Il est l’homme qui a été élu par un million de femmes lors de l’élection présidentielle de 2014. Féministe jusqu’au bout des ongles, il a défendu bec et ongles les droits de la femme tunisienne… Sa mort, avant-hier, a touché  des milliers de Tunisiens et Tunisiennes  qui ont pleuré à chaudes larmes sa disparition. Des femmes, tous âges confondus, ont témoigné de leur chagrin suite au décès du président de la République, Béji Caïd Essebsi…

Monia est une femme qui a dépassé la quarantaine, elle nous a confié que la mauvaise nouvelle de  la mort du président de la République l’a beaucoup touchée. Emue, elle s’est exprimée ainsi « C’était un grand homme d’Etat, un diplomate, il avait le sens de l’humour avec ses célèbres proverbes à la tunisienne, tirés de notre culture… et nous, en tant que femmes, nous l’avons élu parce qu’on croyait en lui, en ses compétences en tant que politicien et défenseur des droits de la femme,  même si on était un peu déçues quand il s’est allié avec le parti Ennahdha mais nul ne peut ignorer qu’il a sauvé la Tunisie d’un vrai bain de sang». Et de continuer, « Le défunt représente vraiment l’image du Tunisien à la fois  moderne et patriote, l’image de l’homme que l’on veut.  Que Dieu lui accorde Sa miséricorde ».

Quant à Najet, également une quadragénaire, elle rejoint l’idée de Monia en précisant  que la mort du président a été une triste nouvelle pour tout le monde même si  les femmes  se sont senties un peu trahies, car, selon elle, le président n’a pas tenu ses promesses. « Béji Caïd Essebsi nous renvoie  à une très  belle époque que nous avons vécue il y a longtemps sous le régime du  père de la nation Bourguiba. Celui-ci , contemporain du grand leader, a marché sur ses traces et  il a quand même essayé de  défendre les droits de la femme, imposer l’égalité entre les sexes  en mettant  en place  le projet de loi de l’égalité dans l’héritage…», témoignait nostalgiquement Najet. «  Mais du point de vue politique,  personnellement, je pense qu’il a échoué même s’il est le disciple de  Bourguiba, celui qui a aimé la patrie plus que tout. Ce que nous reprochons à  Béji, c’est cette  union  avec le parti Ennahdha et le non-respect de son célèbre slogan qu’il a toujours répété  « La patrie avant le parti », conclut Najet.

Sa mort ne me fait ni chaud ni froid

Qu’en pensent les jeunes ? Que représente la mort d’un président de la République pour eux ? Notamment, pour Rana, encore étudiante, elle a révélé  qu’elle n’a pas été trop touchée par la mort du Président. Elle trouve qu’il est tout à fait normal qu’on trépasse à l’âge de 92 ans. D’autant plus qu’elle pense que le Président, en tant qu’homme politique, n’a pas fait grand-chose ni pour la Tunisie ni pour les femmes. Elle estime que pendant ces cinq  dernières années, les Tunisiens en ont vu de toutes les couleurs : des attentats, la baisse du pouvoir d’achat, la dépréciation du dinar tunisien, des querelles entre partis politiques. « Même s’il s’est battu pour l’émancipation de la femme, néanmoins, la situation, notamment celle des  agricultrices, reste toujours médiocre », note-t-elle

Nesrine, qui a fait des études en droit, quant à elle, pense  que la disparition du Président est une grande perte pour la Tunisie, on aurait aimé que les élections présidentielles soient tenues  à leur date afin d’éviter d’éventuelles perturbations.  On le reconnaît tous et toutes, à un certain moment, le Président a réussi à maintenir l’ordre dans le pays, à sauver la Tunisie et on lui est tous reconnaissants », s’est exprimée Nesrine.

«C’est un grand homme politique, mais en tant que femmes, nous n’avons pas compris pourquoi il a voulu imposer son fils au pouvoir ! ». C’est par cette phrase qu’a commencé Samia, enseignante, pour donner son témoignage. Elle a ajouté par la suite : « Je me disais que finalement, le Président comprenait mieux que nous la situation du pays et ce qui se trame dans les coulisses. Le fait de  prendre certaines décisions est certainement dans l’intérêt du pays  et je n’ai jamais regretté de l’avoir élu ! »

Emna Habachi, 32 ans, estime que l’époque de Béji n’a  rien de spécial, au contraire, pour elle, le président n’a absolument rien fait pour la femme rurale, et le pays a connu un vrai déclin économique et social avec la baisse du pouvoir d’achat… le chaos total et les classes sociales démunies sont les vraies victimes.   

Qu’on l’aime ou pas, qu’on soit d’accord ou pas avec ses choix, ses décisions,  Béji Caïd Essebsi a marqué l’esprit des Tunisiens : il représente une partie de l’histoire de la Tunisie. Paix à son âme.   

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