La notion de droits de l’enfant est quasiment inexistante et ne revêt aucun sens pour des familles dont les ressources sont très limitées et qui vivent dans les zones reculées et défavorisées du pays.

Les enfants sont-ils suffisamment protégés en Tunisie ? Des lois existent dans ce sens mais la réalité est bien différente sur le terrain. Certes, le code de protection de l’enfance protège les enfants contre les différentes formes de violence et de discrimination, à travers l’existence d’outils et de structures spécialisées et leur garantit le droit d’accès à l’éducation, aux soins de santé de base… en théorie. C’est l’application de la loi qui pose aujourd’hui problème car elle se heurte encore à la résistance générée par des idées rétrogrades profondément ancrées dans certaines couches sociales notamment dans les zones rurales.

Le travail des enfants : un fléau difficile à maîtriser sur le terrain
Bien que la loi interdise le travail des enfants, ces derniers continuent à être exploités clandestinement au sein de vastes réseaux de mendicité. Dans certaines régions du Nord-Ouest, atteint l’âge de l’adolescence, de petites filles sont obligées d’interrompre leur scolarité et de travailler pour aider leurs parents qui n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins. Elles sont confiées à des intermédiaires qui les placent comme aide-ménagères dans des familles qui envoient à chaque fin de mois leur maigre salaire à leurs parents. Dans les zones rurales et défavorisées, on peut voir, sur les bas-côtés des routes, des enfants âgés, à peine d’une dizaine d’années, héler les automobilistes sous un soleil de plomb pour leur vendre des pains traditionnels tout chauds préparés par leurs génitrices.
Bergers, vendeurs à la volée, mendiants… on les voit partout ces enfants qui se faufilent entre les voitures en quête de quelques pièces servant à nourrir en fin de journée les bouches nombreuses de leur famille. La notion de droits de l’enfant est quasiment inexistante et ne revêt aucun sens pour ces familles aux ressources très limitées vivant dans des zones défavorisées et qui attendent que leurs enfants grandissent pour les introduire prématurément dans le circuit économique et les convertir très tôt en «sources de revenu» au détriment de leur droit le plus élémentaire à savoir l’accès au savoir et à l’éducation. C’est finalement leur innocence qu’on dérobe à cette catégorie vulnérable de la société, qui, confrontée trop tôt aux vicissitudes, devient aguerrie, grandissant trop vite et trop tôt. Pourtant lorsqu’on se penche sur les conventions, les textes de loi, le code de protection de l’enfance ainsi que sur les objectifs des politiques et des stratégies nationales, ils inspirent espoir et confiance quant à la promotion des droits des enfants dans les années à venir.

Des objectifs utopiques
La politique publique intégrée de protection de l’enfance, mise en œuvre dans le cadre du Plan de développement 2016-2020 et qui s’inspire des articles de la Constitution ainsi que du code de protection de l’enfance, de la convention relative aux droits de l’enfant, des articles internationaux ainsi que des Objectifs de développement durables (ODD), s’est fixée pour principal objectif d’ici 2025 de protéger tous les enfants contre les divers risques auxquels ils sont exposés. Les enfants vulnérables devront bénéficier, tous sans exception, d’une protection sociale et judiciaire à travers «un système cohérent, intégré et coordonné qui fournit un accès à des services de qualité ainsi qu’un accompagnement personnalisé et une meilleure intégration sociale.
D’autres objectifs ont été définis également, à savoir une meilleure prise en charge des enfants se trouvant dans une situation de risque, à travers la consolidation des outils juridiques et le renforcement des capacités institutionnelles, la mise en place d’un système national de surveillance et de détection des situations à risque, le renforcement du cadre de planification, de coordination et de suivi et le renforcement de tous les points et des volets relatifs à la protection de l’enfance dans les différentes politiques sectorielles. Toutefois, cela pourrait nous sembler tout bonnement utopique aujourd’hui dans une société où les franges les plus pauvres ignorent tout de leurs droits et de ceux de leurs enfants et où les mentalités ont encore la peau dure au sein des couches les plus pauvres de la société. Il serait, en effet, difficile de les convaincre et de les sensibiliser sur des notions qui pourraient leur paraître «surréalistes» alors que leurs besoins de base peinent à être satisfaits.

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