Ce compétiteur hors normes était en avance sur son temps. Talent précoce, il a su transcender son rôle et lui donner une dimension supplémentaire.

Aujourd’hui encore, Ali Kâabi est considéré comme l’un des meilleurs latéraux tunisiens de tous les temps.
Son élégance, ses centres précis et ses frappes puissantes exécutées des deux pieds ont contribué à construire la légende de l’ex-international tunisien. Défenseur-buteur, arrière volant, leader de groupe, que de casquettes ont été attribuées à cet immense champion. Quand on pense à Ali Kâabi, l’enfant terrible du COT et de la sélection de 78, on se dit soudain et tout de suite que l’on a tout d’abord affaire à un spécialiste des grands rendez-vous. L’impression se confirme si l’on affine encore les chiffres de ce compétiteur vertueux. Quand Kâabi marque, ses réalisations sont souvent décisives et son apport incommensurable. Kâabi, c’est le prototype du taulier qui porte son équipe. Et cette réussite exceptionnelle explique sans doute à elle seule l’aura très particulière qui entoure, aujourd’hui encore, Ali Kâabi, un immense champion, un monstre sacré, une légende.
Tout au long de sa carrière, il a multiplié les exploits même s’il n’a pas toujours accumulé les trophées. Doté d’une technique raffinée et d’un potentiel hors norme, sa lecture du jeu et son sens de l’improvisation ont sans aucun doute contribué à faire de lui l’un des défenseurs les plus appréciés de sa génération.
Les supporters du Team Tunisie n’oublieront pas de sitôt ces coups d’éclat venus d’ailleurs. Ces buts d’anthologie et sa faculté à débouler alors que l’on ne s’y attendait pas forcément…
Considéré par tout le microcosme sportif comme une légende vivante, Ali Kâabi est un phénomène, un homme à qui tout réussit sur le terrain. Sur le carré vert, ce footballeur d’exception ne se pose pas de questions. Pour lui, ce qui est fait devait l’être forcément ! De l’avis de tous, l’ex-international tunisien s’est véritablement approprié son poste d’arrière latéral.
Comme d’illustres champions avant lui, il a su transcender son rôle et lui donner une dimension supplémentaire. Car en football, il était en avance sur son temps, précoce comme on dit.
Dans la définition du défenseur moderne, l’aspect offensif du poste n’est plus le même, révolutionné au rythme de l’évolution du sport-roi. Kâabi en est la preuve vivante. Il défend certes, mais il couvre aussi toute sa moitié de terrain, anticipe, déboule tel un TGV, apporte le surnombre en attaque pour centrer ou terminer les actions. Dans cette mesure, les statistiques offensives deviennent aussi un critère pour départager le joueur lambda et le compétiteur « fuoriclass ». Longiligne, athlétique et puissant, celui qui fait partie du panthéon du football tunisien alliait technique et vitesse d’exécution pour prendre une longueur d’avance sur le terrain.

« La loi martiale décrétée! »
A ce jour, on imagine que les souvenirs de l’épopée argentine se bousculent encore dans la tête de ce phénomène du sport-roi. Toujours aussi accessible, Ali Kâabi a bien voulu revenir sur les temps forts de sa carrière : « Quand je me remémore notre parcours argentin, un événement impérissable, j’ai tendance à faire une cure de jouvence. Je replonge dans une vague de nostalgie et me plonge dans les péripéties du choc face à la RFA. C’est inscrit dans mes gènes à jamais, imprimé dans mon subconscient pour toujours. L’Allemagne était considérée comme un épouvantail, un rouleau compresseur. Audacieux et ambitieux, nous n’avons rien négligé pour nous hisser au niveau, à la hauteur de l’évènement.
Bref, nous avions décrété la loi martiale sur le terrain avec ce mélange de détermination, de siège des bases adverses et d’émulation à force de volonté, de cran et de personnalité sur le terrain. Vous savez, en football, l’audace a du génie, du pouvoir et de la magie. Et sans l’audace, l’impossible s’étendrait presque partout ! Toujours volet mondial et autre match atypique et inoubliable, l’explication face au Mexique fut un moment fort.
Là, nous étions dans le subliminal, en mode conquérant, en mission ! Cerise sur le gâteau, à titre personnel, je marque et participe au festival du Team tunisie. A mes débuts en sélection, deux ans auparavant, en 1976, j’ai eu la chance de côtoyer une génération dorée. L’épopée argentine a fait le reste et nous voilà propulsés au panthéon du football tunisien. Toujours volet Mondial 78, j’ai tout de même un pincement au cœur quand je pense au but de Lato. Quand on doit en découdre avec ce joueur de stature mondiale, il n’y a pas de place à l’inadvertance ponctuelle. Tel un caméléon qui sait se fondre dans la masse, il a usé de ses ficelles pour faire la différence. C’est aussi ça un grand joueur. Passons maintenant au football local d’antan. Le mythique Club Olympique des Transports, mon club de cœur, était au sommet vers la fin des années 80. Il visait le doublé avant de plonger les années d’après dans les abîmes du classement. J’en garde un amer souvenir car cette institution a révélé tant de champions. C’est un vivier, une fabrique de talents. Rappelez-vous à titre d’exemple l’année 88 avec les Yahmadi, Mohiedine Habita, Msakni, Khedher, Zitouni, Henchiri, et j’en passe. C’est vraiment poignant et regrettable aussi qu’un bastion `qui a révélé les Abdesslam Chaâtani et autre Amor Dhib ne soit pas en haut de l’affiche actuellement. J’espère que le Phénix cotiste renaîtra un jour de ses cendres. Ce sera tout bénéfice pour le football tunisien ». Du COT à Rosario, en passant par la CAN d’avant-Mondial où il a libéré le Team Tunisie, Ali Kaâbi a toujours répondu présent lors des grands événements qui ont jalonné sa carrière. Face au Mexique, celui qui est parti sur le front suite à une impulsion, un flair, avait marqué un but prodigieux, un cas d’école même: « Je prend mes responsabilités et me décide à épauler mes coéquipiers de l’attaque. Je pique un sprint, et sur un service de l’ingénieux Hamadi Agrebi, je trouve le bon angle et j’allume le portier aztèque à l’entrée de la surface de réparation ».
Par la suite, à la fin du match, j’ai compris que nous sommes entrés dans l’histoire. La Tunisie était devenue la première nation africaine et arabe à gagner un match de Coupe du monde. Historique !

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