QUAND Mohamed Ennaceur, président de la République par intérim, professe dans son discours prononcé, hier, à l’occasion de la Journée nationale de la culture, que cette dernière constitue l’instrument ou le mécanisme le plus fiable pour «immuniser la Tunisie, son peuple et ses jeunes contre l’extrémisme, le dogmatisme et l’obscurantisme», sait-il que les partis politiques, les listes indépendantes ou de coalition en lice pour les législatives de dimanche prochain n’accordent aucune importance à la culture dans leurs programmes électoraux ?

De plus, s’il existe un absent de marque dans les discours des candidats au palais du Bardo, dans les promesses qu’ils distillent à profusion aux citoyens qui se résignent à les entendre ou même dans les dépliants qu’ils distribuent aux citoyens qu’ils rencontrent dans les espaces publics, c’est bien la culture, considérée comme la dernière des priorités ou des préoccupations de nos élites politiques, qu’elles appartiennent à la classe politique post-révolution (au pouvoir et dans l’opposition) ou qu’elles aspirent à y accéder.

Pire encore — le déroulement de la campagne élecorale en vue des législatives l’a démontré —, il n’existe pas de programme culturel national dont les fondements pourraient rassembler les intellectuels, les artistes et les producteurs culturels, toutes tendances intellectuelles ou appartenances politiques confondues.

Le désintérêt manifesté par les politiciens à l’égard du rôle que la culture est censée assumer dans l’aboutissement de la jeune expérience démocratique tunisienne ne  peut, en aucune manière, justifier la démission des professionnels de la scène culturelle qui brillent eux aussi par l’absence d’un projet culturel à même de les unir et d’en faire une force ou un groupe de pression qui pourrait obliger le prochain Parlement à accorder à la culture et aux professionnels qui y excellent l’importance qu’ils méritent, la finalité étant que le secteur parvienne à assumer sa mission de rempart contre l’intolérance, l’obscurantisme, le dogmatisme et l’extrémisme.

Hier, Mohamed Ennaceur a honoré les hommes de culture qui ont brillé par leur contribution agissante à l’enrichissement du patrimoine culturel et civilisationnel national et les a chargés de la mission combien mobilisatrice et exaltante de poursuivre leur combat afin que triomphent les valeurs de dialogue, de compréhension, de tolérance et d’acceptation de l’autre.

Le message ou l’appel du président de la République par intérim revêt autant d’importance qu’il intervient à un moment crucial où plusieurs voix essayent de réveiller les démons de la division et de la sédition.

 

crédit photo : (©Présidence Tunisie رئاسة الجمهورية التونسية)

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