Ennahdha a-t-il décidé, face à la pression générale qu’on lui fait subir ces derniers jours, de faire marche arrière et d’accepter de renoncer à son attachement à ce que son président, Rached Ghannouchi, forme et dirige le prochain gouvernement et d’avaliser l’idée défendue principalement par ses potentiels alliés appelant à un gouvernement d’union nationale constituée et conduit par une personnalité indépendante sur la base d’une feuille de route nationale dont les priorités et les mesures urgentes seront définies par les mêmes partenaires à la future équipe ministérielle et non extraites du «Document de formation du gouvernement» soumis par Ennahdha à certains de ses probables alliés ?
Et même si rien n’est annoncé officiellement du côté de Montplaisir, en attendant la tenue, samedi et dimanche prochains, d’une session exceptionnelle du Conseil de la choura en vue d’évaluer les résultats des concertations formelles menées jusqu’ici par Rached Ghannouchi et ses deux lieutenants Ali Laârayedh et Samir Dilou avec les partis Courant démocratique, Echaâb, Tahya Tounès, la Coalition Al Karama et le parti dirigé par Lotfi Mraihi, certaines indiscrétions distillées intentionnellement et certaines déclarations de personnalités proches des centres de décisions, voire participant à la prise de ces mêmes décisions, laissent entendre que la rencontre du week-end prochain cacherait une surprise qui pourrait signifier l’aval par les membres du Conseil de la choura de la décision d’accepter le choix d’une personnalité indépendante à la tête du prochain gouvernement.
Quand Mohamed Ben Salem persiste dans ses déclarations estimant qu’Ennahdha n’a aucun intérêt à présider le prochain gouvernement, que Ajmi Lourimi professe que «Rached Ghannouchi est plus grand que le gouvernement et même plus grand que toutes les fonctions ou postes qu’offre l’Etat» et que Abdelkrim Harouni, président du Conseil de la choura, annonce que la décision que tout le monde attend (l’identité de la personnalité nahdhaouie qui présidera le gouvernement ou l’acceptation d’une personnalité indépendante) sera révélée samedi ou dimanche prochains à l’issue d’une session extraordinaire du Conseil de la choura, l’on s’oriente au sein d’Ennahdha vers une renonciation à la présidence du gouvernement et l’on est en train de préparer les membres du Conseil de la choura à accepter ce désistement et à l’annoncer sous la forme d’une décision prise démocratiquement et librement par l’une des institutions les plus importantes du parti, en l’occurrence le Conseil de la choura, l’institution qui a toujours eu le courage, l’audace et la hauteur de prendre les décisions qu’il faut au moment qu’il faut — comme le répand, dans tous les moments difficiles, la rhétorique nahdhaouie. Reste une question que se posent les observateurs : comment Ennahdha fera-t-il payer à ses alliés son éventuelle concession et que va-t-il exiger en contrepartie de «son énième sacrifice», comme le crient déjà ses sympathisants ?

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