Le Qatar, en perpétuelle métamorphose, promet de privilégier les recrutements des Tunisiens au détriment de ceux des autres nationalités.

«Désormais, nous compterons, à court et long termes, privilégier le recrutement des compétences tunisiennes au détriment de celles des autres pays arabes», promet M. Hamad Al Kiriane, homme d’affaires qatari à la tête d’un groupe de sociétés privées évoluant dans les secteurs de l’ingénierie, et des télécommunications.
«C’est que, explique-t-il, les Tunisies ont fait leurs preuves et fini par s’imposer dans le paysage économique de notre pays, aidés en cela par leur correction, ce qui compte énormément pour nous». Pour d’autres investisseurs qataris qu’on a pu approcher à Doha, les marques d’éloges abondent à l’adresse de notre main-d’œuvre. «En termes de compétence et de rigueur, reconnaissent-ils en bloc, les Tunisiens sont mieux classés que les émigrés du reste des pays arabes, arrivant juste derrière les Occidentaux». La confirmation de ces propos nous est venue de nos compatriotes eux-mêmes qui indiquent que «dans deux cas sur trois, nos contrats venant à expiration sont automatiquement renouvelés ici, certainement pas pour nos beaux yeux. Seuls ceux qui sont décidés à rentrer au bercail pour des raisons purement familiales échappent à ce privilège que nous envient tant de ressortissants arabes».

Le malheur des uns…
Une autre preuve corrobore ce constat, à savoir la montée vertigineuse du nombre de Tunisiens ayant atterri à Doha, sous l’impulsion de l’Agence tunisienne de coopération technique (Atct), désormais plus sollicitée que jamais par les recruteurs qataris qui y affluent par vagues incessantes. Sinon, des centaines des nôtres continuent d’être enrôlés au Qatar, via l’internet. Là où on dépose son CV qui, une fois approuvé, fera l’objet d’un entretien par téléphone à la lumière duquel se prend la décision du recrutement. Autrement dit, tous les moyens sont bons pour débarquer dans «l’Eden de Doha». Et, généralement, dès qu’on y arrive, on n’a plus envie de partir. «Venu ici pour seulement deux ans, FCR oblige, je suis déjà à ma dixième année de séjour», note Rafik Boughanemi, 35 ans, originaire de Sousse, architecte d’intérieur. Ceux qui ont succombé aux charmes de ce pays se comptent, d’ailleurs, par milliers. Leur liste ne manquera pas de s’allonger, pour au moins trois raisons, à savoir :
-Primo : la solide réputation dont bénéficie la colonie tunisienne au Qatar.
– Secundo : l’obligation de continuer de miser sur la main-d’œuvre étrangère dans un émirat où les innombrables chantiers sont ouverts partout, les édifices (bâtiments administratifs, stades et salles de sport, usines, établissements sanitaires et éducatifs, hôtels, centres d’attraction, grandes surfaces…) poussent encore comme des champignons ainsi que de nouvelles autoroutes et de superbes échangeurs. Le tout en prévision du grand événement planétaire de la Coupe du monde de football qu’organisera le pays en 2022. Un rendez-vous sportif immensément important pour la réussite duquel tout Qatar est mobilisé, toutes voiles dehors, et avec une générosité si extraordinaire que des centaines de milliards de dollars sont injectés par l’Etat. D’où donc la nécessite vitale d’opter pour des recrutements massifs, toutes spécialités confondues.
Tertio : la détérioration des relations politiques entre le Qatar et l’Egypte a pris, ces jours-ci, une telle dimension, une telle gravité que les postes de dizaines de milliers d’ouvriers et de cadres égyptiens exerçant à Doha s’en trouvent du coup menacés. En ce sens qu’on parle, dans les coulisses et auprès d’une large frange de la population locale, d’un arrêt imminent du programme de recrutement de la main-d’œuvre égyptienne, outre le fait que décision a été prise de ne plus renouveler leurs contrats. Une «aubaine» inespérée pour les candidats tunisiens à l’émigration au Qatar !

La femme tunisienne à l’honneur
Et notre gent féminine dans ce pays ? Eh bien, disons-le tout de go, elle se porte telle une princesse. Profitant de la politique d’ouverture prônée par le pays d’accueil dans le domaine des droits de la femme où le Qatar a largement devancé ses voisins du Golfe, les Tunisiennes sont là, omniprésentes et très actives, dans tous les secteurs, ou presque, et particulièrement ceux de l’enseignement, de la santé et du sport. On les croise aussi sur d’autres terrains tels que l’hôtellerie, l’architecture, le journalisme et les arts. Là où elles font également étalage de leur talent et de leur compétence avérés. Aujourd’hui, on se les arrache, à telle enseigne qu’on les préfère aux autres colonies arabes, et dans certaines spécialités, à la femme occidentale qui monopolisait, il n’y a pas si longtemps, les principaux postes de responsabilité ouverts au recrutement au Qatar.
Pour Mme Amel Soltani, professeure d’éducation physique exerçant dans une école de Doha, «la femme tunisienne s’est imposée dans ce pays, non pas pour ses beaux yeux, mais grâce à sa compétence, son application, son sérieux et aussi sa forte personnalité». «Ici, explique-t-elle, visiblement contente, on cravache dur, on respecte son métier dans la transparence et conformément à la loi. Mais, attention, on se fait respecter, au point qu’on ne tolère jamais qu’on touche à nos droits qu’on défend crânement, et vous connaissez l’orgueil légendaire de la femme tunisienne». De surcroît, et outre sa contribution au… renflouement des recettes de sa famille, la femme tunisienne en mode qatari joue, comme elle l’a toujours fait dans nos murs, un rôle vital dans la stabilité du foyer, en s’occupant de tous les travaux de ménage à la maison, en veillant à l’éducation de ses enfants et au suivi de leurs études, en «imposant» l’austérité en matière de dépenses, tout en se chargeant, bien sûr, de la préparation des mets, en toute fidélité aux traditions de la cuisine tunisienne. C’est un peu pourquoi nos émigrés mariés n’hésitent pas ici, à faire venir leurs épouses, une fois assurés de leur enrôlement. Ainsi, on fait d’une pierre trois coups : avoir les membres de la famille à ses côtés, booster les gains financiers et vaincre le mal du pays.

M.Z.

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