Indicateurs de croissance qualitative: Des résultats mitigés

Selon les indicateurs de croissance qualitative proposés par le rapport 2024 du « World Economic Forum » sur l’avenir de la croissance, la Tunisie affiche des résultats mitigés. Elle a encore du pain sur la planche pour atteindre une croissance inclusive, durable et résiliente.


L’accélération de la poussée technologique, la persistance et l’aggravation des disparités sociales, l’accentuation des tensions géopolitiques qui ont induit davantage d’incertitudes économiques qui prévalent aujourd’hui partout dans le monde ainsi que les enjeux environnementaux pressants constituent de nouvelles réalités économiques et sociales qui ont brouillé les pistes et rendu obsolètes les mesures usuelles de la croissance. Les économistes mettent désormais le curseur sur ce qu’ils appellent la croissance qualitative axée sur des objectifs environnementaux et sociaux. Ainsi, afin de stimuler la réflexion sur de nouvelles méthodes de mesure de la croissance allant au-delà de sa simple quantification par le calcul du PIB, le « World Economic Forum » vient de publier la 1ère édition du rapport sur l’avenir de la croissance.  Ce rapport examine « la nature sous-jacente et la qualité de la croissance » dans différents pays en se basant sur quatre domaines principaux : l’innovation, l’inclusion, la durabilité et la résilience. Ces critères se révèlent plus adaptés à la volatilité de la conjoncture internationale actuelle et reflètent également la pérennité et l’équité économique et sociale souhaitées. Le rapport est basé sur une enquête de perception réalisée en septembre 2023, identiquement dans 107 économies.

Au niveau global, les résultats ont révélé que les économies des divers pays ont obtenu les meilleurs résultats en matière d’inclusivité (la capacité des économies à intégrer toutes les parties prenantes dans les prestations et les opportunités créées) et de résilience (la capacité des économies de résister et se rétablir lors des chocs). Les moyennes des scores réalisés sont respectivement de l’ordre de 55,9 sur 100 pour l’inclusivité et de 52,8 pour la résilience. Cependant, le rapport souligne que plusieurs pays continuent de croître d’une manière qui n’est pas durable ou inclusive, en raison des difficultés à adopter l’innovation pour réduire leur vulnérabilité aux chocs mondiaux. En effet, en matière d’innovation, la plupart des pays font pâle figure avec un score moyen faible de 47,5 sur 100.

Les résultats de la Tunisie 

En Tunisie, l’enquête a été menée par l’Iace, partenaire officiel du « World Economic Forum ». Les résultats sont globalement encourageants. Ils montrent que le ratio PIB/habitant a timidement évolué entre 2018 et 2023, néanmoins les scores obtenus dépassent la moyenne des pays à faible et moyen revenu pour les 4 indicateurs de la croissance. Ainsi, en matière d’innovation, la Tunisie affiche un score de 38,5 sur 100, un résultat qui, même s’il est relativement faible, se situe au-dessus de la moyenne (34,9) de cette catégorie de pays. Selon les chiffres révélés par l’enquête, l’économie tunisienne est relativement inclusive en comparaison avec des économies similaires (un score de 53,6), alors qu’en termes de croissance durable, elle peut mieux faire. Pour l’indicateur résilience, elle a obtenu le score de 49,5 sur 100 surpassant la moyenne de 45,8 pour les pays en voie de développement).

Encore du pain sur la planche 

Le rapport conclut que la croissance économique est nécessaire, mais pas suffisante pour améliorer la qualité de la vie des citoyens. Il affirme, en ce sens, que l’attention doit être portée aussi sur d’autres indicateurs qualitatifs qui sont liés au progrès technologique, à la répartition équitable des ressources, au respect de l’environnement ainsi qu’à la résistance lors des périodes de crises. En outre, le rapport indique que les pays développés et en voie de développement ont encore du pain sur la planche pour atteindre une croissance durable et inclusive dotée de résilience et portée par l’innovation. Il dévoile l’écart significatif en matière d’innovation, mais aussi en matière de digitalisation entre les pays développés et moins développés. Dans les pays en voie de développement, l’accroissement des inégalités au niveau des revenus, des opportunités disponibles, de l’accès aux services les plus élémentaires, ainsi que de la défaillance de la protection sociale constituent les principaux obstacles qui s’érigent face à l’inclusivité de l’économie. Enfin, la finance et les technologies vertes constituent un moyen efficace pour atteindre la durabilité.

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