Selon ses dernières volontés, il souhaitait être enterré en Arabie Saoudite. Sa famille ne pouvait qu’exaucer son vœu. Zine El Abidine Ben Ali, applaudi par tout le monde le 7 novembre 1987 et acculé à fuir le pays après l’insurrection populaire de janvier 2011, est le premier président déchu  à passer de vie à trépas en exil en Arabie Saoudite à l’âge de 83 ans des suites d’une longue maladie.


Dans son livre publié sous l’intitulé « En toute franchise », l’ancien Premier ministre Hedi Baccouch (de 1987 à 1989), homme discret du pouvoir en place, nous éclaire sur les coulisses du Palais à une période où les observateurs commençaient à mettre en doute une réelle ouverture du régime à la démocratie. « En quittant le président, j’ai eu l’occasion de lui dire que le régime était dans l’impasse, que l’ouverture que les gens attendaient était bloquée ».

Après l’euphorie des premières années,  les mauvaises performances du régime enregistrées en matière de respect des droits de l’Homme et des libertés individuelles a  précipité sa chute en dépit d’une grande stabilité sur le plan sécuritaire marquée notamment par l’absence d’actes terroristes sur le territoire. Une opposition et même une grande frange de la société civile  taillée sur mesure durant le régime benalien ne pouvait assurer la survie à un pouvoir qui a raté le rendez-vous avec les doléances de son peuple. D’un 7 novembre à un autre,  le pays s’enlisait dans la crise de confiance.

En janvier 2011, c’est la fin de la récréation pour le président Ben Ali qui était dans ces derniers jours au pouvoir, coupé de la réalité des Tunisiens. « On m’a induit en erreur », tels étaient ses derniers mots. Sur le slogan « dégage », il quittera le pays pour trouver refuge en Arabie Saoudite, accompagné par sa seconde épouse Leila Trabelsi, sa fille Halima et son fils Mohamed.

Aucune sortie en public, pas de déclaration non plus depuis son installation dans un palais en Arabie Saoudite. Il était prêt à  un retour au pays si on lui assurait un procès «équitable», selon une déclaration de son avocat libanais Akram Azouri, au journal algérien Achourouk et rapportée par l’AFP en 2011.

Né le 3 septembre 1936 à Hammam-Sousse,  diplômé de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, puis de l’école d’artillerie de Chalon-sur-Marne, en France, Ben Ali a suivi une formation à la Haute école militaire du renseignement et de la sécurité à Baltimore (Etats-Unis) et à la Field Artillery School (Texas, Etats-Unis) au terme de laquelle il a assuré la direction de la Sécurité militaire en Tunisie pendant 10 ans.  Il a été nommé ministre de l’Intérieur le 28 avril 1986, puis Premier ministre en octobre 1987 avant  d’accéder au pouvoir après un coup d’Etat « médical ».

Critiqué le plus souvent par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme, notamment Amnesty International et Human Rights Watch, la Ligue internationale des droits de l’Homme, Ben Ali jouissait toutefois de l’appui de plusieurs chefs d’Etat étrangers. L’ancien président français, Jacques Chirac, avait même apporté son soutien au régime du président Ben Ali sur la question des droits de l’Homme lors de l’une de ses visites à Tunis. « Le premier des droits de l’Homme, c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat», avait-il souligné en 2003 lors de sa visite à Tunis. De son côté, l’ex-chef de l’Etat français, a estimé que l’espace des libertés progresse, à l’issue d’une visite d’Etat en avril 2008.

De nombreux verdicts ont été prononcés à son encontre depuis, dont des peines de réclusion à perpétuité, dans plusieurs affaires de corruption et de répression de manifestants.  Des verdicts qui ne serviront plus à rien mais que d’avis, de jugements et d’opinions qui s’opposent. Un air de nostalgie s’installe auprès des uns. Pour les autres, c’est une carrière sans gloire qui doit servir de leçon. L’histoire retiendra qu’il a plutôt régné d’une main de fer sur son pays.

Il est parti, emportant avec lui la boîte noire de son règne.

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