Béji Caïd Essebsi a réussi, grâce à sa sagesse et sa longue expérience politique, à gérer savamment la période la plus difficile de la Tunisie nouvelle en remettant, après la révolution, l’Etat sur les rails.
S’il est une région où la population regrette le plus la mort du président Béji Caïd Essebsi, c’est bien celle du Nord-Ouest qui a fortement cautionné son élection à la tête de la plus haute autorité de l’Etat en décembre 2014, en l’occurrence la présidence de la République.

En dépit de son manquement à certaines de ses promesses clairement affichées lors de sa campagne électorale, le président défunt représente l’une des figures emblématiques de la période post-révolution et un grand homme qui a sauvé le pays d’une dérive dont nul n’aurait prédit l’issue.

C’est en tout cas le sentiment général qui se dégage de nombre de déclarations que nous avons recueillies auprès de la population et de certains représentants de la société civile tel le président du Syndicat des agriculteurs du Kef, Abderraouf Chebbi, qui se sont dits très émus par le décès de cet homme qui représentait pour lui un bon président qui a réussi à gérer une partie difficile de la Tunisie moderne post-révolution. Sans tergiverser, Chebbi reconnaît beaucoup de mérite à BCE en ce qu’il a réussi aussi à remettre l’Etat sur les rails et lui redonner son autorité, estimant toutefois qu’il a laissé choir le parti qu’il a créé, en cherchant à maintenir son fils à sa tête, se disant globalement satisfait du bilan du quinquennat présidentiel, en dépit des divergences qu’il a eues avec les deux chefs de gouvernement qu’il a pratiquement portés au pouvoir. Sans doute en voulant aussi, dit-il, s’approprier la formule de Bourguiba.

Dans ce même ordre de regret pour le départ de l’ancien président, Noureddine Brinis, ancien directeur de l’enseignement primaire à la retraite, affirme que BCE était un homme d’Etat et un enfant du peuple qui a bien défendu la Tunisie sur la scène internationale et lui a redonné son prestige dans le concert des nations, partant de ce qu’il a qualifié de sa longue expérience politique et de son tempérament d’homme calme et serein, porté sur la conciliation et non sur la confrontation, d’autant plus qu’il a réussi également à amadouer le mouvement islamiste et à le ramener à la table des négociations et aux compromis. C’est sans doute, comme l’affirme un médecin de la santé publique ayant requis l’anonymat, l’un des points forts du mandat présidentiel qu’il a pratiquement achevé jusqu’au bout avec la même sérénité et le même engagement militant, notamment pour la partie de la sécurité du territoire avec la mobilisation de l’armée nationale à toute épreuve et la résurgence du pouvoir de l’Etat.

Maître Abdelmalek Labidi résume le mandat de Béji Caïd Essebsi en une phrase: il a accompli avec brio sa mission, partant de la situation difficile que le pays a traversée lors des dernières années, ne tarissant pas d’éloges à son égard, tant il était contraint, souligne-t-il, de composer avec des adversaires parfois assez coriaces et de doctrines opposées.

Certains lui reprochent cependant de ne pas s’être rendu dans les régions qui l’ont fortement soutenu lors des élections de 2014, notamment dans la région du Nord-Ouest où il a obtenu le score électoral le plus élevé, avec, à titre d’exemple, plus de 75% dans le seul gouvernorat du Kef.

Plusieurs ouvrières, les larmes aux yeux, que nous avons rencontrées dans un champ de tomates, non loin du Kef, affirment que la perte de BCE a provoqué chez elles une douleur atroce, car il avait, selon elles, le sens de l’humanisme, de la modération et de la communication, d’autant plus qu’on ne l’a jamais vu, ou presque, courroucé même après les coups bas de certaines parties politiques, ce qui lui a valu de mourir dignement en bon père et en bon président de tous les Tunisiens.

Jamel Taibi

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