On entend parler quotidiennement d’argent sale, de lobbies et de groupes de pression qui financent les campagnes électorales des candidats à la présidence ou à la députation. Sauf que personne ne veut ou ne peut révéler l’identité des «bailleurs de fonds occultes».

• L’heure n’a-t-elle pas sonné pour que l’Isie s’arme du courage et de l’audace qu’il faut pour dévoiler «les secrets» dont elle pourrait disposer ?


Au moment où la campagne électorale présidentielle aborde sa deuxième semaine et au moment  où les Tunisiens découvrent, le plus souvent à leur insu, des secrets et  des révélations sur certains dossiers que beaucoup ont oubliés, l’on se pose toujours la question qui revient avec insistance et à laquelle l’Isie semble  dans l’incapacité d’apporter la réponse à même d’éclairer la lanterne de l’opinion publique. D’où viennent ces sommes colossales d’argent que les candidats aussi bien au palais de Carthage qu’à celui du Bardo dépensent durant  les différentes étapes de leurs campagnes électorales  ?

C’est la question centrale  qui entraîne d’autres interrogations que se posent et les observateurs et le citoyen ordinaire qui suivent les déplacements des candidats et les meetings qu’ils tiennent généralement dans des hôtels haut standing (donc coûteux).

Et ces interrogations qu’on répercute dans les médias et sur les plateaux radios et TV en présence des candidats ou de leurs représentants (sans qu’ils  parviennent à livrer une réponse convaincante) tournent autour de l’origine de cet argent qui  coule à flots et qu’on  s’ingénue à dépenser  avec exubérance comme s’il y avait des consignes pour que les caisses de chaque candidat soient vidées jusqu’au dernier dinar à la fin de la  campagne électorale.

Que peut l’Isie réellement ?

Et les observateurs, les candidats eux-mêmes, leurs représentants,  les responsables de l’Isie et des  associations de la société civile chargés du suivi du processus électoral dans ses détails les plus infimes de se contenter de dénoncer quotidiennement ce qu’ils appellent «l’argent sale», «l’immixtion des apôtres de la corruption et de la contrebande dans le financement des campagnes électorales de tel ou tel candidat» (sans avancer une seule  preuve ou pièce à conviction) et d’appeler les pouvoirs concernés à intervenir pour stopper l’hémorragie avant qu’elle n’enfle et n’atteigne tous les acteurs partenaires dans l’opération électorale se proclamant  comme les symboles de la transparence, de la propreté et de la pureté. Pourtant, la loi est là et le rappel de son contenu ne peut que fournir un début de réponse à ceux qui n’ont plus confiance en les promesses répétées presque tous les jours par l’Isie et la Cour des comptes menaçant les contrevenants de toute les sanctions possibles qui leur seront infligées, une fois les résultats des élections annoncées.

Sauf qu’on attend encore que les fautifs du 23 octobre 2011, du 26 octobre 2014, du 15 novembre 2014 et du 6 mai 2018 soient sanctionnés et que les peines qui leur seront infligées soient portées à la connaissance du public.

Pour revenir à la loi électorale, il n’est pas superflu de rappeler que le plafond de financement d’une campagne électorale présidentielle est porté à un million 700 mille dinars et que la somme plafond d’un donateur ne peut dépasser les 60 mille dinars.

Donc, au cas où les contrôleurs de l’Isie ou les services concernés de la Cour des comptes observeraient un dépassement quelconque des montants indiqués ci-dessus, ils se doivent de réagir immédiatement et d’ordonner l’arrêt des campagnes menées par les candidats impliqués, voire décider d’annuler leur participation à l’élection en question.

Malheureusement, on se  contente jusqu’ici de dénoncer verbalement et à longueur de journée les auteurs des  infractions sans révéler leurs identités au public et on continue à traiter avec eux, voire à conclure des alliances tout en proposant au public le même discours, celui d’incriminer l’autre sur les plateaux radios et TV et de traiter avec lui pour ce qui est des projets de loi à faire voter au Parlement ou pour ce qui est des transactions où précisément «l’argent sale» et «les  corrupteurs et les corrompus» sont les acteurs déterminants.

Les Tunisiens qui sont fatigués des discours doubles exigent des actes concrets et exhortent les instances constitutionnelles en charge de faire la guerre aux dépassements et aux infractions, d’assumer leurs responsabilités et d’imposer l’application des lois à l’encontre des contrevenants. Il y va du sort même de l’expérience démocratique.

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