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La formation, un enjeu de taille

Le nombre de bacheliers orientés vers l’Ipsi s’élève à 2000 durant l’année universitaire 2004-2005. Il a diminué progressivement pour atteindre 890 en 2011-2012. Ces contingents de bacheliers déversés à l’Ipsi ont atterri là un peu, beaucoup… par défaut.

Des promotions pléthoriques, mal formées, car l’Ipsi, avec ses moyens limités, voire vétustes, ne disposait pas des conditions nécessaires pour prendre en charge un tel volume de futurs journalistes. En 2012-2013, l’Ipsi met en place un concours d’entrée. Elle impose également un quota d’élèves orientés vers son établissement : entre 70 et 80. Ainsi en 2021, après avoir passé les épreuves du concours, les 80 candidats du départ ont été réduits à une trentaine.

Les épreuves comportent la rédaction d’un texte en arabe sur un sujet de culture générale et une autre en français sur une thématique en rapport avec le domaine de l’information. « Les concours des écoles de journalisme durent en principe plusieurs jours, jusqu’à une semaine parfois. Ils interrogent également les capacités oratoires des candidats.

J’ai l’impression qu’on a instauré cette procédure à la va-vite sans mener une véritable réflexion sur les réformes de l’Institut de presse », critique le Professeur Larbi Chouikha, à la longue carrière d’enseignant à l’Ipsi, de la fin des années 80 jusqu’à l’année passée. L’Institut de presse pâtit aussi de la baisse du niveau de la maîtrise des langues dans l’enseignement tunisien et de l’unilinguisme rampant, comme des déficits des étudiants dans le domaine de la culture générale.

« Or, nous ne sommes pas une institution de langue. Notre mission consiste à inculquer aux étudiants les abc du métier de journaliste », réplique Hamida El Bour, directrice de l’Ipsi. Mais les faiblesses ne viennent pas que de là. L’Institut de presse offre-t-il aujourd’hui une formation adaptée au marché du travail ou est-il resté, comme l’assure Larbi Chouikha, confiné dans les paradigmes et schèmes anciens ?

Le rattachement de l’établissement au ministère de l’Enseignement supérieur implique une offre d’enseignants qui n’ont jamais pratiqué, dans leur majorité, le métier de journaliste. Les professionnels compétents sont pourtant les seuls à faire comprendre aux étudiants le contexte dans lequel s’exerce leur métier et à les initier à l’analyse de l’actualité, aux grandes questions déontologiques et aux difficultés qu’ils peuvent rencontrer sur le terrain. « Il s’agit d’une question de statut. Un expert n’est pas aussi bien payé qu’un universitaire. Il est en plus précaire devant renouveler chaque année son contrat », ajoute Larbi Chouikha.

Hamida El Bour évoque, elle, le potentiel personnel des diplômés de son institution : « Je reçois régulièrement d’anciens étudiants de l’Ipsi, qui me demandent de valider leurs diplômes car ils ont été recrutés dans de prestigieux médias au Qatar ou en France, en particulier à France24. Les diplômés de droit ne donnent tous pas de très bons avocats. La même chose s’applique pour les licenciés et maîtrisards de l’Ipsi ». Or l’Ipsi n’incarne plus la seule institution de formation des journalistes en Tunisie. Des établissements universitaires privés proposent des formations destinés aux passionnés de l’actualité. Feront-ils de l’ombre à l’Ipsi les années à venir ?

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