Sur instructions du Chef de l’Etat, la commission d’amnistie générale se penchera sur l’examen des dossiers des détenus qui devront bénéfi cier d’une grâce complémentaire. Une mesure qui a pour objectif de désencombrer les prisons en cette période marquée par la pandémie de coronavirus. Déjà le 20 mars 2020, le Président de la République avait gracié 1.865 détenus à l’occasion de la fête de l’Indépendance. Auparavant, à l’occasion du 14 janvier, le Chef de l’Etat avait gracié 2.391 prisonniers dont 502 ont été remis en liberté.
Ce sont des décisions qui sont lourdes de conséquences si on sait que le taux de criminalité en Tunisie est en hausse. Il a augmenté de 13% en 2018 par rapport à l’année 2017. Les affaires de meurtres sont passées de 333 à 401 en 2018. Les agressions en tous genres ont augmenté de 9% à 46.251 cas. Les affaires de vols se sont établies à 49.601 en 2018 contre 48.825 affaires en 2017. Une étude réalisée par l’Institut tunisien des études stratégiques, qui relève de la Présidence de la République, indique que le nombre de plaintes déposées pour divers crimes, en six mois, a atteint 200.000.
C’est pour dire que quand on décide le pardon de façon aveugle et automatique, c’est trop simple. Mais après quand un nouveau drame est commis par un ex-détenu, qui va en assumer la responsabilité ? Certes, il serait inapproprié de dire que la seule solution est l’enfermement, mais l’espérance d’un détenu au retour à la vie normale ne peut pas primer en toutes circonstances sur la protection des Tunisiens. Aussi, cette décision d’amnistier davantage de prisonniers est-elle une demi-solution à l’encombrement des prisons et un acte éminemment dangereux à l’adresse de la société.
Qui va expliquer aux victimes le sens de ce geste et qu’a-t-on fait pour protéger les citoyens qui sont les premiers à être au contact d’une possible violence éruptive, imprévisible et soudaine de la part d’un détenu récidiviste ? Comment garantir que cette personne relaxée ne passera pas de nouveau à l’acte, si rien n’a été fait pour renforcer sa surveillance ?
Et si vous trouvez qu’il est injuste d’aborder le problème sous cet angle, il ne faut pas oublier que le rôle d’un Président est de protéger la société et les citoyens d’abord. Mais pour guérir les maux, il faut assurer la réinsertion des ex-détenus dans la société. C’est dans la rencontre de ces deux responsabilités – protection et réinsertion – qu’on trouvera le bon équilibre. Entretemps, ce sont les citoyens qui vont porter le risque quotidien de la dangerosité de ces prisonniers relâchés.