Industrie des composants automobiles: Passer la vitesse supérieure  

« Les décisions, qui ont été prises à l’issue de la session de travail ministérielle consacrée au secteur, sont audacieuses et vont ouvrir la voie à son développement », a souligné le président de la « Tunisian Automotive Association » (TAA), Nabhen Bouchaâla.

Si elle a été parmi les secteurs les plus touchés par la crise Covid qui a débuté en 2020, l’industrie des composants automobiles continue de remonter la pente à pas sûrs et devra renouer, dans un futur très proche, avec le rythme de production d’avant-crise sanitaire.

Fleuron de l’industrie tunisienne, le secteur des composants automobiles a su se forger une bonne réputation internationale en tant qu’industrie performante. La gestion adaptée des unités de production, lors de la crise sanitaire, n’était qu’une preuve de plus de sa résilience ainsi que de sa capacité d’adaptation à un contexte mondial marqué par une forte mouvance.

Des mesures d’envergure 

Il va sans dire que le secteur pèse lourd dans l’économie : il génère 2,4 milliards d’euros de recettes d’exportation, emploie plus de 95.000 personnes et contribue à hauteur de 4% au PIB. Les opportunités qui se profilent avec l’émergence des politiques de relocalisation privilégiées par les Européens, suite à la crise Covid et accélérées par la guerre en Ukraine, ouvrent, aujourd’hui, un boulevard aux opérateurs de cette filière clé. C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé de prêter main-forte au secteur afin d’appuyer les entreprises établies, mais aussi d’attirer de nouveaux investissements, d’autant plus que le secteur, fort de ses atouts et du savoir-faire qu’il a pu acquérir depuis des décennies, est promu à un bel avenir.

En effet, une séance de travail ministérielle présidée par le chef du gouvernement Ahmed Hachani a été consacrée, au début de ce mois, à l’industrie de l’équipement automobile en Tunisie. A l’issue de cette réunion, plusieurs mesures, ayant pour objectif d’améliorer la rentabilité, la performance ainsi que l’attractivité du secteur, ont été décidées. Il s’agit notamment de développer une vision stratégique visant à faire progresser le secteur, et ce, dans le cadre des plans de développement 2023-2025 et 2026-2030 ; d’actualiser la base de données relative aux terrains industriels disponibles et de réviser la marge de préférence dans les marchés publics de 10 à 25% sur tous les produits d’origine tunisienne, tels que les équipements automobiles.

Ces décisions d’envergure visent, en effet, à faire passer le secteur à un rythme supérieur. « Ces décisions sont audacieuses et vont ouvrir la voie au développement du secteur », a commenté le président de la « Tunisian Automotive Association », Nabhen Bouchaâla, lors de son intervention sur les ondes d’une radio privée.

« Nous estimons qu’avec cette réunion, le gouvernement a remis le secteur à la tête des priorités en Tunisie. Il a défini une feuille de route claire pour la filière », a-t-il encore ajouté. Revenant sur la question du foncier industriel, Bouchaâla a fait savoir que les terrains industriels figurent parmi les principales difficultés rencontrées par les investisseurs étrangers.

« Après le déclenchement de la guerre en Ukraine, il y a eu des demandes de transfert d’activité en Tunisie et la base de données des terrains industriels n’était pas actualisée. C’est pour cette raison que la présidence du gouvernement a appelé à l’actualiser et à régulariser la situation de ces terrains pour faciliter les nouvelles opérations d’investissement. Aujourd’hui, les terrains disponibles sont de taille réduite, ce qui pose un problème. Les investissements dans ce secteur nécessitent des superficies de l’ordre de 30.000 mètres carrés alors que les terrains disponibles ne dépassent pas les 6.000 m2 », a-t-il précisé. Il a ajouté que les champions nationaux et internationaux, qui tirent aujourd’hui le secteur vers le haut, sont en mesure de faire des émules et d’attirer d’autres investisseurs étrangers et nationaux qui   tournent désormais le regard vers le site Tunisie. « C’est un secteur très rentable et qui a tous les atouts pour se développer et faire émerger de nouveaux champions » a-t-il souligné.

Les objectifs du pacte de partenariat public-privé 

Revenant sur le pacte de partenariat public-privé pour la promotion de la compétitivité du secteur automobile et de l’équipement automobile, qui a été signé en juillet 2022 et qui s’étend jusqu’en 2027, Bouchaâla a rappelé que plusieurs objectifs ambitieux ont été tracés à l’horizon 2027, dans le cadre de ce partenariat. Il a cité, entre autres, l’augmentation des exportations, dont la valeur devrait atteindre 7,5 milliards d’euros, l’amélioration du taux d’investissement pour s’établir à 22% du PIB du secteur (contre 12% en 2019), la création de 60.000 nouveaux postes d’emploi et l’amélioration du taux d’encadrement à 48%. Articulé autour de 5 axes, en l’occurrence l’infrastructure, le cadre réglementaire et incitatif, l’emploi et la formation, la recherche et développement et la promotion du secteur, ce pacte, qui réunit autour des mêmes objectifs toutes les parties prenantes publiques et privées, comporte 31 mesures, dont 22 sont attribuées au secteur public.

Bouchâala a ajouté que l’association en tant que structure représentative du secteur privé a déjà entamé la mise en œuvre de plusieurs décisions, et ce, notamment, avec le lancement d’une académie de formation des cadres et l’ouverture de 8 centres de recherche et développement et même des centres de test et de validation.

Se préparer aux enjeux environnementaux 

Entre opportunités et objectifs de performance, le secteur a su, à ce jour, bien jouer ses cartes. Mais aujourd’hui, il va devoir faire face à un nouveau défi très important, à savoir les enjeux environnementaux. En effet, avec l’instauration de la taxe carbone qui entrera en vigueur, en 2027, les entreprises établies en Tunisie doivent améliorer leurs empreintes carbones et savoir intégrer dans leurs procédés de production de nouvelles politiques ESG. Un changement de taille, auquel les opérateurs comptent bien se préparer, car ils n’auront certainement pas droit à l’erreur.

« La décarbonation représente aujourd’hui un enjeu majeur. Cela pourrait constituer un frein à l’exportation, surtout vers l’Europe qui a instauré une taxe applicable à tout produit ayant une empreinte carbone élevée. Ceci nous pousse à améliorer nos procédés de fabrication et à réduire nos empreintes carbone. Même les constructeurs automobiles ont adhéré à cette démarche. Aujourd’hui, la TAA accorde une importance particulière aux défis de décarbonation du secteur. Elle va accompagner 40 entreprises pour les aider à adopter de nouvelles politiques ESG et à calculer leurs empreintes carbone afin d’établir un état des lieux et à définir une feuille de route, en conséquence », a conclu Bouchaâla.

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