Les résultats des urnes sont tombés ce week-end. Les uns parvenant de Hammamet, les autres de Monastir. A partir d’un Comité central commun, élu au terme de deux journées de congrès, les 6 et 7 avril, tenu à Monastir puis à Hammamet, ont émergé deux camps qui ont chacun élu un président pour le Comité central. Sofiène Toubel élu à Hammamet, Hafedh Caïd Essebsi à Monastir.

Le camp de Toubel a également élu, hier, un secrétaire général de Nida et un président du Bureau politique. Du côté de HCE, rendez-vous est pris avec les urnes dans une quinzaine de jours. Il est à noter qu’alors que les résultats du vote pour le choix des 32 membres du bureau politique ont été contestés, ceux du nouveau Comité central sont maintenus par les deux camps désormais en conflit et sont utilisés comme plateforme de lancement pour l’élection de deux autres bureaux politiques.

Congrès éclaté dès le départ entre Monastir, Tunis et Hammamet, sur fond de divergences, de manœuvres, de calculs et, les rumeurs courent vite, de menaces. Une chose est sûre, qui n’a pas besoin de preuves : on ne peut pas dire que la confiance et l’entente règnent au sein des nidaïstes du Lac qui ont résisté à l’émigration vers d’autres partis, en l’occurrence Tahya Tounès, le parti nouvellement créé pour Youssef Chahed, le chef du gouvernement, qui déchaîne toutes les passions et toutes les haines et qui caracole en tête de tous les sondages, et pas seulement de Sigma Conseil.

Le congrès électif de Nida Tounès , qui a démarré le 6 avril — on ne sait pas quand il s’achèvera — a abouti à deux post-congrès et deux présidents pour un même Comité central (217 membres élus le 7 avril par 1.200 congressistes). Les deux candidats ont été élus séparément, l’un, Sofiène Toubel, élu à Hammamet à 115 voix par les nidaïstes anti-Hafedh Caïd Essebsi, après avoir «réussi» une volte-face spectaculaire en devenant le rival de HCE après avoir été pendant des années son poulain le plus fidèle. Et le même Hafedh, élu à 83 voix à Monastir par les résistants à son évincement. Face à la montée de la vague des critiques visant HCE, y compris de son propre camp, et qui a touché également son père, le président de la République, une partie des nidaïstes a tenté d’éloigner HCE du parti Nida Tounès par la voie légale et légitime, celle des urnes. Entre autres, pour ouvrir la voie au retour des inconditionnels faucons de Nida Tounès version Béji Caïd Essebsi, qui accusent Hafedh d’avoir anéanti le parti prodige qui a fait le miracle des élections de 2014, lesquelles élections ont tourné la page de la Troïka. Résultat du congrès : un flop ! HCE s’accroche bec et ongles, rassemble encore des « fidèles » autour de lui, parmi les mécontents du congrès du 6-7avril, dirige l’élection d’un autre bureau politique à Monastir et se fait élire à la tête du CC.

Une nouvelle guerre de légitimité
La question qui se pose aujourd’hui au moment où les deux camps brandissent la légitimité de leurs élections : qui va hériter du local de Nida et de sa patente ainsi que les droits et la logistique qui vont avec ? Nombre d’observateurs prévoient une nouvelle guerre entre nidaïstes à quelques mois du démarrage de la phase de dépôt des candidatures et des listes pour les élections législatives de 2019. Il y a bien lieu de s’inquiéter pour le processus démocratique et pour la vie politique en général, d’autant que les Tunisiens ne cachent plus leur déception non pas de la politique mais de ses piètres acteurs et que des millions d’électeurs potentiels hésitent à s’inscrire sur le registre électoral. D’un autre côté, la voie qui mène à Nida Tounès semble de plus en plus semée d’embûches devant Youssef Chahed, contrairement au chemin qui mène à Tahya Tounès, qui paraît plus sûr. Pour le moment.

Mais il faut bien plus que cela pour convaincre Abdelaziz Kotti, le secrétaire général de Nida fraîchement élu à Hammamet, que Nida a perdu de son poids et de son aura. Hier, il annonçait que son Nida restait ouvert à tous les nidaïstes y compris Hafedh Caïd Essebsi et ses compagnons et les bâtisseurs de Tahya Tounès. Sans oublier l’enfant prodige, le frère des nidaïstes, Youssef Chahed, comme le soulignait récemment Mongi Harbaoui, porte-parole de Nida de HCE. Kotti a même promis aux mécontents de Monastir que la répartition des responsabilités au sein du bureau politique –opération effectuée hier dimanche- sera révisée s’ils décidaient de rejoindre le camp de Hammamet. Il est clair qu’au sein de Nida, rien ne se perd, tout se récupère, pourvu que les intérêts des uns et des autres soient préservés.

Après cinq années d’une vie mouvementée et de crises interminables, et après le départ de son père fondateur, Nida ne cesse de défrayer la chronique, jusqu’à susciter la moquerie, même quand tout le monde s’accorde pour dire que le parti n’est plus que l’ombre de lui-même, un souvenir d’une brève époque où l’on a vu des hommes réaliser des miracles politiques quand l’intérêt du pays était leur unique moteur, leur unique motivation. Déjà, beaucoup de Tunisiens s’interrogent sur la capacité de ces nidaïstes à gouverner le pays quand ils sont incapables de gérer un parti et de le sauver de la cupidité.
N.B. : ils ne sont pas les seuls dans cette piteuse situation.

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