Les entreprises publiques souffrent de plusieurs maux qu’il est urgent de traiter en vue de trouver des solutions pertinentes. Il s’agit de permettre à ces entreprises de continuer leur activité afin qu’elles puissent apporter le plus aux dimensions sociales et économiques dans toutes les régions.
Depuis l’indépendance, l’Etat a développé un tissu de sociétés publiques dont certaines sont à caractère administratif alors que d’autres sont à caractère commercial et de services. Le but était de promouvoir l’économie et de recruter le maximum de main-d’œuvre spécialisée et de cadres, et ce, après le départ des fonctionnaires français qui étaient privilégiés. A cette époque, le secteur privé, embryonnaire, ne pouvait pas gérer les grandes entreprises qui nécessitaient des fonds colossaux. Mais dans la lignée de la politique libérale, inaugurée surtout par Feu Hédi Nouira, l’Etat a décidé de se désengager des entreprises publiques qui opéraient dans des secteurs concurrentiels comme le tourisme et les services. C’est le secteur privé qui a pris la relève grâce à l’intervention de hauts cadres de l’Etat qui travaillaient dans les banques et les entreprises publiques. Ils ont décidé, du jour au lendemain, de passer au secteur privé en fructifiant leurs avoirs financiers.
Cependant, l’Etat est resté gestionnaire des entreprises relevant des secteurs stratégiques comme l’eau, l’électricité et le transport. C’est que ces secteurs ont un rôle social joué dans toutes les régions. Ainsi, pour ce qui concerne le transport, à titre d’exemple, les tarifs pratiqués sont réduits et ne couvrent pas le coût dépensé par les sociétés. Certaines catégories comme les étudiants, les handicapés et les journalistes ont un tarif spécial moins élevé que le tarif normal. En outre, les sociétés de transport sont parfois tenus d’emprunter des itinéraires peu rentables — vu le nombre des usagers — et ce, dans le cadre de l’équilibre régional. Et toutes ces actions ont un coût, supporté par ces sociétés qui sont largement déficitaires. Même la Société tunisienne des chemins de fer tunisiens (Sncft) joue ce rôle social indispensable pour satisfaire les habitants des régions intérieures.
«Cette démarche a été adoptée par l’Etat au cours des dernières années en exécutant des plans sociaux basés sur la mise à la retraite anticipée et les départs volontaires dans plus d’une entreprise, question de les rendre plus performantes et moins contraignantes en termes financiers et de personnel. La privatisation ne constitue donc pas la solution ultime dans la mesure où il existe d’autres alternatives à adopter».
Sureffectif du personnel
Au fil des ans, on a constaté que le secteur public souffre de plusieurs maux à commencer par une mauvaise gouvernance dans la mesure où le premier responsable de l’entreprise ne peut pas prendre l’initiative pour gérer la société. Il peut proposer des actions mais c’est le ministre de tutelle qui doit approuver sinon c’est à lui de prendre la décision pertinente. Ainsi, le directeur général est toujours soumis aux ordres et il n’exploite pas ses compétences dans la gestion de l’entreprise. Les cadres qui se trouvent dans l’entreprise ne sont pas non plus sollicités pour trouver des solutions à un problème posé.
Par ailleurs, certaines entreprises publiques disposent d’un sureffectif suite à des recrutements de complaisance. Ce personnel en plus coûte beaucoup à l’entreprise qui doit payer la sécurité sociale et tous les avantages en termes de primes et de subventions pour chaque fonctionnaire. L’Etat a décidé, depuis quelque temps et sur recommandation du Fonds monétaire international (Fmi), de suspendre le recrutement dans la fonction publique et les entreprises publiques — sauf urgence — pour réduire un tant soit peu les dépenses salariales qui ont atteint des proportions alarmantes.
L’Etat est obligé, pour maintenir en vie certaines entreprises publiques, d’injecter chaque année une subvention conséquente. Le but est de permettre à ces entreprises de continuer à jouer leur rôle économique et social en contribuant à consacrer l’équilibre régional. Cette mission nécessite, en effet, un coût important que l’entreprise publique n’est pas en mesure de supporter à elle seule sans l’intervention de l’Etat.
Non à la privatisation !
L’Etat a envisagé, d’ailleurs, la privatisation de certaines entreprises publiques qui opèrent dans les secteurs concurrentiels. Outre les établissements hôteliers, d’autres entreprises ont été cédées aux privés à l’instar de la Société tunisienne de distribution (STD), spécialisée dans la librairie et la papeterie. Ces privatisations ont pu procurer à l’Etat un revenu conséquent. Même la part de l’Etat dans Tunisie Télécom a été vendue à un prix alléchant. Cependant, l’Etat s’est trouvé confronté à la résistance des syndicats et particulièrement de l’Ugtt qui est contre toute opération de « lapidation » des entreprises publiques même celles qui souffrent d’un déficit chronique. Selon le syndicat en question, ces entreprises peuvent rester étatiques et continuer leur activité en effectuant une restructuration en profondeur pour améliorer la gouvernance et alléger le personnel par une mise à la retraite anticipée et les départs volontaires.
Cette démarche a été adoptée par l’Etat au cours des dernières années en exécutant des plans sociaux basés sur la retraite anticipée et les départs volontaires dans plus d’une entreprise, question de les rendre plus performantes et moins contraignantes en termes financiers et de personnel. La privatisation ne constitue donc pas la solution ultime dans la mesure où il existe d’autres alternatives à adopter comme, à titre d’exemple, l’ouverture du capital de l’entreprise aux capitaux privés. Le syndicat a affiché une opposition catégorique pour la privatisation de la Steg et la Sonede considérées comme des acquis à ne pas céder aux privés sous aucun prétexte.
Depuis les dernières années, la privatisation des entreprises publiques a connu un certain ralentissement sous la pression du syndicat.
Même les entreprises confisquées par l’Etat et qui appartenaient à l’ancien régime n’ont pas trouvé facilement des preneurs parmi les hommes d’affaires.
Ces derniers choisissent souvent des entreprises bénéficiaires et rentables et ne veulent pas acheter des entreprises qui souffrent d’un déficit ou qui ont une activité peu rentable dans un environnement économique où seules les entreprises les plus performantes ont une place sous le soleil. Certaines de ces entreprises confisquées constituent un vrai fardeau pour l’Etat qui n’est plus en mesure de les supporter et de les entretenir à coup de subventions chiffrées à des millions de dinars.
«Cependant, l’Etat est resté gestionnaire des entreprises relevant des secteurs stratégiques comme l’eau, l’électricité et le transport. C’est que ces secteurs ont un rôle social joué dans toutes les régions. Ainsi, pour ce qui concerne le transport, à titre d’exemple, les tarifs pratiqués sont réduits et ne couvrent pas le coût dépensé par les sociétés».
Des perspectives floues
Les perspectives économiques pour les entreprises publiques sont peu claires dans la mesure où l’on ne connaît pas encore quelles sont les entreprises qui vont figurer sur la liste des privatisations. Le syndicat résiste bien à la vente de ces entreprises aux privés même si un contrat ou un cahier de charges est établi pour empêcher le preneur d’effectuer des opérations contre l’intérêt de l’entreprise ou celui des travailleurs. Toutefois, le partenariat public-privé est vivement souhaité et ne trouve pas d’opposition. Il s’agit d’impliquer le secteur privé dans certains travaux pour le compte de l’entreprise étatique dont la mission se trouve ainsi allégée.
L’ouverture du capital aux capitaux privés peut constituer aussi une solution pertinente qui permet à l’Etat de continuer à contrôler l’entreprise sans dépenser des sommes faramineuses pour la maintenir en vie. Encore faut-il que l’entreprise en question soit performante et rentable, autrement elle ne trouvera pas d’hommes d’affaires intéressés. Les entreprises publiques devraient être liées au ministère de tutelle — et donc à l’Etat — avec un contrat en bonne et due forme spécifiant les objectifs à atteindre au cours de l’année. C’est sur cette base que l’entreprise présentera des comptes à la fin de l’exercice en évaluant les différentes actions entreprises par un expert comptable.
Cependant, le directeur général de l’entreprise et les cadres de la société doivent avoir plus de liberté dans la gestion et sont en droit de prendre des initiatives dans l’intérêt général sans en référer au ministère de tutelle. L’entreprise publique doit être gérée comme une entreprise privée dans le cadre d’une bonne gouvernance consacrant la transparence et l’équité totale. Ainsi, l’entreprise peut se débarrasser de ces lenteurs bureaucratiques qui freinent son élan et sa prospérité.