Visiter un musée, lire Ibn Khaldoun, Shakespeare ou Molière, écouter Bach ou Chopin devraient s’enseigner et s’apprendre dès l’école


Au fond de l’imposante et fastueuse cathédrale, Mustapha Okbi, directeur et protecteur du temple, reçoit tous les jours, dans son étroit bureau garni de livres, de CD et d’illustrations, des amis archéologues, des hommes de lettres, des musiciens ou de simples visiteurs qui y viennent converser, discuter du temps comme il va, de la parution d’un livre, d’une conférence récente ou simplement de la météo du dimanche ; bref, des trésors sans valeur.  Au mois d’octobre la discussion tourne souvent sur le concert de la veille et de celui qui arrive, parfois les commentaires, les éclaircissements d’un ou de deux musiciens invités viennent irradier la lumière pâle du bureau. Quelques jours avant l’ouverture de l’Octobre musical, nous sommes allés aux nouvelles.

Avant de présenter le programme de l’Octobre de cette année, pouvez-vous nous citer quelques actions-phares qui se sont déroulées et quelle surprise nous réserve cette session ?
Cette appréciation dépend des goûts et des sensibilités de chacun. Du 10 au 31 octobre, différentes formations interpréteront des pièces de musique médiévale, baroque, romantique et contemporaine, principalement dans le répertoire classique occidental. Ces musiques, mêlées aux couleurs et à la lumière de l’Acropolium, surprendront les plus exigeants.

Une frange du public considère encore que la musique classique est élitiste.  Quelle est votre réponse à cela ?
Visiter un musée, lire Ibn Khaldoun, Shakespeare ou Molière, écouter Bach ou Chopin devraient s’enseigner et s’apprendre dès l’école.

Est-ce élitiste que de connaître et d’aimer ce qui est beau et intelligent?Affirmer le contraire c’est se fermer au monde, se livrer pieds et poings liés à l’ignorance. Il n’existe pas une culture réservée pour les uns et une culture pour les autres, la culture est universelle. L’élitisme est une notion utilisée par cette frange du public dont vous parlez  pour cacher une forme d’enfermement et tout enfermement est un déni, qui couvre une violence ; c’est un prétexte pour refuser tout ce qui est étranger à soi.

Pensez-vous que 25 ans après, vous avez réussi votre défi, gardez-vous le même enthousiasme et le même optimisme ?
Mon défi majeur est d’avoir sauvé et mis en valeur un monument, ce qui en soi est très enthousiasmant. Par ailleurs, et j’attire l’attention dessus, les activités nombreuses et diverses qui animent l’Acropolium, depuis 25 ans, ont contribué au rayonnement de la cité carthaginoise.

Cette année, l’ouverture est tunisienne et deux autres spectacles le sont également: hasard du calendrier ou est- ce un choix délibéré?
En effet, l’Octobre Musical ouvre la session 2019 le 10 octobre avec l’Orchestre Philarmonique de Tunis, puis, le samedi 12, récital guitare de Walid Dhahri et le 16, l’Orchestre Symphonique ‘’les Solistes’’. Les premières années de l’Octobre musical, la Tunisie était présente par un seul concert, puis 2, puis 3, cela prouve que la Tunisie aime la musique et qu’elle produit de plus en plus de musiciens de toutes les musiques. Qu’il en soit toujours ainsi !

Roberte Mamou, pianiste, est l’une des plus anciennes fidèles, elle a même son public à Tunis, et occupe avec son ensemble ‘’Musica-Reservata’’ trois soirées, est-ce une exclusivité pour l’Acropolium ?
Elle est l’inspiratrice, la première invitée et la fidèle pensionnaire de l’Octobre Musical. Tuniso-Européenne, elle a formé de nombreux pianistes tunisiens au sein de son conservatoire Reine Elizabeth à Bruxelles.
L’Association ‘’Musica Reservata’’, qu’elle a créée, organise chaque printemps le festival Mozart, à travers les principales villes d’Europe. Son partenariat précieux et de très grande qualité avec l’Octobre Musical témoigne, si besoin est, son attachement à la vie culturelle de son pays d’origine.

Vous étiez le premier à avoir organisé des spectacles de musique classique à la fin des festivals d’été, choisissant la grenade comme symbole de l’Octobre; aujourd’hui, plusieurs espaces organisent des festivals pendant cette saison, est-ce que cette multiplication d’événements vous fait concurrence ou consolide-t-elle vos choix ?

Tant mieux que la concurrence soit émulatrice. Comme je l’ai toujours affirmé, mon souhait, et je l’espère celui de tous les Tunisiens, c’est de voir la musique et la fête partout et en toute saison, qu’elle soit celle des grenades, de la mandarine ou du raisin.

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