En analysant les résultats issus du premier tour de l’élection présidentielle, notamment au niveau de l’éclosion d’une nouvelle élite étrangère au système post-révolution, les Tunisiens s’interrogent. Et si le rendez-vous du 6 octobre prochain nous livrait un parlement où la majorité des députés ne serait pas sur la scène politique depuis la révolution ?

L’élection présidentielle anticipée du lundi 15 septembre dont les résultats préliminaires ont été annoncés officiellement, hier, par le président de l’Isie (en attendant les recours à intenter par les candidats mécontents du verdict) a-t-elle sonné, à travers le nouveau paysage politique que les urnes ont dégagé, la fin du système politique post-révolution, avec ses deux composantes essentielles, à savoir la coalition au pouvoir et l’opposition avec ses différents dérivés ?

Et la question de  pousser à une nouvelle interrogation:  le nouveau paysage politique post-15 septembre va-t-il enfanter un paysage politique post-6 octobre prochain, semblable au niveau  des forces et des personnalités politiques qui s’imposeront comme l’élite politique des cinq prochaines années, dans le sillage des élections législatives prévues dans moins de vingt jours et qui pourraient coïncider avec le second tour de l’élection présidentielle ?

Pour être plus clair et plus précis: la journée du 6 octobre (au cours de laquelle les Tunisiens seront invités à élire leur nouveau président de la République et leur prochain parlement) introduira-t-elle un  chambardement total et radical dans la composition du paysage politique qui aura à marquer la Tunisie durant  la prochaine quinquennie ?

Et  pour être encore plus concret, l’on pourrait se demander  : les  Tunisiens décideront-ils le 6 octobre prochain de récidiver et d’accorder leur confiance et leurs voix aux  candidats à la  députation parmi ceux qui se proclament antisystème, c’est-à-dire les candidats qui se présentent en  dehors des listes partisanes, qu’elles représentent le pouvoir ou l’opposition, poursuivant, ainsi, leur rejet et leur rupture avec la classe politique post-révolution ?

A l’heure où  la campagne électorale des législatives qui a démarré lundi dernier, dans un climat particulier, marqué par les résultats surprenants issus du scrutin présidentiel et au moment où le choc ressenti lors de cette journée «mémorable» n’est pas encore amorti, les observateurs, les analystes et les politologues ne peuvent, en réalité, que se partager les questions, s’échanger les hypothèses les plus inimaginables et attendre ce que le scrutin du 6 octobre prochain livrera aux Tunisiens.

Une seule certitude à souligner tout de même: le  système post-révolution résistera peut-être à la grande tempête que plusieurs considèrent comme irréversible. L’élite qui nous a  accompagnés depuis 2011 à Carthage, à La Kasbah et au Bardo n’occupera plus (ou au moins une grande partie de cette élite) le devant de la scène politique nationale.

Demeure aussi posée une grande interrogation qui commence déjà à trauder les esprits des Tunisiens : le scénario que nous avons vécu lors de l’élection présidentielle avec des outsiders qui ont remporté le gros lot se répétera-t-il lors des législatives avec ces listes dites indépendantes qu’on taxe d’ailleurs d’être des paravents pour certains partis politiques qui ont préféré refaire l’expérience des élections municipales du 6 mai 2018 ?

Il reste que les conflits dans lesquels pataugent actuellement beaucoup parmi ces conseils municipaux dominés par les «faux indépendants» ne constituent pas des exemples de nature à encourager les électeurs à opter pour les listes «indépendantes», sous forme d’un acte de sanction ou de rejet des partis politiques qui ont gouverné le pays depuis l’avènement de la révolution sans parvenir à concrétiser les promesses qu’ils ont faites aux électeurs.

Pour le moment et dans l’attente de voir la campagne électorale pour les législatives atteindre son rythme de croisière, les Tunisiens se demandent et exigent de leurs politiciens qu’ils prennent toutes les mesures propres à leur éviter de revivre les moments difficiles par lesquels ils sont passés durant la campagne présidentielle. Plus particulièrement dans les moments où les candidats du système se sont trouvés dans l’obligation de se livrer une bataille sans merci où toutes les armes et les astuces étaient permises dans le but de convaincre, à tout prix, les électeurs et d’arracher leur vote.

Charger plus d'articles
Charger plus par Abdelkrim DERMECH
Charger plus dans Actualités

Laisser un commentaire