Les prix des moutons montent et descendent selon… l’humeur du jour d’intermédiaires invétérés !

L’heure est au mouton de l’Aïd, avec sa traditionnelle parade annuelle faite d’effervescence populaire. Pour beaucoup, c’est même l’aubaine : de quoi se dégager du ronron quotidien et surtout du brouhaha politique, sur fond de folles campagnes pour les élections présidentielle et législatives. Or, pour le citoyen lambda, celui qui trime et souffre le martyre pour joindre les deux bouts, l’Aïd c’est sacré, on y adhère les yeux fermés. «Je sais que c’est dur», déplore un ouvrier qui assure que, «si pénibles soient les difficultés, je ne peux jamais rater ce rendez-vous, quitte à aller emprunter l’argent à gauche et à droite pour que mes enfants aient droit à la fête du sacrifice qui est la leur». Dans les milieux populaires où cet héritage est toujours profondément ancré dans les traditions, en dépit du modernisme et du changement perpétuel des modes de vie, on est resté le plus concerné, le plus impliqué.
«Je suis déjà, confirme l’un d’eux, à ma 4e visite des points de vente de bétail. Mais, hélas, c’est le même constat amer et affligeant : aucune chute des prix. C’est toujours l’envolée, et pas une lueur d’espoir. Et je suis persuadé que cela ne changera pas tant que l’Etat n’imposera pas son autorité, en intervenant dans les circuits de distribution où les abus ne sont plus à démontrer». Non, notre interlocuteur ne mâche pas ses mots. Il a mis le doigt sur la plaie.
Celle-là même qu’enveniment des intermédiaires invétérés, hors-la-loi, qui ne reculent devant rien pour accomplir leur sale besogne. En effet, les «Gacharas», puisque c’est d’eux qu’il s’agit, sont en train de «pérenniser» une mainmise qu’ils avaient imposée, depuis des décennies, sur le marché de vente des moutons, réglant ce dernier à leur guise, grâce à l’influence, jamais étiolée, qu’ils ont l’art d’exercer sur les éleveurs. En ce sens qu’un mouton acquis, par exemple à 350 dinars, est écoulé au double de son prix! Pis encore, ces «gacharas», jamais en panne d’idées… diaboliques, ne se contentent pas de dominer les circuits de distribution, mais poussent l’audace (autant dire le culot) au point de planter des complices et des indices dans les «rahbas», ces espaces d’exposition de vente qu’ils ont transformés en chasse gardée. Un boucher de Tunis, qui en sait quelque chose, indique, la mort dans l’âme, que ces intrus sont la cause de tous les malheurs de l’aïd, s’indignant contre le laxisme de l’Etat qui perdure et appelant, à l’occasion, les municipalités, l’ODC et les ministères du Commerce et de la Santé à œuvrer de concert afin d’éradiquer ce fléau. Et pour enforcer le clou, un habitant de l’Ariana «jure» que le mouton acheté l’année dernière à 500 dinars se vend aujourd’hui à, tenez-vous bien, 1.200 dinars.
Et, pour terminer, cette anecdote : un honnête citoyen, en tournée dans un point de vente aménagé par… l’Etat, est emballé par un beau bélier. En apprenant le prix de celui-ci, à savoir mille dinars, il n’a trouvé mieux que de s’exclamer, hilare, à l’adresse du vendeur : «Hé, monsieur, je ne suis pas là pour recruter… Messi ou Ronaldo»! Sans commentaire.
Mohsen ZRIBI

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