LA journée d’aujourd’hui, jeudi 3 octobre, restera gravée dans la mémoire des Tunisiens comme une journée particulière, historique, pas comme les autres, marquant un précédent qui ne se reproduira pas, peut-être, dans au moins un siècle ou deux.

Mais à quoi reviennent ces qualificatifs qui décrivent la journée d’aujourd’hui que plusieurs attendaient avec impatience, suspicion et appréhension également ?

La réponse à cette question n’est pas difficile à imaginer puisque les Tunisiens vivront, ce matin, au rythme du démarrage de la campagne électorale en prévision du second tour de l’élection présidentielle, un instant particulier dans l’histoire du parcours de la jeune expérience démocratique tunisienne dans la mesure où la campagne opposera deux candidats, l’un en liberté mais refusant de parler et peut-être de mener sa campagne, alors que le deuxième croupit en prison et se trouve obligé de se taire et de participer à une élection au cours de laquelle ses partisans ont été doublement privés d’écouter sa voix et d’avoir accès à ses programmes et à ses promesses aussi bien lors du premier tour que pendant le second.

Et pour être plus clair et plus précis, il est permis de dire qu’aujourd’hui, la Tunisie post-révolution offrira au monde entier, notamment aux pays qui suivent sa transition démocratique, une image inédite, une situation qu’aucun pays se disant démocratique n’a vécue : une campagne électorale présidentielle où un candidat fait la compétition tout seul, prononce ses discours de propagande et distille ses promesses à ses partisans en étant sûr que son concurrent est obligé de se taire puisque se trouvant en prison sur décision judiciaire pour présomption d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent, une accusation qui n’a pas encore été prouvée par l’instruction.

Sauf qu’il existe une donnée juridique de nature à imprimer davantage de singularité à la campagne électorale présidentielle. Il s’agit de la possibilité accordée au candidat emprisonné d’exiger auprès du Tribunal administratif l’annulation des résultats du verdict au cas où son concurrent serait déclaré vainqueur.

Une probabilité évoquée par le président de l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie) qui s’est trouvé dans l’obligation d’appeler à la libération du candidat emprisonné dans l’objectif de consacrer, dans la réalité, le principe sacro-saint de l’égalité des chances entre les deux candidats aspirant à la présidence de la République.

Et l’intervention ou le rappel à l’ordre du président de l’instance électorale de réveiller les désirs ou les espoirs de ceux qui cherchent à reporter le second tour de l’élection présidentielle, voire l’élection présidentielle dans son ensemble.

Malheureusement, les calculs sont tombés à l’eau, hier avec la déclaration du président de l’Isie qui affirme: «Le processus électoral est irréversible et le second tour de la présidentielle aura lieu, comme l’exigent les délais constitutionnels, le dimanche 13 octobre».

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