisionne en matière première (sucre brut) contre la fabrication de sucre blanc;
Sur une vidéo postée par la présidence de la République se rapportant à cette visite, les employés ont exposé la situation difficile dans laquelle se trouve la société après une production record estimée à 700 tonnes par jour depuis 2003 jusqu’à 2014, date du début du déclin. En cause, la détérioration des équipements. Ils ont aussi mis en cause le système de sucrerie en général à la suite de l’instauration du nouveau système sus-indiqué. Le message du Président a été clair lors de sa visite dans la ville du Nord-Ouest. Il est persuadé de l’existence de complots contre les entreprises publiques sur fond de grande corruption, mais il n’est pas question de privatiser ce secteur ou de fermer les portes de la STS qui doit retrouver son rythme d’antan.
De son côté, le secrétaire général du syndicat de base de la Société tunisienne de sucre, Zidane Madani, a déclaré que le Président s’est engagé à étudier la situation de la raffinerie qui rencontre des difficultés financières depuis plusieurs années mais qui, malgré tout, est un bien public important qu’il faut préserver.

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