Analyse : Les sionistes ont beau tout raser à Gaza, jusqu’où ira le bras de fer avec le Hamas?

 

Plus de cent jours après avoir, au prix d’une invasion dévastatrice, mis Gaza à feu et à sang, faisant notamment plus de 27 mille tués, Israël n’est certainement pas au bout de ses peines, l’heure de la victoire étant encore lointaine, voire très lointaine, comme l’admet fatalement un peuple de plus en plus désespéré.

Un peuple que plus rien ne rassure. Même pas les promesses démesurées maintes fois martelées devant les médias par un Netanyahu qui continue, mordicus, de prendre ses rêves pour des réalités, en dépit des déroutes non-stop de l’armée. Est-ce désormais pour lui le point de non-retour dans un conflit dont plus personne, même pas aux USA, ne peut prévoir l’issue?

Netanyahu, le boss égocentrique imbu de convictions ultraconservatrices, est-il en train de brasser de l’air ? On oserait répondre par oui pour, à notre avis, moult raisons.

Primo, l’armée israélienne a, elle-même, reconnu qu’elle n’a découvert et atteint, au bout de plus de trois mois de bombardements intensifs, que 20% des mystérieux tunnels de la résistance. Très peu, voire une misère, quand on sait que des  centaines de bombes, dont certaines sont très sophistiquées et spécialement conçues pour les frappes souterraines, ont été larguées aux quatre coins de la bande de Gaza.

Les soldats israéliens ne comptent plus leurs pertes

Secundo, nombreux sont les rescapés des tunnels bombardés, avouent des médias israéliens, qui ont pu en sortir indemnes pour soit se réfugier dans d’autres tunnels, soit continuer de combattre dans les maisons en ruine où d’ailleurs les soldats de Tsahal ne comptent plus leurs pertes, empêtrés dans des pièges diaboliques qui leur sont tendus. 

Tertio, Israël, plus de trois mois après son entrée à Gaza, n’a pu, jusqu’à présent, atteindre les caches souterraines où sont détenus les otages. Et cela, en dépit de frappes quotidiennes ciblées et du recours aux forces spéciales et à des experts chevronnés en la matière. 

A toutes ces énigmes, on peut ajouter au passif de l’Etat hébreu cette incapacité à tuer ou arrêter les poids lourds du Hamas, dont le number one de la résistance armée, l’introuvable Yahia Sinouar. Le chef de file de l’aile dure du mouvement, tient coûte que coûte à poursuivre la lutte armée, allant ces jours-ci jusqu’à faire barrage à toute solution d’apaisement, tranchant ainsi avec l’ouverture de ses camarades à la poursuite des négociations avec Israël.

Dur parmi les durs, Sinouar détient, jusqu’à nouvel ordre, la clé de l’issue de la guerre. C’est pourquoi Netanyahu et son ministre de la Défense persistent à croire qu’une fois celui-ci éliminé, ses brigades Al Qassem, et par là le Hamas, seront détruites.

Des successeurs potentiels

Or, l’assurance et l’entêtement avec lequel est martelé ce message en Israël laissent perplexes. Les bombardements ne cessent de pleuvoir sur Israël, y compris à Tel-Aviv. Deuxièmement, on peut dire, sans risque d’exagération, que si tous les dirigeants du Hamas venaient à être assassinés, ce mouvement ne disparaîtrait pas. Car, en fouillant dans l’historique des organisations islamistes, on constate aisément que leur hiérarchie hermétiquement fermée est si bien structurée qu’il y avait (aura donc) toujours des successeurs potentiels à assurer rapidement la relève.

Ceux-ci, triés sur le volet aussi bien sur le plan local que parmi la diaspora à l’étranger, ont déjà prêté serment et juré fidélité dès le premier jour de leur recrutement. Les exemples abondent pour le prouver. Le Hamas lui-même n’a-t-il pas survécu à l’assassinat de son «guide» Cheikh Yassine ? Marouane Barghouthi, autre haut dirigeant et artisan de la première intifada en Palestine, incarcéré il y a plus de 20 ans pour une peine à perpétuité, sans impacter d’un iota la poursuite de la résistance. Le Hezballah pourrait, à son tour, perdre son maître à penser Hassen Nasrallah, ses successeurs se bousculent dans son sillage. L’Iran, que d’aucuns croyaient en passe de s’effondrer au lendemain du décès de Khomeini, est paradoxalement devenue une grande puissance économique et surtout militaire.

Tout cela nous amène, en définitive, à nous demander si le Hamas, après tant d’épreuves et de résistance, pourra être vaincu par l’ennemi.

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