«Cœur hanté» de Walid Ayadi à El Teatro : Et puis un ange apparaît !

 

Tout est sujet à la critique et tout est objet de dérision. Walid Ayadi est arrivé à l’aide de ses acteurs à vivre et nous faire vivre une lecture fantasque d’une réalité que nous avons de plus en plus du mal à regarder en face.

La découverte de l’univers de Walid Ayadi dans «Cœur hanté» à El Teatro, la semaine dernière, fut une belle surprise. C’était une immersion dans un monde à la lisière du magique et du réel. Une construction peu probable et inattendue d’un tissu urbain écrit par le jeu d’acteurs, la scénographie, le texte et le monde magique aux références bien réalistes. La pièce aurait pu commencer par : il était une fois deux familles rivales dans un quartier populaire.

Leur vie ordinaire, sans relief, se résume à des querelles de voisinage et des rêveries des jeunes filles du prince charmant. Cette vie se retrouve bouleversée par un ange qui s’invite dans leur vie. Fasciné par leurs luttes et rêves, cet être surnaturel apporte son humour à leurs épreuves, abordant pauvreté et ambition avec satire.

Walid Ayadi a réussi cette structure dramatique qui s’écrit suivant un cheminement ascendant. Les événements ne sont pas une finalité en soi mais des appuis pour stimuler la créativité des acteurs. Walid Ayadi a fait appel à des acteurs qui ne lésinent pas sur l’autodérision, écrivent leurs personnages avec les moindres détails dans une performance mêlant comédie et tragédie, soulignant la résilience face aux aléas de la vie.

Boulbaba Hedili, Syrine Ben Yahia, Fatma Sfar, Amina Bdiri, Skander Brahem, Taher Mindili, Souhir Miziou, Lamine Hamzaoui, Salima Ayari, Hela Ben Salah, Khaoula Dali et Sofien Bouajila ont formé dans l’exiguïté de l’espace de jeu une entité compacte qui se déchire en interne. Tels des électrons avec leur champ magnétique qui se repoussent. Chacun porte sa particularité en lui-même et l’effet magique de l’ange qui leur est apparu devient un catalyseur qui réactive leur rivalité et l’attise. Les élections, la rivalité politique, la base électorale et le débat politique sont des thématiques qui renouent avec la réalité et alimentent l’aspect caricatural. Tout est sujet à la critique et tout est objet de dérision. Walid Ayadi est arrivé à l’aide de ses acteurs à vivre et nous faire vivre une lecture fantasque d’une réalité que nous avons de plus en plus de mal à regarder en face. Et c’est dans cette éclaboussure d’énergie et de couleurs que nous arrivons à rire de nous-mêmes et à nous laisser aller dans un monde sublimé d’un metteur en scène qui nous tend un miroir déformant qui nous révèle nos vrais visages.

Quand l’ange descend du ciel pour être l’instrument de l’homme et témoin de sa décadence, seules les âmes pures retrouvent leur chemin, tout le reste n’est qu’égarement.

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