Le mauvais sort continue de poursuivre la femme rurale  et de s’abattre sur elle, en particulier les ouvrières opérant dans le secteur agricole,  avec encore  la mort,  jeudi dernier, de deux ouvrières  dans le gouvernorat  de Zaghouan, suite au renversement d’une camionnette légère transportant des ouvriers agricoles. Cette nouvelle tragédie remet en cause, aujourd’hui, la précarité des conditions de transport et de travail auxquelles font face, depuis de nombreuses années, les femmes exerçant dans le secteur agricole  en Tunisie, un secteur dont elles représentent indéniablement  la cheville ouvrière.

Rappelons les faits : une camionnette légère avec à son bord 17 passagers dont quinze ouvrières agricoles s’est renversée  causant la mort de deux  femmes alors qu’une autre passagère enceinte  a été transportée à l’hôpital dans un état jugé critique par les services des urgences de l’hôpital de Zaghouan.

Aussitôt, les appels  ont fusé de tous bords pour dénoncer cet accident dramatique  et  mettre en garde contre la multiplication de tels sinistres sur nos routes et  qui , plus est, rappellent d’autres accidents meurtriers ayant défrayé la chronique dans plusieurs régions, après le décès de plusieurs ouvrières opérant dans les champs , souvent par temps de froid ou  chaleur suffocante et caniculaire de l’été,  dans des accidents similaires survenus dans les gouvernorats de Siliana, Jendouba, Kairouan et du Kef.

Le danger de la route menace les ouvrières agricoles
Ce nouvel accident  dénote, selon plusieurs associations dont le Forum tunisien pour les droits économiques et Sociaux (Ftdes), la précarité des conditions de travail et de transport des ouvrières agricoles, au demeurant, condamnées à gagner leur pain à la sueur de leurs fronts et à leurs risques et périls, d’autant plus que les chiffres avancés par ce forum  parlent d’eux-mêmes et  illustrent la précarité  des conditions de transport et de travail de toutes  les ouvrières agricoles et surtout l’inertie  du gouvernement face à de tels drames de la vie sociale, récurrents  dans les régions de l’intérieur  alors que la femme rurale demeure, sans conteste,  l’un des maillons forts de l’activité agricole.

Au moins quatre femmes rurales ont été tuées et 119 autres blessées en 2018 dans des accidents de la route, rapporte le Ftdes alors que  la présidente de l’association «Tunisiennes» estime que 70 %   des employés dans le secteur agricole  sont de sexe féminin et sont  fortement exposées aux dangers de la route ce qui représente ,à ses yeux, une forme de violence à  leur encontre.

Pis encore : la quasi-totalité   d’entre elles ne bénéficie d’aucune couverture sociale ou juridique , les rendant ainsi soumises, inévitablement, aux caprices de leurs employeurs et de Dame nature, surtout que  certaines d’entre elles sont contraintes souvent de faire , chaque jour, plusieurs kilomètres, soit à pied, soit dans des véhicules de fortune , le plus souvent  mal aménagés, pour se rendre à leur lieu de travail.

Même si le gouvernement a fait part de son intention de prendre ce dossier et de légiférer  en la matière pour garantir plus de droits à ces «damnées de la terre»  comme on a tendance à les qualifier par plusieurs milieux sociaux et économiques, il y a urgence d’aller plus vite en la matière , tant les risques  d’accident et donc de mort demeurent réels et que les conditions de travail et de rémunération sont aussi à revoir afin de garantir un  minimum de dignité à toutes celles qui s’emploient, non sans labeur  et souffrance,  à conforter les revenus de leurs ménages  et à garantir la scolarité de leurs enfants au prix de grands sacrifices.

Jamel TAIBI

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