Chassez le naturel, il revient au galop. Ce dicton s’impose, de nos jours, dans le lexique politique qui accompagne la campagne électorale pour les législatives du 6 octobre et fait revivre aux Tunisiennes et Tunisiens l’atmosphère de tension, de division et de polémique qu’ils ont subie il y a de cela cinq années quand le clivage identitaire nous a mis face à l’urgence de choisir entre ceux qui «craignent Dieu», d’une part, et ceux qui renient l’identité arabo-musulmane du pays, voire les préceptes de l’Islam, d’autre part.

Aujourd’hui, Rached Ghannouchi, le président d’Ennahdha et peut-être le futur président du Parlement ou du gouvernement, nous sert le même menu.

Mais cette fois, il opte pour une autre équation simple, claire et tranchante : «Ceux qui ne voteront pas pour Ennahdha auront voté pour les forces anti-révolution».

Donc, les choses sont claires comme de l’eau de roche : Ennahdha est le parti-symbole de la révolution et les Tunisiens qui accorderont leurs voix, le dimanche 6 octobre, à un autre parti politique, aux membres d’une liste indépendante ou à une coalition indépendante sont à considérer comme antirévolutionnaires, donc des ennemis de la révolution de la liberté et de la dignité.

Par conséquent, les «antirévolutionnaires» qui ont choisi par eux-mêmes leur positionnement doivent être combattus par tous les moyens, l’objectif recherché étant de sauver la révolution, de la préserver, à tout prix, de ses ennemis et de se mobiliser pour que les fidèles puissent triompher afin de concrétiser les idéaux de la révolution.

Le dimanche 6 octobre constitue, dans la philosophie du président d’Ennahdha, une journée décisive puisque la victoire des nahdhaouis permettra, enfin, «au parti de la révolution, empêché depuis 2011, de consacrer les choix de la révolution, de se pencher sur sa mission civilisationnelle, celle de conduire le pays sur la voie du développement et du progrès», loin des forces anti-révolutionnaires qui ont «géré le pays, l’entraînant vers le chaos et l’inconnu durant les huit dernières années».

Que faut-il retenir de ce nouveau discours développé par le président d’Ennahdha à quelques jours des législatives ?

La dimension simpliste dont Ghannouchi enveloppe ses approches, la thèse qu’il colporte dans ses déclarations, qu’il avance comme des vérités scientifiques et la suffisance provocatrice qu’il imprime à ses petites phrases assassines ou slogans propagandistes ne cachent-elles pas, en réalité, la peur, la crainte, voire la certitude qu’il ressent quant à une éventuelle défaite de son parti et donc l’évaporation de ses attentes qu’il s’est trouvé obligé de réviser à la baisse quand Abdelfattah Mourou, «l’un des meilleurs parmi nous», comme il le disait lui-même, a été battu le 15 septembre dernier par deux outsiders dont l’un croupit toujours en prison. Sauf que le parti du «prisonnier» menace sérieusement Ennahdha de lui ravir la deuxième présidence, celle de La Kasbah.

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