Point de vue | A propos des salaires impayés !

Point de vue

La quasi-totalité des joueurs tunisiens en exercice ne sont pas payés, ou le sont en partie ou en retard. Pratiquement, même les clubs aisés ne payent pas régulièrement les éléments de rémunération pour leurs joueurs, tels que les salaires, les primes de rendement, de signature et de victoires (à chacun son mode de paiement et sa grille salariale). Et ce constat général et dangereux met en doute la compétition en général et la survie d’un club. C’est comme une entreprise qui ne paye pas son personnel avec tous les effets sur la qualité de la prestation de service qui en découle. Et puisque c’est un sujet tabou dans notre championnat parce qu’on ne connaît pas exactement les montants des salaires et des primes, on reste dans la confusion générale en étant tenus de croire avec beaucoup de réserve ce que disent les joueurs, leurs agents et les dirigeants des clubs à ce sujet. On a des grèves partout, des problèmes dans les vestiaires parce que les joueurs réclament leur dû suivant les contrats paraphés à la FTF. Les entraîneurs (eux aussi se plaignent de problèmes de paie) ne peuvent pas exercer avec des joueurs dont les salaires sont impayés et qui n’ont pas la tête à l’assimilation du travail aux entraînements (car ils ont la tête ailleurs) et qui se mettent dans une position délicate envers leurs clubs et leurs employeurs : d’un côté, ils défendent les couleurs de ces clubs, mais  de l’autre,  ils rentrent dans un bras de fer juridique avec eux via leurs avocats (qui se font des dans un fortunes avec des pourcentages conséquents touchés sur les montants réclamés). Y a-t-il plus caricatural pour un football qui se veut professionnel !

Cette épineuse question des salaires et primes non payés renvoie à un point fondamental. Comment des contrats aussi juteux pour les joueurs ( on a une moyenne de salaire qui dépasse 5.000 dinars sans compter les chiffres à 4 et à 5 zéros pour les primes de rendement ou de signature !) ont été signés par les dirigeants, engageant ainsi le club pour la vie ? Un dirigeant qui sait que la billetterie est faible, que les sponsors se font peu nombreux, que les droits télé sont rejetés par la télévision nationale, a-t-il la conscience tranquille en signant des contrats pareils pour des joueurs qui ne méritent pas franchement le quart de ces montants ?  Au lieu d’attirer n’importe quels joueurs et de leur concéder de tels avantages exagérés par rapport aux moyens existants et de signer des contrats «douteux» où même des dirigeants touchent des commissions, on pouvait signer des contrats raisonnables avec des salaires étudiés et des primes liées à la performance en misant plus sur son cru. Malheureusement, personne ne donne de l’importance à l’intérêt du club. Voilà une masse salariale telle une bulle gonflée qui risque d’éclater à tout moment, et voilà aussi des joueurs qui profitent (et c’est leur plein droit) de contrats favorables pour exiger le paiement de leur dû et pour prendre le dessus sur des dirigeants affaiblis et qui les supplient pour reprendre les entraînements et jouer. Un travail non rémunéré, une activité alors complètement bloquée, et la boucle est bouclée !

Laisser un commentaire