Il semble que «le gouvernement du président» est en train de prendre forme dans le sens d’une équipe ministérielle où prévalent exclusivement la compétence et l’abandon des quotas partisans, sur la base d’un programme commun répondant aux aspirations des Tunisiens.
Hier, Kaïs Saïed, Président de la République, a rappelé aux leaders des partis qui formeront le prochain gouvernement les conditions de la réussite au cours des cinq prochaines années.

Quand les théoriciens du mouvement Echaâb ont lancé l’idée ou le concept «gouvernement du président», sans en éclaircir les contours, les conditions de sa constitution, les partis, personnalités ou coalitions électorales devant y participer, la personnalité censée former ce gouvernement et le conduire une fois ayant remporté la confiance du Parlement, etc., les observateurs se sont posé la question suivante : le président de la République est-il derrière le projet en question et au cas contraire, comment va-t-il réagir ?
En d’autres termes, Salem Labiedh et Zouheir Maghzaoui, les deux visages les plus médiatisés du mouvement Echaâb qui courent quotidiennement les plateaux TV et radios marquant une présence médiatique remarquable, ont-ils reçu l’aval du chef de l’Etat pour faire la promotion d’une idée dont personne parmi les acteurs politiques actuels, plus particulièrement ceux issus des législatives du 6 octobre 2019, n’est parvenu jusqu’ici à percer les secrets ?
Encore une question : si l’idée réussissait à convaincre les partis censés participer au prochain gouvernement, quel serait le rôle ou la contribution dont se chargera le président de la République pour que «le gouvernement du président» puisse avoir de réelles chances d’être formé dans les délais constitutionnels et arracher la confiance des députés ?

Un programme d’action commun
Il semble que l’idée commence à prendre forme et gagne de plus en plus de partisans, à la faveur de la série d’entretiens que le Chef de l’Etat vient d’avoir avec plusieurs personnalités politiques dont en particulier les chefs des partis ou coalitions qu’on présente comme étant les futures forces qui constitueront «le gouvernement du président» au cas où ils trouveraient une formule pour matérialiser les conditions ou conseils du chef de l’Etat à respecter scrupuleusement lors des négociations sur la formation du gouvernement tant attendu.
Et les conditions que les futurs membres du gouvernement devraient remplir sont claires et précises : le président Kaïs Saïed l’a clairement dit à Rached Ghannouchi, Nabil Karoui, Mohamed Abbou, Seifeddine Makhlouf et Zouheïr Maghzaoui : la compétence et rien que la compétence, la mise en place d’un programme d’action répondant aux aspirations des Tunisiens, plus particulièrement les jeunes, et enfin l’abandon définitif du principe des quotas partisans, dans le sens que les portefeuilles ministériels ne seront pas répartis sur la base du nombre de sièges remportés par chaque parti participant au futur gouvernement. Donc, à chercher à lire entre les lignes des communiqués publiés par le département information relevant de la présidence de la République et rendant compte des contenus des rencontres ayant groupé le Chef de l’Etat avec les leaders des partis nommés ci-dessus, l’on peut affirmer que les partis qui composeront le prochain gouvernement sont déjà connus en attendant mi-novembre prochain, date à laquelle sera désignée officiellement par le Chef de l’Etat la personnalité qui sera chargée de former le gouvernement et aussi de le conduire. Et les mêmes communiqués de révéler une donnée d’importance : le parti «Au cœur de la Tunisie» présidé par Nabil Karoui sera associé aux négociations sur la formation du gouvernement. A travers la déclaration livrée par Nabil Karoui à l’issue de sa rencontre avec le Chef de l’Etat, l’on peut comprendre qu’Ennahdha a changé de position et n’est plus opposé farouchement et catégoriquement (c’est la position de son Conseil de la choura tenu dimanche dernier) à toute négociation avec Nabil Karoui et son parti classé — faut-il le rappeler — en deuxième position avec 38 sièges lors des législatives du 6 octobre.
Quand Nabil Karoui exprime «l’espoir qu’un nouveau gouvernement largement soutenu politiquement sera rapidement formé pour faire face aux défis de la prochaine phase», l’on est en droit de déduire que le veto nahdhaoui à l’encontre de Nabil Karoui et de son parti a été levé. Idem pour Mohamed Abbou, Zouheïr Maghzaoui et Seïfeddine Makhlouf dont les déclarations produites à l’issue de leurs entretiens avec le Chef de l’Etat laissent entendre que leurs propositions ont trouvé une oreille attentive au palais de Carthage, et que leurs visions et approches peuvent contribuer à ce que «la Tunisie change au mieux grâce aux efforts concertés de tous les patriotes honnêtes», comme le souligne le Président de la République lui-même.
Finalement, que retenir des rencontres du Président avec les leaders des principaux vainqueurs des législatives du 6 octobre ?
Les observateurs les plus optimistes répondront que Kaïs Saïed a ouvert, hier, la voie à la constitution du prochain gouvernement dans les délais constitutionnels en les incitant à dépasser leurs différends et à faire prévaloir l’intérêt supérieur du pays et en optant pour un programme socioéconomique qui concrétisera les aspirations du peuple, loin de tout calcul partisan.

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