De la dramathérapie dans les quartiers populaires : Une sublimation du corps et de l’esprit

 

Avec l’exercice de la dramathérapie (thérapie par le théâtre), enfants et adultes peuvent extérioriser leurs sentiments et leurs émotions d’une manière transcendante qui améliore sensiblement leur estime de soi. La gent féminine est plus encline à s’adonner à cette pratique relevant d’une approche holistique…

A l’heure où les maux sociaux ont pris une ampleur considérable, allant de la violence conjugale jusqu’aux féminicides, la consommation des stupéfiants en milieu scolaire, repenser le mode de communication au sein de la famille et à l’école semble de mise. Mais comment et par quels moyens?

Pour cette raison, l’ONG Enda interarabe s’en tient, depuis deux ans, à une approche d’intervention holistique «fortement appréciée» basée sur la dramathérapie, et qui considère l’être humain dans son ensemble, en prenant en compte ses dimensions physique, mentale, émotionnelle et spirituelle. Elle vise à rétablir son équilibre, tout en améliorant la santé et le bien-être global de la personne. Qu’entend-on par dramathérapie ? C’est une discipline socioculturelle, où se mélangent les drames de la vie et l’expression scénique la plus saisissante, le théâtre qui sublime et extériorise l’émotion vécue sur le moment, souvent douloureuse. Cette manière de thérapie se définit comme «l’utilisation ciblée de concepts issus de la drama et du théâtre à des fins de conseil et de thérapie…»

Médiation théâtrale

Ainsi, du 1er mai au 1er septembre prochain, un atelier de dramathérapie se déroule, dans l’espace Al Kahina à la Cité Ettahrir, à raison de deux cours de deux heures et demie par semaine. Il s’agit d’une méthode préventive et thérapeutique qui comprend des exercices inspirés du théâtre, permettant d’identifier le profilage des jeunes bénéficiaires, d’améliorer leur relation avec les autres et les initier à mieux comprendre le monde qui les entoure. Outre le fait d’apprendre à gérer son temps, de choisir sa propre vie, le club de dramathérapie vise, également, à accompagner des enfants, des adolescents et des adultes qui sont en difficulté familiale, scolaire ou sociale à travers la médiation théâtrale, à même de gérer l’anxiété, le manque de confiance, la dépression, et se réconcilier avec soi-même. En 2022, ce club avait, d’ailleurs, accueilli 70 participants à un cursus de reconstruction émotionnelle visant l’amélioration de l’estime de soi, la gestion des traumatismes, le soutien psychologique à travers les groupes de paires et la contribution à un projet commun qui parle de chacun.  Durant l’atelier de dramathérapie assuré par Mme Nejma Zghidi, psychologue et comédienne, des femmes quarantenaires se voient s’adonner, avec concertation et application, à des exercices de relaxation et de détente qui rappellent ceux du yoga. Cette discipline est destinée aux personnes de 12 à 80 ans, tous sexes confondus, qui souhaitent obtenir une meilleure conscience de soi, savoir maîtriser ses sentiments, gérer son stress, avoir confiance en soi et maîtriser la communication avec les autres. Développer des capacités créatives, améliorer la prise de décisions et résoudre des problèmes font aussi partie des objectifs de la dramathérapie.

Depuis août 2022, un nouveau service d’accompagnement a été lancé à l’espace El Kahena d’Enda interarabe. «Les enfants et les jeunes vivent souvent des malaises liés à leurs corps qui sont en développement, à leurs relations avec les autres, à leur place dans la société, dans un contexte socioculturel souvent jugé comme étouffant. C’est pourquoi je travaille avec cette catégorie qui a besoin de mieux se sentir dans sa peau, d’apprendre à se connaître et à connaître l’autre, à travers le développement des compétences créatives souvent enfouies», affirme Mme Zghidi. Cette approche, à travers une panoplie d’exercices de théâtre, invite à l’exploration personnelle et interpersonnelle, favorise l’empathie, améliore la communication et développe le potentiel créatif de chacun. En un mot, elle favorise le bien-être. Et là, trois groupes se sont déjà constitués d’enfants de 11 à 13 ans, de 14-16 ans et de 17 jusqu’à 23 ans.

Resocialiser les jeunes défavorisés

Mme Mabrouka Gasmi, responsable de communication au sein de Enda, a rappelé les axes d’intervention de son organisme qui comprennent la promotion de la culture entrepreneuriale, l’éducation financière pour tous, le développement personnel, la création d’un projet pour l’intégration sociale et économique. «On travaille beaucoup sur la citoyenneté. La vision de Enda repose sur la transformation sociétale, la politique inclusive, sans exclusion et distinction entre les personnes, avec l’assistance et l’appui aux populations marginalisées. Déjà, les formations sont gratuites et ouvertes à tous», ajoute-t-elle.

A la cité Ettadhamen, Mme Zghidi a dû accompagner les jeunes défavorisés, leur montrer la voie à suivre pour réaliser un scénario, en recourant à la dramathérapie. Wassim Besbès, responsable en communication digitale, est du même avis, il avoue l’intérêt de la dramathérapie pour remédier, d’une certaine manière, aux maux sociaux, dans un contexte économique difficile qui nécessite de se focaliser sur les jeunes des quartiers populaires pour les resocialiser. La dramathérapie tire son origine généralement de romans souvent mis en scène au théâtre par la suite. Ainsi, deux pièces de théâtre ont marqué, ces deux dernières années, ce cursus d’apprentissage, en attendant d’autres qui suivront.

Deux pièces théâtrales à l’œuvre

Par ailleurs, cet atelier a présenté, en mars 2023, une «lecture théâtrale» en dialecte tunisien d’extraits de «Murambi», roman de l’écrivain sénégalais Boris Boubacar Diop. «La peur et la colère», tel est le titre du premier chapitre de Murambi, livre des ossements, roman sur le génocide au Rwanda de 1994 qui a été traduit à l’arabe tunisien par notre coach Zghidi. Ce texte a été lu et joué par les jeunes Moez, Feriel et Ahmed, le 14 mars 2023 à l’espace El Kahina à Enda, en présence du romancier Diop. Une autre représentation de la dramathérapie a eu lieu, le 1er avril dernier, au cours d’une soirée ramadanesque, avec des lectures théâtrales sous le thème : «Wassia ala jidar». Interprétées par un groupe de talentueux, les scènes représentent les affres de la guerre qui frappe, sans répit, la Palestine depuis le 7 octobre 2023. «Ils ont écrit leur vie sur le dernier mur qu’ils ont trouvé et noté leurs cris, leurs sarcasmes, leurs appels… Et d’autres choses qu’ils ne connaissaient pas auparavant. Ils ont documenté leur vie sous les bombardements, afin que leurs voix puissent être entendues et que nous puissions les transmettre aux autres. On se retrouve pour lire ensemble et écouter ce qu’ils ont appris et retenu sur la vie et la mort», lit-on sur le flyer d’invitation à l’avènement.

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