Selon des informations préliminaires, le conflit entre l’épouse et sa belle-famille a entraîné les violences exercées sur les deux enfants. La mère des enfants accusant la famille de son mari des les avoir frappés, alors que cette dernière nie toute agression. Un acte qui se serait déroulé en l’absence du père, emprisonné pour avoir incendié la maison à la suite d’un conflit avec sa femme.

Un drame insoutenable s’est produit de nouveau en milieu rural, région durement frappée par la violence et la barbarie à cause de nombreux maux sociaux: analphabétisme, marginalisation, pauvreté. Cela dit, le châtiment corporel fait aux enfants est une ligne rouge que la Tunisie s’est fixée en matière de lutte contre la violence infantile sous toutes ses formes. Et pourtant, les drames se poursuivent à un rythme effréné. Deux enfants ont été frappés puis jetés dans la rue suite à un différend familial. Cet incident étrange, ignoble et barbare, s’est produit dans une maison rurale de la délégation d’Enfidha (gouvernorat de Sousse). Les clichés des deux enfants victimes de violence parentale sont à peine descriptibles. La douleur, voire la consternation, s’est emparée alors des personnes sur les réseaux sociaux qui cherchaient à comprendre l’origine de cet acte répréhensible et inconcevable. L’incident impliquait l’agression et les mauvais traitements sur deux enfants âgés de deux ans à peine, qui ont été jetés hors du domicile familial. Ils ont été jetés à la rue sans crier gare par des personnes malintentionnées.

Selon des informations préliminaires, le conflit entre l’épouse et sa belle-famille a entraîné les violences exercées sur les deux enfants. La mère des enfants accusant la famille de son mari d’avoir frappé les deux enfants alors que cette dernière nie toute agression. Certaines sources ont également confirmé que les deux enfants avaient été victimes de conflits familiaux. Un acte qui se serait déroulé en l’absence du père, emprisonné pour avoir incendié la maison à la suite d’un conflit avec la mère des deux enfants.

Nous avons  recueilli l’avis de M. Moëz Chérif, président de l’Association tunisienne de défense des droits de l’enfant, pour connaître les retombées psychosociales de ce genre de drame qui touche la petite enfance. Sur la page Facebook de l’association, il se défend par ces propos sur ce douloureux événement : «L’échec de la prévention traduit l’absence de moyen légal de les reconnaître comme victimes. L’Etat ne se donne pas les moyens de protéger ses enfants». Le délégué à la protection de la petite enfance a développé plusieurs problèmes liés à la maltraitance et la violence sur les enfants en affirmant d’emblée : «La loi tunisienne ne reconnaît pas encore le statut de victime aux enfants maltraités. Il n’y a rien qui donne la possibilité à l’Etat de prendre en charge ces enfants et de réparer le préjudice subi».

Le projet de loi mis aux oubliettes…

De l’aveu de M. Chérif, le projet de loi qui permette de dépasser le seul cadre préventif que réserve le Code de protection de l’enfance dans sa mouture actuelle est resté dans les placards du ministère de la Justice depuis huit mois. L’ensemble du dossier attend depuis deux ans pour être appliqué. Sans doute que les dernières évolutions sur la scène politique tunisienne ont placé au second rang les priorités de ce dossier d’une sensibilité extrême. Car cette affaire touche avant tout deux institutions qui sont la famille et l’institution éducative qui sont devenues à tort les sources principales des infractions commises envers les enfants.  La Constitution tunisienne donne un pouvoir légitime aux géniteurs et aux éducateurs en milieu scolaire d’exercer leur autorité suprême en matière d’éducation. L’article 47 stipule: «Les droits de l’enfant sur ses parents et sur l’Etat sont la garantie de la dignité, de la santé, des soins, de l’éducation et de l’enseignement. L’Etat se doit de fournir toutes les formes de protection à tous les enfants sans discriminations et selon les intérêts supérieurs de l’enfant». Cependant, avec l’enchaînement des drames qui touchent la petite enfance violentée et châtiée de la plus forte manière, il y a lieu de rouvrir la polémique. Et M. Chérif de stigmatiser le rôle joué par la tradition éducative en Tunisie en formulant, non sans condamner, l’absence de changement des mentalités: «En Tunisie, il y a un héritage culturel de l’éducation qui fait que la violence punitive est généralement admise dans la société».  

Conséquences désastreuses et dramatiques

M. Moëz Chérif ne mâche pas ses mots : «Si ces enfants ont subi des traumatismes, ils vont avoir des séquelles qu’ils vont garder jusqu’à la fin de leur vie». Il affirme que ces enfants ont été secourus par la Protection civile, mais qu’on ne peut pas leur assurer une prise en charge complète à cause d’une juridiction qui ne le permet pas. Il précise : «Il n’y a pas de suivi psychologique qui soit rendu possible, il n’y a pas un dédommagement pour la prévention et encore moins une alternative qui permette de les placer dans un centre d’accueil comme cela se fait couramment à l’étranger». Il réagit sur les limites de se contenter de l’aspect préventif pour juger un acte de violence infantile : «Quand un enfant est victime, on traite uniquement l’aspect préventif comme s’il était un enfant menacé alors qu’il ne l’est pas puisqu’il a été battu, violenté et jeté à la rue ». Le mal étant déjà fait en quelque sorte car « la loi ne prévoit pas de mécanisme pour pouvoir le prendre en charge».

M. Moëz Chérif termine en insistant sur l’absence de mécanismes structurels pour mettre en œuvre la prévention que la seule loi en matière de protection de l’enfant ne peut exercer. Il affirme avec une pointe d’amertume : «L’Etat ne se donne pas les moyens réels pour exercer les contrôles nécessaires et protéger ces enfants. Il y a une impunité envers les agresseurs, cela se propage dans notre société d’une façon phénoménale avec une banalisation et dans l’indifférence générale. Tout enfant victime de violence sera lui-même porteur de violence lorsqu’il sera adulte». Les enfants sont pris en otage par leurs parents, leurs éducateurs et parfois la vie qui ne leur fait pas de cadeau. Honte à ceux qui recourent à de tels stratagèmes pour punir les enfants car la communication et le dialogue sont suprêmes et doivent rester la norme en matière d’éducation parentale.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Salem Kechiche
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire