Le théâtre de plein air de Hammamet a vibré aux sons des divers instruments avec lesquels Mounir Troudi et ses complices musiciens sont parvenus habilement à élaborer un subtil mariage entre chants traditionnels soufis et improvisations contemporaines.

Avant le démarrage du concert « Revolutionary Mood» de Mounir Troudi, le comité directeur du Festival international d’Hammamet (FIH) a rendu dans la soirée du 16 août 2019 un vibrant hommage à la mémoire du critique, cinéaste, producteur et directeur des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) qui vient de tirer sa révérence, Nejib Ayed.
Ensuite, le chanteur Mounir Troudi est entré sur scène, accompagné de son groupe composé de Philippe Pipon Gonzales (Batterie), Sinda Elatri (Piano), Peter Corser (Saxophone), Hedi Fahem (Guitare), Emrah Kaptan (Guitare basse), Hsin Ben Miloud (Nay) et Achraf Messaoudi (Live painting). Dès le départ, le ton est donné : le concert allait rimer avec salhi, jazz fusion, world music… soit entre spiritualité et liberté.
Mounir Troudi, réputé pour ses étonnantes capacités vocales, a renoué dans ce concert inédit avec les racines souterraines qui relient l’extase mystique des chanteurs du Pakistan et du Rajasthan à la ferveur des gitans espagnols ou à la transe des confréries du Maghreb.
Ainsi, le théâtre de plein air de Hammamet a vibré aux sons des claviers, violons, onomatopées chamaniques et pédales d’effet par le biais desquels Mounir Troudi et ses complices musiciens sont parvenus habilement à élaborer un subtil mariage entre chants traditionnels soufis et improvisations contemporaines, débouchant parfois sur une transe électro-acoustique qui a galvanisé le public.
De ses influences bédouines, soufies et sahraouies, le chanteur et musicien Mounir Troudi a consacré, cette fois-ci, sa composition musicale à des poèmes arabes classiques en interprétant «katamtou el hawa» du poète Jarir avec Sinda Elatri au piano ou encore «Ana saquimon alil» d’El hallej, accompagné de Philippe Pipon à la batterie.
Mais le concert allait être ponctué aussi de chansons aux rythmes plus poussés avec une musique plus hétérogène aux influences, allant du bédouin, au sahraoui, au chant liturgique, au jazz, au reggae et à la musique électronique où il a interprété pour le bonheur de ses fans une rétrospective de ses tubes anciens à l’instar de «Wachi», «Lassouad Magrouni», «El Assas, «Hamma», «moungalet 7 novembre» et «Nagous». Dans ces chansons, les gammes pentatoniques invoquent une voix aux airs myxolydiens. La trompette refuse de se confiner dans son rôle mélodieux habituel et vient influencer le rythme. L’alliage sonore y a gagné également en consistance. La richesse et la subtilité des arrangements ont nourri la gourmande spiritualité des paroles. Quant à la voix de Mounir Troudi, jaillissant des hauteurs des montagnes du nord tunisien, elle a tenu à faire preuve de puissance mais surtout d’universalité, revendiquant ainsi sa complicité totale avec les musiciens.
Le concert a été qualifié de vrai challenge musical passionnant qui a témoigné d’une œuvre musicale hétérogène à travers une fusion singulière entre différents styles de musique et un travail d’arrangement ahurissant, le tout enrobé d’une prestation vocale impressionnante qui a emporté le public dans un voyage empreint de poésie et de spiritualité.
S.R.

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