Kasserine – Protection contre la cochenille du cactus : La prévention en quatre axes

 

La bonne nouvelle, c’est que les cochenilles du cactus ne risquent pas d’infester les maisons, et y introduire leur aspect très dégoûtant. Elles ne sont pas dangereuses pour l’homme ni pour les animaux. 

Le secteur de la figue de barbarie, qui est  prometteur et stratégique pour l’économie nationale, représente une véritable richesse pour le gouvernorat de Kasserine. C’est une source de développement vitale, notamment pour plusieurs régions rurales. Cependant, l’apparition d’un insecte dévastateur, la cochenille du cactus, pourrait porter atteinte au développement de cette filière en essor depuis plusieurs années.

Signalée pour la première fois en 2021 à Mahdia, cette cochenille a ravagé une partie de la production de cactus au niveau de huit gouvernorats, qui sont Nabeul, Zaghouan, Siliana, Kairouan, Sousse, Monastir, Sidi Bouzid et Sfax. Kasserine est encore épargnée, mais vu que cet insecte peut se disséminer très vite et de façon imprévisible, des mesures ont été mises en œuvre pour éviter son développement avec la collaboration de toutes les parties prenantes.

Plus qu’un fruit, une source de revenu

Nous avons contacté Mokhtar Allagui, chef de service des plantes et semences au Commissariat régional au développement agricole de Kasserine (Crda) pour comprendre l’ampleur du risque et mettre fin aux rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux.

Selon le responsable, Kasserine est première à l’échelle nationale en superficie et en production de figues de barbarie avec 100.000 ha couverts et 250.000 t de fruits en 2023. Il nous a fait savoir que certaines régions sont fortement dépendantes de cette filière, comme Zalfen qui compte 30.000 ha de cette plante. Ce secteur assure 3.000 emplois fixes et 7.000 saisonniers pour un revenu total dépassant 80 millions de dinars en 2023. D’ailleurs, on compte 13 entreprises de valorisation de la figue de barbarie à Kasserine en 2005.

M.Mokhtar Allagui a indiqué que, en plus des fruits qui sont très prisés par les consommateurs locaux et même exportés, ces sociétés se spécialisent dans des produits alimentaires tels que la confiture et le jus ainsi que des produits à grandes valeurs thérapeutiques ou cosmétiques comme l’huile de graines, le savon et le shampooing. Le cactus présente également un intérêt majeur comme source de fourrage pour le bétail. Il constitue des barrières solides et étanches pour délimiter les propriétés dans les zones rurales. Il est aussi utilisé comme brise-vent et pour consolider le sol afin de lutter contre l’érosion et la désertification. Ses faibles coûts de production, car il ne nécessite pas un traitement particulier et résiste fortement à la sécheresse, s’ajoutent à toutes ses vertus pour comprendre pourquoi cette plante suscite autant d’intérêt. Pour toutes ces raisons, il est impératif de protéger les cactus de Kasserine contre une éventuelle atteinte par les cochenilles qui constituent une menace réelle.

Aucun risque pour l’homme et les animaux

Les cochenilles comptent en général pas moins de 8.500 espèces et se nourrissant de la sève des plantes. De forme ovale et de couleur blanche, elles peuvent mesurer de 3 à 6 mm et sécrètent une matière cotonneuse pour couvrir les masses d’œufs laissées par les femelles. Parfois, on les prend donc pour de petites taches blanches semblables à de la mousse.

Selon le rapport publié par le département de la justice environnementale et climatique en janvier 2024 intitulé «Droits environnementaux, changements climatiques, justice environnementale et sociale», le climat de la Tunisie, avec ses températures élevées, a favorisé la reproduction et la survie de ces insectes, notamment pendant l’été 2023, qui a enregistré les températures les plus élevées jamais enregistrées. Leur présence aura pour effet de ralentir, voire d’arrêter la croissance du cactus, de le dessécher et le flétrir. Elles sont transportées par des oiseaux ou par le vent. Les mâles volent alors que les femelles n’ont pas d’ailes.

Toujours selon le responsable du Crda, Mokhtar Allagui, la bonne nouvelle, c’est que les cochenilles du cactus ne risquent pas d’infester les maisons, et y introduire  leur aspect très dégoûtant. Elles ne sont pas dangereuses pour l’homme ni pour les animaux. Cette information a été confirmée par les médecins du service d’hygiène à la Direction régionale de la santé de Kasserine. Il s’agit bien d’un insecte nuisible mais qui n’a aucun impact sur la santé. De plus, comme son nom l’indique, les cochenilles du cactus ne touchent que cette plante en particulier. Elles ne peuvent pas être transmises à d’autres arbres, contrairement aux rumeurs et n’infestent ni les oliviers, ni les pommiers ni même les plantes décoratives dans les jardins.

Un plan de prévention s’impose

Comme nous l’avons indiqué, le cactus est une source de revenu des agriculteurs et des habitants des zones rurales. Par leur  multiplication coriace et fulgurante, les cochenilles peuvent donc être destructrices pour ces plantes pourtant considérées comme résistantes. En l’absence de moyens pour les contrôler, elles entraînent des pertes socioéconomiques importantes. D’ailleurs, de grands dégâts ont été enregistrés, dans de nombreux pays, sur les plantations de cactus. Au Maroc, par exemple, cet insecte a détruit 70% de la superficie totale des plantations de cactus. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a alors appelé la Tunisie et l’Algérie à prendre des mesures urgentes afin d’éviter ces soucis liés à une propagation potentielle des cochenilles. Revenant sur la situation à Kasserine, toujours selon le responsable du Crda Mokhtar Allagui, un plan de prévention régional est instauré, en parallèle aux actions d’intervention d’urgence menées dans les régions infestées, par l’arrachage,l’enfouissement et l’incinération des plantes de cactus atteintes.

Quatre grands axes sont définis. Premièrement,  le contrôle et la prospection par une équipe régionale et 12 équipes locales, à raison d’une équipe par délégation. L’Office des terres domaniales (OTD), la direction des forêts, l’Office du pâturage, les municipalités, la direction régionale de l’équipement et de l’habitat et d’autres intervenants mènent des tours réguliers pour détecter une éventuelle présence des cochenilles et alerter par des équipements spéciaux acquis pour cette mission. Les plantes situées dans des zones frontières avec les gouvernorats touchés, à savoir Kairouan et Sidi Bouzid, sont sous contrôle minutieux. Le deuxième axe est la vulgarisation et la sensibilisation à travers des journées d’information pour aviser en premier lieu les producteurs et les agriculteurs mais également les élèves, afin de diffuser des informations correctes. Des dépliants ont été distribués à cet effet avec le recours aux moyens médiatiques. Le troisième axe concerne la protection culturale par la taille des plantations de cactus pour faciliter la prospection et l’éventuelle intervention de traitement. Finalement, en l’absence de molécules chimiques efficaces pour parer à la dissémination de la cochenille du cactus que ce soit au niveau national ou international, des recherches ciblées portent notamment sur la sélection de variétés résistantes et éventuellement la lutte biologique. Au Maroc, il y a eu recours à des coccinelles prédatrices par multiplication aux laboratoires pour être lâchées après dans la nature. Cette solution pourrait être appliquée en Tunisie. En suivant les instructions de la stratégie de lutte nationale pour limiter la propagation des cochenilles du cactus, on espère que l’insecte n’étendra pas ses foyers et que cette filière pourra être préservée.

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