Le désarroi a frappé les modernistes dès l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle. Les deux candidats, Kaïs Saïed et Nabil Karoui, qui sont à trois points l’un de l’autre, ne bénéficient pas d’un fort taux de sympathie auprès des centristes républicains qui luttent, en principe, à la fois contre la montée de l’«Islam politique» et la corruption.

Les options islamistes de Saïed sont explicites, même s’il se définit lui-même tout simplement comme musulman. Et ceux qui déclarent le soutenir au second tour enfoncent le clou, puisque en dehors d’Ennahdha, qui ne se prononcera officiellement que lors d’un prochain conseil de la choura, les Dghij et compagnie (anciens LPR) sont déjà à l’œuvre autant que les pro-islamistes parmi les candidats malheureux du premier tour de la présidentielle, y compris Attayar de Mohamed Abbou, qui tourne déjà le dos à sa nouvelle étiquette de «centriste» et le tumultueux Safi Saïd. De l’autre bord, Nabil Karoui, qui est emprisonné pour «suspicion de fraude fiscale et blanchiment d’argent». Deux accusations certes non prouvées à ce jour, mais qui ne sont pas du tout appréciées par les militants et électeurs anciens nidaïstes qui avaient misé sur Béji Caïd Essebsi en 2014 avec un poids électoral avoisinant un million et quatre cent mille votes.

Nombreux parmi eux affirment être désespérés, contraints de choisir entre deux maux majeurs. Et leurs rangs sont divisés quant au «moindre mal». Pour certains, l’islamisme de Kaïs Saïed n’est pas prouvé, et pour les autres Karoui n’est pas forcément coupable. Et puis, lancent-ils, les fraudeurs fiscaux sont légion qui s’en tirent avec des «arrangements». Sachant, par ailleurs, que s’il est élu, Karoui ne touchera pas aux institutions républicaines, contrairement à son adversaire. Mais il s’agit de noter que, désormais bien conseillé, Kaïs Saïed nie la plupart de ses anciennes déclarations sur son programme, lequel a clairement été exposé au mois de juin lors d’une interview publiée dans l’hebdomadaire «Al Charâ Al Magharibi». Quant aux dirigeants et intellectuels du camp moderniste, ils sont conscients du blocage dû à la configuration du deuxième tour, et proposent de se pencher sur les législatives en comptant sur un total de voix majoritaire acquis aux candidats modernistes lors du 1er tour.

Alors que Yadh Ben Achour confirme que la situation du candidat Karoui «crée une impasse juridique», les observateurs attirent l’attention sur l’éventualité que le candidat ne se retourne contre l’Isie s’il est maintenu en prison. Mais c’est là que réside le blocage, car seul son juge d’instruction est habilité à le relâcher.

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