Hédi Turki était l’un de ces mousquetaires qui, en des temps difficiles, décidèrent de fonder l’Ecole de Tunis. Une école qui était davantage un compagnonnage qu’un mouvement pictural, une alliance d’artistes qui se cooptèrent avec pour seul critère leur exigence de qualité.
Il est le dernier dinosaure, l’un des fameux frères Turki, — dynastie des arts — le seul qui ne peignait pas, ou du moins le seul à n’en avoir pas fait un métier. On l’appelait « le raté de la famille ».
Il faut dire que le frère non-peintre, Brahim Turki n’était qu’ambassadeur de Tunisie dans les plus grandes capitales européennes. Si Hédi était le plus modeste, le moins flamboyant peut-être, mais certainement le plus délicat, le plus discrètement talentueux. Le plus « châabi » aussi, sensible à son environnement, à l’écoute des petites gens, aussi à l’aise avec les grands de ce monde qu’avec les plus modestes.
D’une urbanité toujours égale, il parlait vrai, avec une grandiloquence poétique, le verbe rythmé, les points et les virgules appuyés, recueilli quand on l’interviewait, soucieux de traduire au plus juste un imaginaire toujours en éveil, une fantaisie en chamade. Son parcours, tout le monde le connaît. Il était l’un de ces mousquetaires qui, en des temps difficiles, décidèrent de fonder l’Ecole de Tunis. Une école qui était davantage un compagnonnage qu’un mouvement pictural, une alliance d’artistes qui se cooptèrent avec pour seul critère leur exigence de qualité. Vivant, bien sûr, le même environnement, appartenant pour la plupart à la même société, ils avaient, forcément, une esthétique commune, une familiarité d’inspiration. Hédi Turki, qui partageait avec son frère Zoubeïr un talent de dessinateur hors pair, fut cependant le seul des compagnons à tenter l’aventure abstraite.
Si cette facette de son art est peut-être moins connue, elle n’en est certes pas la moins intéressante. C’est cette période de son parcours qui le fit connaître aux USA où il fut invité à exposer à plusieurs reprises.
Mais ce dont on se souviendra, dans les rues de Sidi Bou Saïd, c’est de l’exquise politesse de ce grand monsieur, qui n’hésitait pas à vous arrêter dans la rue pour vous inviter à boire un thé dans sa demeure, et en profitait pour croquer votre portrait si vous l’inspiriez. Un portrait qu’il vous offrait gracieusement avec son ineffable sourire.

Alya

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