Cela n’avait rien d’une cérémonie officielle, calibrée, formelle, aussi remarquable puisse-t-elle être. Mais tout d’une célébration de l’amitié, de l’affection, de la fidélité. Le dernier hommage rendu par ses amis, ses fidèles, sa famille de sang et de cœur à Si Béji Caïd Essebsi était une magnifique célébration du souvenir.

On l’avait deviné en apprenant que la cérémonie du 40e jour ne serait pas célébrée par la Présidence de la République, pour ce président décédé dans l’exercice de ses fonctions, ni par le ministère de la Défense qui avait si superbement organisé les funérailles, ni d’ailleurs par le parti Nida non plus qu’il avait créé du néant. Mais par l’Association Tunisienne des Nations unies que dirige son compagnon de route, ami d’une vie, l’ambassadeur Ahmed Ounaïes. Ce qui explique l’absence des officiels, hormis le ministre de la Défense, Abdelkerim Zbidi, fortement sollicité à l’occasion, et celui de la Culture, Mohamed Zine Alabidine, hôte des lieux,  puisque cela se passait dans la salle de l’Opéra de la Cité de la culture.

Orchestré et mis en scène par Fadhel Jaziri, le cérémonial alternait interventions d’amis, de compagnons de route, d’élèves en politique et même de loyaux adversaires. Les témoignages étaient entrecoupés de montages de films retraçant les différentes étapes de la vie de Béji Caïd Essebsi, racontées par lui, et le voir si présent, égal à lui-même, avec son humour, son sens de la répartie, sa magnifique présence furent autant de moments de grande émotion.

Allégeant l’atmosphère, qui à aucun moment ne fut triste cependant, mais seulement nostalgique, des plages d’incantation du Coran. Un chœur d’orants ouvrait la cérémonie, superbe ensemble étincelant de couleurs car Fadhel Jaziri, qui accompagne Si Béji depuis son arrivée au pouvoir et orchestre toutes ses grandes manifestations, avait choisi de les vêtir de couleurs de gemmes précieuses : émeraude, turquoise, lapis lazuli, améthyste, véritable écrin offert à la voix somptueuse de Ahmed Jelmam que l’on n’avait pas entendu depuis longtemps.

Les témoignages étaient calibrés de façon à ne pas dépasser quelques minutes, et laisser l’émotion être partagée. Après le maître de cérémonie, Ahmed Ounaïes, la parole fut donnée à l’ancien président de la République, Foued Mebazâa, le compagnon de toujours dont la dignité fut émouvante.Il évoqua les 63 ans de lutte de son ami, leurs débuts de militants à Paris, leurs amis communs, Ahmed Tlili, Fathy Zouhir, Farhat Hached.  Puis ce fut le tour du ministre de la Justice du premier gouvernement Caïd Essebsi, Mohamed Lazhar Chabbi qui termina son allocution par une affirmation qui explique beaucoup de choses : «L’avocat reste toujours avocat, même quand il est président de la République». Puis par la lecture d’un poème composé par lui-même.

Après un intermède musical d’une jeune chorale qui interpréta avec talent «Bani Watani», Madame Ouided Bouchamaoui prit la suite évoquant sa rencontre toute jeune avec un Si Béji  ami de son père, fier de son parcours de femme leader. Elle confia ce que tout le monde ne savait pas, comment celui-ci, président, l’avait sollicitée pour un poste de Premier ministre, et l’embarras dans lequel elle se trouva de devoir refuser, sans que cela n’ait jamais altéré leurs relations. Elle confia ses regrets de ne pas avoir vu aboutir la loi sur l’égalité dans l’héritage, et demanda à ce que cette proposition aboutisse.

La clôture fut assurée par Noureddine Taboubi dont on connaissait les qualités de tribun belliqueux, mais certainement pas les envolées lyriques qu’il offrit ce soir-là à un public pourtant loin d’être acquis, mais certainement séduit.

La clôture de ce moment d’élégance et de sérénité dans la cacophonie de violence ambiante fut assurée par le chœur d’orants qui interpréta « Sidi Bou Saïd el Béji », bien sûr, avec quelques adaptations personnalisées. Et par un pot-pourri, bêtisier respectueux et affectueux des moments drôles comme celui où BCE appelle François Hollande François Mitterrand, et se rattrape joyeusement en lui plantant un baiser sur la joue, et en riant de lui-même.

Dans la salle de l’Opéra, délicatement parfumée pour la circonstance, les membres de la famille,  les amis, les collaborateurs, les compagnons de route, les journalistes marquaient un long moment de silence, d’émotion palpable avant de sortir sur un dernier au revoir

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