S’il y a une qualité qu’on peut reconnaître à cette femme, c’est bien la force de réactivité. Elle ne perd pas son temps. Ejectée d’un parti, elle en crée, presque le jour même, un autre.


Le meeting donné hier au Palais des congrès, au centre de Tunis, par Selma Elloumi Rekik, candidate à la présidentielle, a été un succès, malgré quelques hics. Cette rencontre populaire, la première en son genre, avec un public acquis à sa cause, des militants et sympathisants, tous visiblement heureux d’être là, a tôt fait d’octroyer à la présidente d’une formation politique, Al Amal, à peine née le 20 juillet dernier, la stature d’une présidentiable. Une gageure !

Dans une tenue sobre, sans carré d’hermès au tour du cou, il fait chaud, faut-il le dire, ni montre trop voyante, ni gros diamants scintillants, en tunique et pantalon noirs, veste blanche, maquillage discret, cheveux mi-long lisse, Selma Elloumi a endossé le costume d’une femme politique qui se veut sobre, élégante et déterminée, on le verra après. Rien à voir donc avec l’apparence que pourrait exhiber une femme d’affaires doublée d’une riche héritière. Ce qu’elle est. Il faut dire que cela fait un moment que Selma Elloumi soigne son apparence aussi bien que sa carrière. Résultat, même si à ce jour, elle n’est pas considérée comme une grande favorite dans la course à Carthage, elle s’est lancée dans le grand chelem avec des atouts majeurs.

Le programme du parti est brandi

Depuis 2011, elle est parvenue à se faire un CV politique intéressant et un carnet d’adresses fourni. Cofondatrice de Nida Tounès, ministre du Tourisme dans une période de grandes tourmentes, directrice du cabinet présidentiel, elle fait partie des (hommes-femmes) liges du défunt président Béji Caïd Essebssi qui lui sont restés loyaux jusqu’à plus que de raison. Un jour, pourtant, vers la mi-mai, elle jette l’éponge et démissionne de son prestigieux poste « pour être cohérente avec moi-même », se justifie-t-elle.

S’il y a une qualité qu’on peut reconnaître à cette femme, c’est bien la force de réactivité. Elle ne perd pas son temps. Ejectée d’un parti, elle en crée, presque le jour même, un autre, ameute du monde au tour d’elle, obtient ses parrainages, prépare ses têtes de liste pour les législatives, 10 jours après la création de sa formation politique. Sur la tribune, hier, les députés se pressaient autour d’elle, parmi les plus connus, on compte Abdelaziz Kotti, désormais grand dirigeant du parti. Quant au programme, il est fin prêt. Un exemplaire a été brandi du haut du pupitre. Boujemaa Remili, un des dirigeants politiques qui a fait quelques pérégrinations, semble lui aussi avoir choisi son camp. Il est présenté comme l’artisan du programme, n’en cache d’ailleurs pas sa fierté et nous met au défi pour lui présenter les meilleurs experts en politique économique et sociale pour en discuter les clauses.

Dans sa brève allocution, la présidente du parti en a présenté les grandes lignes. Elle a regretté l’éparpillement de la famille centriste, espéré sceller des alliances pour en faire un front, évoqué les valeurs réformistes, l’esprit bourguibien et déroulé quelques lapalissades : promouvoir l’enseignement, la santé et pour finir a lancé cette phrase qui se veut forte mais qui n’en est pas : « Nous ne sommes pas contre les pauvres mais contre la pauvreté. »

Amateurisme de l’équipe de campagne

Malgré les drapeaux nationaux et ceux estampillés du logo du parti, la tête d’un aigle, qui s’ondulaient dans les airs, malgré l’atmosphère qu’on voulait joyeuse, malgré les commentaires positifs qui allaient bon train entre des gens qui se connaissent, dont certains sont venus de loin. Mais les allées-venues frénétiques des organisateurs, leurs visages inquiets, le mauvais agencement des parties successives de la rencontre, les donneurs d’ordre par dizaines, le retard de plus d’une heure et demie accusé par le meeting. Autant de signaux qui mettent en scène l’amateurisme de l’équipe de campagne de la candidate.

Pour ne rien arranger, la troupe supposée animer la salle par des préludes musicaux, composée de plus d’une vingtaine de personnes entre instrumentistes et choristes, dirigée par le maître Fadhel El Jaziri, n’était pas non plus préparée, ni ses instruments raccordés. Quant au système de sonorisation, c’est un désastre à lui seul. Il n’était ni réglé, ni ajusté, et malgré les signaux qu’on se faisait de loin entre les techniciens, placés de part en part de la salle, il a fallu du temps et de la patience du public, pour en venir à bout. Eh oui, les répétions d’une rencontre aussi importante se font au moins la veille. Passons.

Un parti né grand

Malgré ces tracas, et à notre avis, c’est là ou Mme Elloumi a relevé le défi, nous n’avions pas l’impression d’assister à un meeting d’un petit parti. A n’en point douter, le nom Elloumi a quelque chose de magnétique. Il a aimanté une partie des dirigeants de Nida Tounès, et non des moindres, des députés de gros calibres et même de structures régionales semblent aux commandes et le personnel déjà en campagne.

Si l’on juge par la démonstration de force qui s’est déployée hier au palais des congrès, Al Amal est né grand. De plus, sa présidente et candidate, contrairement aux femmes de 2014, inconnues du grand public, qui semblaient faire de la figuration, Selma Elloumi, connue de tous, semble d’attaque, aussi bien pour l’élection présidentielle ainsi que les élections législatives. Les listes des circonscriptions sont nominativement définies.

Selma Elloumi Rekik, qui sur la page Facebook de son parti n’a gardé que son nom de jeune fille, pour faire court, peut-être, s’est également émancipée d’une autre manière. La sœur de son frère a volé de ses propres ailes. Faouzi Elloumi, l’argentier de Nida Tounès, et l’un de ses premiers fondateurs en quelque sorte, a décidé d’appuyer un autre candidat, dont nous parlerons en temps opportun. Selma Elloumi, elle, a choisi son destin, présidente de la République, rien de moins. Quelles sont ses chances ? Les électeurs jugeront par eux-mêmes.

Hella Lahbib

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